{"id":3964,"date":"2024-07-31T10:49:11","date_gmt":"2024-07-31T08:49:11","guid":{"rendered":"https:\/\/benoitpeuch.com\/?page_id=3964"},"modified":"2024-11-11T10:24:51","modified_gmt":"2024-11-11T09:24:51","slug":"texte","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/benoitpeuch.com\/?page_id=3964","title":{"rendered":""},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-center has-yellow-background-color has-background has-medium-font-size\" id=\"F1\">Marie Pape-Carpantier. <strong>La question des femmes<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">S\u00e9rie de 7 articles publi\u00e9s entre 1862 et 1863 dans <em>L&rsquo;\u00e9conomiste fran\u00e7ais<\/em>, les deux premiers sont reproduits ici.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:18px\"><strong>[<em>L\u2019\u00e9conomiste fran\u00e7ais<\/em>, n\u00b022, lundi 10 novembre 1862]<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>[299] La question des femmes<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:15px\"><strong>I<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">On parle des femmes depuis le commencement du monde&nbsp;; mais depuis quelques ann\u00e9es on s\u2019en occupe plus que jamais, et \u00e0 de nouveaux points de vue. Il n\u2019y a plus de chevaliers et nous avouons n\u2019en pas sentir beaucoup de regret&nbsp;; mais il y a encore, et plus peut-\u00eatre qu\u2019au moyen-\u00e2ge, des hommes de c\u0153ur et d\u2019intelligence, des moralistes, des \u00e9conomistes, des industriels qui ont repris la cause en sous-\u0153uvre, et qui sont tr\u00e8s-capables de l\u2019instruire et de la mener \u00e0 bien. Cette question n\u2019est donc plus un proc\u00e8s de chevalerie&nbsp;; c\u2019est une affaire beaucoup plus s\u00e9rieuse et plus f\u00e9conde, c\u2019est une question de justice et bien \u00eatre, int\u00e9ressant la soci\u00e9t\u00e9 et l\u2019humanit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Autrefois, on appelait une moiti\u00e9 du genre humain&nbsp;: <em>la femme<\/em>, et sous cette d\u00e9nomination on comprenait un \u00eatre inf\u00e9rieur et presque fatal \u00e0 l\u2019homme&nbsp;; un \u00eatre dangereux, imprudent, sans consistance, une incitation au mal plut\u00f4t qu\u2019au bien, etc.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">De cette opinion d\u00e9coula naturellement un grand m\u00e9pris pour <em>la femme<\/em>. On l\u2019acheta \u00e0 prix d\u2019argent, comme une n\u00e9cessaire domestique, etc., etc. Alors, de cette mauvaise r\u00e9putation qui lui \u00e9tait faite, d\u00e9coul\u00e8rent naturellement aussi chez <em>la femme<\/em> l\u2019ignorance, la coquetterie, la duplicit\u00e9, et \u00e0 l\u2019occasion le vice et le crime, ni plus ni moins que si elle e\u00fbt \u00e9t\u00e9 homme.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Aujourd\u2019hui, on dit plus g\u00e9n\u00e9ralement <em>les femmes<\/em>, et nous croyons que ce l\u00e9ger changement dans les mots provient d\u2019une grande modification dans les id\u00e9es. <em>Les femmes<\/em> signifient aujourd\u2019hui la partie la plus intime de notre famille&nbsp;: notre m\u00e8re, notre s\u0153ur, notre femme, la m\u00e8re de nos enfants. C\u2019est aussi notre associ\u00e9e de m\u00e9nage et d\u2019int\u00e9r\u00eat, souvent notre caissi\u00e8re, notre surveillance d\u2019atelier. Quelquefois m\u00eame, c\u2019est la fondatrice ou la directrice en chef de l\u2019industrie qui alimente la famille. C\u2019est enfin, par droit de naissance et gr\u00e2ce divine, la premi\u00e8re institutrice du genre humain.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Et \u00e0 mesure que les femmes, entr\u00e9es par la force des choses dans ces diff\u00e9rentes fonctions, s\u2019en sont montr\u00e9es dignes, l\u2019antique opinion s\u2019est insensiblement effac\u00e9e devant cette opinion nouvelle, que toute femme pourrait bien, si elle \u00e9tait form\u00e9e et instruite en cons\u00e9quence, devenir un jour capable de remplir le programme de son Cr\u00e9ateur&nbsp;: <em>\u00catre r\u00e9ellement la compagne de l\u2018homme<\/em>&nbsp;; \u2013 non simplement femme de sauvage ou de bandit, mais compagne de l\u2019artiste comme de l\u2019agriculteur, du savant et du l\u00e9gislateur comme de l\u2019artisan et de l\u2019industriel&nbsp;; en un mot, de l\u2019homme polic\u00e9, social et religieux.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Une fois ce rayon de soleil entr\u00e9 dans les id\u00e9es, on se mit \u00e0 l\u2019examiner&nbsp;: on s\u2019en parlera les uns aux autres&nbsp;; bient\u00f4t la pr\u00e9occupation gagna de proche en proche, et la <em>question des femmes<\/em> se trouva pos\u00e9e en France, en Angleterre, en Belgique, dans les pays les plus civilis\u00e9s et dans les esprits les plus \u00e9clair\u00e9s de l\u2019Europe.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Qu\u2019on l\u2019examine donc cette grande question\u00a0; qu\u2019on la discute, s\u2019il se peut, en dehors de tout pr\u00e9jug\u00e9, de toute pr\u00e9vention pour ou contre, sans rancune et sans passion. Qu\u2019on la regarde de haut, de pr\u00e8s surtout, et nous l\u2019esp\u00e9rons, elle sera bient\u00f4t aussi claire que le jour.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:15px\"><strong>II<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">En admettant les femmes comme membres titulaires dans la raison sociale de la civilisation, on peut se demander quelles aptitudes elles apportent \u00e0 l\u2019association&nbsp;; quelles facult\u00e9s elles ont \u00e0 faire valoir pour le b\u00e9n\u00e9fice commun, et, par cons\u00e9quent, quelles fonctions peuvent \u00eatre naturellement leur partage.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Il en est trois essentielles que personne ne songera \u00e0 leur contester&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; M\u00e9nag\u00e8re,<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Institutrice,<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ame et bon g\u00e9nie du foyer domestique.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Ces trois fonctions sont d\u00e9volues aux femmes par la nature elle-m\u00eame&nbsp;; et si la pauvret\u00e9 les en prive quelquefois, la fortune ne les en dispense jamais. Quelque richesse que poss\u00e8de une maison, le manque d\u2019ordre chez l\u2019\u00e9pouse y aura bient\u00f4t amen\u00e9 la ruine. Quelque parfais professeurs qu\u2019une femme puisse donner \u00e0 ses enfants, le plus f\u00e9cond et le plus pur de l\u2019\u00e9ducation leur manquera si leur m\u00e8re leur manque. Enfin, quelque multitude de plaisirs et m\u00eame d\u2019affections que le mari puisse trouver hors de son toit, sa vie sera morne, d\u00e9color\u00e9e, r\u00e9pr\u00e9hensible peut-\u00eatre, s\u2019il ne peut trouver en sa femme tous les bonheurs, toutes les suavit\u00e9s de l\u2019\u00e2me et de l\u2019esprit.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Donc, la fonction des femmes avant toute autre fonction, leur gloire avant toute autre gloire, c\u2019est d\u2019\u00eatre appel\u00e9es \u00e0 remplir cette triple mission du bien-\u00eatre, de l\u2019\u00e9ducation et de l\u2019amour&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00catre m\u00e9nag\u00e8res,<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; institutrices,<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; bon g\u00e9nie de la maison.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Et sans doute, si le monde \u00e9tait ce que l\u2019on con\u00e7oit qu\u2019il pourrait \u00eatre, les femmes n\u2019auraient aucun autre devoir \u00e0 y remplir que ceux-l\u00e0. Toutes leurs aptitudes diverses, la d\u00e9licatesse de leur intelligence, comme l\u2019habilet\u00e9 de leurs doigts, chercheraient et trouveraient leur emploi dans l\u2019accomplissement toujours parfait et plus charmant de leur ang\u00e9lique destin\u00e9e&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">\u00ab&nbsp;Les femmes, nous disait il y a peu de jours un haut fonctionnaire du gouvernent, les femmes ne devraient avoir aucune profession lucrative. Leur seul r\u00f4le en ce monde, c\u2019est d\u2019\u00eatre heureuses et bonnes, et de nous rendre bons et heureux. Cela viendra.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Nous en accueillons l\u2019esp\u00e9rance&nbsp;; mais il s\u2019en faut que nous soyons l\u00e0. Et jusqu\u2019au temps o\u00f9 la marche des progr\u00e8s de toutes sortes aura r\u00e9alis\u00e9 pour les femmes cet id\u00e9al d\u2019un esprit plein de bont\u00e9 et d\u2019\u00e9l\u00e9vation, elles auront, h\u00e9las&nbsp;! \u00e0 subir leur part de la lutte dans un monde o\u00f9 la concurrence est<strong> [300] <\/strong>partout&nbsp;; leur part du labour dans un champ qui ne produit qu\u2019\u00e0 regret le pain quotidien&nbsp;; leur part de douleur dans un monde o\u00f9 l\u2019enfant lui-m\u00eame souffre&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Le pr\u00e9sent n\u2019est donc point l\u2019id\u00e9al, pas plus pour les hommes que pour les femmes, et ce serait \u00e0 grand tort qu\u2019elles penseraient avoir quelque chose \u00e0 leur envier. On croit les hommes plus libres\u00a0; mais <em>il n\u2019y a de vraie libert\u00e9 que dans le bien<\/em>. On les croit plus forts\u00a0; mais les machines sont mille fois plus fortes qu\u2019eux. Sont-ils plus heureux\u00a0? Que l\u2019on y r\u00e9fl\u00e9chisse\u00a0; qu\u2019on examine leur existence dans l\u2019ensemble, physiquement et moralement, et que l\u2019on se demande s\u2019il est une femme s\u00e9rieuse qui voulut sinc\u00e8rement \u00e9changer son pauvre lot, tel qu\u2019il semble, contre le leur, tel qu\u2019il est. Assur\u00e9ment, ce ne serait pas celle qui \u00e9crit ces lignes\u00a0! Non, non, ce monde n\u2019est id\u00e9al pour personne\u00a0; l\u2019Id\u00e9al, ce paradis de l\u2019id\u00e9e, o\u00f9 r\u00e8gnent dans ne harmonie divine le bien et la libert\u00e9\u00a0; o\u00f9 les cr\u00e9atures de Dieu, d\u00e9livr\u00e9es de tout mal, peuvent suivre sans contrainte, sans obstacle int\u00e9rieur ou ext\u00e9rieur, leur vocation native, et accomplir exactement leur destin\u00e9e. Les femmes, puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019elles ici, subissent \u00e9norm\u00e9ment, parce qu\u2019elles sont tr\u00e8s flexibles, la perturbation commune, et elles sont presque toutes jet\u00e9es hors de leur voie.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Riches, sont-elles pour cela exemptes des vicissitudes de la vie&nbsp;? Qu\u2019on les interrogent, elles vous diront que&nbsp;\u00ab&nbsp;la n\u00e9cessit\u00e9 de se faire servir est pour elles un tourment de toutes les heures&nbsp;: on les voies, on leur ment, on ouvre nuitamment la porte de leur demeure, on d\u00e9moralise leurs petits enfants, on trouble parfois la paix conjugale\u2026&nbsp;\u00bb Elles le savent. Elles se disent que si cela n\u2019est pas encore, cela peut arriver au premier jour. La douce confiance leur manque, la m\u00e9pris resserre l\u2019\u00e2me, et l\u2019inqui\u00e9tude leur sert d\u2019oreiller. Femmes du monde, h\u00e9las&nbsp;! que de pu\u00e9rilit\u00e9s, que de chagrins ridicules et d\u00e9vorants leur sont caus\u00e9s par un objet de toilette, par un mot jaloux, par un coup d\u2019\u0153il railleur, par mille autres choses que nous \u00e9vitons de citer\u2026<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Et en elles-m\u00eames, quel vide affreux, que ne remplissent ni le monde, ni la famille, ni m\u00eame les chers petits enfants&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Vide qui ronge la sant\u00e9 en pleine jeunesse, la beaut\u00e9 en pleine fleur, et si coupable qu\u2019au milieu de toutes les conditions possibles du bonheur, le bonheur refuse d\u2019entrer&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Ce vide, ce vice, ce malheur, on ne l\u2019a pas encore nomm\u00e9&nbsp;: nous le nommerons \u00e0 son heure.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Pauvres, est-il besoin de dire quelle multitude de maux et de mis\u00e8res les femmes ont \u00e0 subir? Dans leur vie morale, dans leur vie physique, est-il possible d\u2019\u00eatre plus accabl\u00e9es, plus d\u00e9laiss\u00e9es\u00a0! On a \u00e9crit quelques livres sur les femmes, mais plusieurs de ces ouvrages ont \u00e9t\u00e9 faits d\u2019apr\u00e8s d\u2019autres livres, tr\u00e8s peu l\u2019on \u00e9t\u00e9 de nature. On a fouill\u00e9 le pass\u00e9, une poussi\u00e8re morte\u00a0; a-t-on touch\u00e9 le pr\u00e9sent, une chair vivante\u00a0? On a \u00e9tudi\u00e9 les lois, les institutions\u00a0; a-t-on visit\u00e9 les mansardes et les bouges\u00a0? On a pens\u00e9 et parl\u00e9 pour les femmes pauvres\u00a0; les a-t-on fait penser et parler elles-m\u00eames\u00a0?<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Voil\u00e0 ce qu\u2019il faudrait faire, car les plus excellentes th\u00e9ories philosophiques et \u00e9conomiques n\u2019ont de sanction que dans la r\u00e9alit\u00e9 et la pratique des choses.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">C\u2019est \u00e0 ce point de vue que nous t\u00e2cherons de nous placer pour dire sinc\u00e8rement notre mot dans cette grande et br\u00fblante question&nbsp;: <em>La question des femmes<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:15px\"><strong>[<em>L\u2019\u00e9conomiste fran\u00e7ais<\/em>, n\u00b024, mercredi 10 d\u00e9cembre 1862]<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:15px\"><strong>[335] II. Les femmes qui gagnent leur vie<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Dans le plan de la nature, qui est l\u2019expression de la volont\u00e9 divine, trois fonctions essentielles, avons-nous dit, sont le partage des femmes&nbsp;: l\u2019administration domestique, \u2013 l\u2019\u00e9ducation, \u2013 Le bonheur du foyer.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Mais o\u00f9 se trouve-t-elle la r\u00e9alisation de ce plan divin&nbsp;? Dans le pass\u00e9 ou dans l\u2019avenir&nbsp;? Si c\u2019est dans le pass\u00e9, les duret\u00e9s de la vie, les violences du besoin, l\u2019ont depuis longtemps mise en pi\u00e8ces. Si c\u2019est dans l\u2019avenir, elle semble si lointaine encore qu\u2019il faut se recueillir dans les lumi\u00e8res de son \u00e2me pour en saisir les lin\u00e9aments. Quant au pr\u00e9sent, regardez autour de vous. N\u2019est-ce pas sur un tout autre plan que marchent les choses&nbsp;? Sur un plan artificiel, incoh\u00e9rent, plein de faux calculs, d\u2019exp\u00e9dients, de mesures pr\u00e9caires, de lacune d\u00e9plorable&nbsp;: sur le plan de l\u2019aveugle n\u00e9cessit\u00e9&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Il s\u2019agit bien, vraiment, pour la grande majorit\u00e9 des femmes, de rechercher leur destin\u00e9e providentielle\u00a0! d\u2019\u00e9tudier leur vocation\u00a0! d\u2019interroger leurs aptitudes\u00a0! de savoir si Dieu les a cr\u00e9\u00e9es en effet pour \u00ab\u00a0<em>\u00eatre heureuses et bonnes et rendre les hommes bons et heureux\u00a0!<\/em>\u00a0\u00bb Les filles d\u2019Isra\u00ebl, captives \u00e0 Babylone, pouvaient pleurer leur patrie et chanter leurs plaintes sur le bord des fleuves\u00a0; mais malheur \u00e0 la femme moderne qui s\u2019arr\u00eaterait dans les chemins poudreux de ce monde pour regretter ses destins antiques ou r\u00eaver \u00e0 ses destins futurs\u00a0! La n\u00e9cessit\u00e9 la suit dans sa route\u00a0; elle marche sur les talons\u00a0; elle la presse\u00a0; elle lui crie\u00a0: \u00ab\u00a0Gagne ton pain\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Aux \u00c9tats-Unis, dit-on, les femmes ne travaillent pas. Alors comment font-elle\u00a0? Leurs maris gagnent donc toujours suffisamment pour les besoins de la famille\u00a0? ils ne sont donc jamais ni d\u00e9bauch\u00e9s, ni malades\u00a0? Le travail donne donc toujours\u00a0? et leur salaire est donc toujours proportionn\u00e9 aux besoins de leur famille\u00a0? Les femmes am\u00e9ricaines ne sont donc jamais c\u00e9libataires, ni veuves\u00a0? L\u2019Europe, en ce cas, est bien moins heureuse que cette fabrique d\u2019esclaves, car chez nous les femmes sans fortune sont trop souvent dans l\u2019une ou l\u2019autre de ces positions. Si elles sont mari\u00e9es elles ont des enfants\u00a0; la famille se compose de trois \u00e0 <em>douze<\/em> ou <em>quinze <\/em>personnes. Le mari, \u00e0 lui seul, ne peut gagner pour tant de bouches \u00e0 nourrir, tant de membres \u00e0 v\u00eatir. Allons, m\u00e8re\u00a0! laisse-l\u00e0 tes petits enfants, et viens travailler c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te avec le p\u00e8re pour les sustenter. Leur pauvre \u00e2me en souffrira, sans doute, mais elle souffrira discr\u00e8tement. Les besoins de l\u2019\u00e2me sont invisibles et muets\u00a0; mais le corps r\u00e9clame avec \u00e9nergie et \u00e0 grand bruit\u00a0! On voit les yeux pleurer de froid. L\u2019estomac crie la faim\u00a0! Quelle m\u00e8re pourrait r\u00e9sister\u00a0? Et voil\u00e0 la femme des champs tirant la charrue dans les brumes de l\u2019hiver, fauchant le bl\u00e9 sous les ardeurs du soleil. La femme des villes, assise devant une table, clou\u00e9e devant un m\u00e9tier, du matin \u00e0 minuit, travaillant comme une forcen\u00e9e, <strong>[336]<\/strong> l\u2019esprit absorb\u00e9, an\u00e9anti dans sa t\u00e2che, et tout son \u00eatre rivalisant avec la machine pour la r\u00e9gularit\u00e9 de l\u2019\u0153uvre, la rapidit\u00e9 de l\u2019ex\u00e9cution\u00a0; h\u00e9las\u00a0! et l\u2019affaissement de l\u2019intelligence\u00a0!<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">N&rsquo;y e\u00fbt-il pas d\u2019enfants, si le mari est malade ou d\u00e9bauch\u00e9, s\u2019il ch\u00f4me d\u2019ouvrage, il faut encore que la femme travaille, non-seulement pour elle , mais aussi lui aussi.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Et si elle est veuve, qui nourrira les enfants&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Et si elle est c\u00e9libataire, qui la nourrira elle-m\u00eame&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Et si elle a sur les bras ses vieux parents infirmes, les orphelins de sa s\u0153ur, ou ceux de son fr\u00e8re, qui les nourrira tous&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">En ces cas, l\u2019existence des femmes ne sont pas invent\u00e9s pour le besoin d\u2019une cause\u00a0; ils sont multipli\u00e9s sous nos yeux, chacun de nous les voit, les conna\u00eet, les touches du doigt. Et pourtant l\u2019on dispute le travail aux femmes\u00a0! on le leur marchande, on le leur paie au rabais, on a m\u00eame \u00e9t\u00e9, dans ces derniers temps, jusqu\u2019\u00e0 leur en d\u00e9nier le droit\u00a0! Le droit de manger et de se v\u00eatir parce qu\u2019on est femme\u00a0!<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Mais alors, si l\u2019on \u00e9rige le travail en privil\u00e8ge, que l\u2019on \u00e9rige donc le vol en vertu, ou que l\u2019on ait le courage de d\u00e9cr\u00e9ter en masse la condamnation \u00e0 mort des femmes pauvres&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Cruelle n\u00e9cessit\u00e9 que celle de vivre&nbsp;! bien cruelle dans ses effets comme dans ces moyens. Effet ou moyen, le premier de tous est de supprimer les sexes. Devant elle il n\u2019y a plus d\u2019hommes ni de femmes, il y a des outils.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Ainsi, hommes et femmes indistinctement balayent les rues, enl\u00e8vent les immondices, ramassent les chiffons\u00a0; hommes et femmes sont garde-barri\u00e8res dans les chemins de fer, coiffeurs, couturiers dans les boutiques, commis de magasin, comptables, professeurs. Comme les hommes enfin les femmes font le mieux quelles peuvent, argent de l\u2019industrie, de la science et des arts.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Et dans cette lutte de besoins, dans cette concurrence d\u2019affam\u00e9s, \u00e0 quel signe reconna\u00eet-on le mari de la femme, le fianc\u00e9 de la fianc\u00e9e, le fr\u00e8re de la s\u0153ur\u00a0? \u00c0 un seul\u00a0! \u00e0 la diff\u00e9rence de salaire. Le travail des hommes est en honneur, il s\u2019impose et se taxe\u00a0; le travail des femmes est d\u00e9pr\u00e9ci\u00e9, on le tol\u00e8re, on ne l\u2019accepte que parce qu\u2019on le paie \u00e0 volont\u00e9. Booz moissonne et Ruth glane. Osons dire en passant que la conclusion du po\u00e8me antique, transfigur\u00e9e, et remplac\u00e9e par une haute institution, nous semble le seul d\u00e9nouement possible du drame moderne.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Cette diff\u00e9rence de salaire qui \u00e9tonne les uns, scandalise les autres, pr\u00e9occupe tout le monde. On essaie de l\u2019expliquer en disant&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Que les femmes travaillent moins que les hommes&nbsp;; mais si elles travaillent \u00e0 leurs pi\u00e8ces elles sont seules \u00e0 en souffrir et le fabriquant n\u2019a \u00e0 se compenser d\u2019aucun pr\u00e9judice&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Que leur travail est moins bon que celui des hommes&nbsp;; alors pourquoi les emploieriez-vous&nbsp;? Vendre un travail mal ex\u00e9cut\u00e9 serait tromper l\u2019acheteur, car ce n\u2019est pas lui qui profite du boni que vous r\u00e9alisez sur la main-d\u2019\u0153uvre.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Dira-t-on que les objets confectionn\u00e9s par les femmes sont moins utiles et d\u2019un usage moins g\u00e9n\u00e9ral&nbsp;? Il faudrait oublier que ce sont elles qui confectionnent le linge, cet objet universel, indispensable \u00e0 la propret\u00e9, \u00e0 la sant\u00e9, \u00e0 la bonne \u00e9ducation&nbsp;; et que les hommes confectionnent les bijoux, ce luxe exceptionnel de la fortune et de l\u2019\u00e9l\u00e9gance.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Non, la vraie raison de l\u2019in\u00e9galit\u00e9 des salaires n\u2019est ni dans la quantit\u00e9, ni dans la qualit\u00e9 du travail&nbsp;; la preuve, c\u2019est qu\u2019il y a, ne f\u00fbt-ce que par exception, des hommes tr\u00e8s-maladroits et des femmes pleines de talents&nbsp;; des ouvriers qui font \u00e0 peine trois heures de bon travail sur douze, et des ouvri\u00e8res qui trouvent le moyen d\u2019en faire quinze, sans que pour cela leurs salaires respectifs varient d\u2019un centime.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">L\u2019in\u00e9galit\u00e9 des salaires n\u2019est pas davantage le r\u00e9sultat de cette bascule mat\u00e9rialiste et inintelligente qu\u2019on appelle l\u2019offre et la demande, car il y a \u00e9videmment beaucoup plus d\u2019hommes \u00e0 employer que de femmes.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Quelques personnes croient que les femmes sont moins pay\u00e9es parce qu\u2019elles ont plus de besoins que les hommes. Double erreur\u00a0: Les femmes ont plus de besoins que les hommes, parce qu\u2019elles sont plus d\u00e9licates, parce qu\u2019elles sont sujettes \u00e0 des vicissitudes de sant\u00e9 \u00e9trang\u00e8res aux hommes, parce qu\u2019elles vieillissent plus vite et sont plus expos\u00e9es \u00e0 toutes sortes d\u2019infirmit\u00e9s. Ce qu\u2019il y a de vrai, c\u2019est qu\u2019elles savent souffrir sans se plaindre, \u00e0 tel point que l\u2019on s\u2019y trompe et que l\u2019on prend leur silence pour un <em>satisfectit<\/em>. \u2013 Et bien leur en prend d\u2019\u00eatre courageuses et patientes\u00a0! car si, prenant au mot l\u2019opinion qui vient d\u2019\u00eatre cit\u00e9e, elles essayaient, (\u00e0 cr\u00e9dit bien entendu et en supposant qu\u2019elles en puissent trouver) de donner satisfaction \u00e0 tous leurs besoins, seulement physiques, on les verrait bient\u00f4t, non pas mises en possession d\u2019un salaire plus \u00e9lev\u00e9, mais d\u00e9cri\u00e9es et m\u00e9pris\u00e9es comme tous les gens couverts de dettes.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Nous croyons que la vraie cause de l\u2019in\u00e9galit\u00e9 des salaires vient de plus loin, de plus haut, et qu\u2019elle est toute morale. Du jour o\u00f9 les femmes se sont livr\u00e9es, de gr\u00e9 ou de force, au travail r\u00e9mun\u00e9rateur, elles sont sorties de leur voie naturelle&nbsp;; elles se sont d\u00e9class\u00e9es, d\u00e9pays\u00e9es, elles sont entr\u00e9es sur les domaines de l\u2019homme, non en conqu\u00e9rantes, mais en intruse.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">L\u2019esprit public ne se rend pas nettement compte de cette d\u00e9viation&nbsp;; mais il en \u00e9prouve, comme de tout ce qui est faux, une sorte de malaise, de souffrance vague, qui est comme une sourde protestation de la conscience comprim\u00e9e sous le poids \u00e9crasant du fait&nbsp;; et la nature r\u00e9pugne \u00e0 la douleur&nbsp;; et d\u2019instinct elle est mal dispos\u00e9e pour l\u2019objet, innocent ou coupable, qui la lui cause. Moins la nature est \u00e9lev\u00e9e, plus cet effet devient sensible&nbsp;: ne voit-on pas parmi les animaux de v\u00e9ritables coalitions contre ceux de leurs pareils qui se trouvent estropi\u00e9s ou malades&nbsp;? Ils les frappent \u00e0 coups de bec, d\u2019ongles ou de pied jusqu\u2019\u00e0 ce que mort s\u2019en suive.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Ce n\u2019est que lorsque la nature, cultiv\u00e9e par l\u2019\u00e9ducation, fortifi\u00e9e par la foi religieuse, est parvenue \u00e0 un degr\u00e9 \u00e9lev\u00e9 de bont\u00e9 et de lumi\u00e8re, qu\u2019elle discerne le malheur et le r\u00e9pare dans l\u2019effusion d\u2019une active sympathie.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Malheureusement l\u2019esprit public n\u2019est pas encore parvenu \u00e0 ce degr\u00e9 de justice distributive\u00a0; de l\u00e0 vient la d\u00e9faveur qui s\u2019attache au travail des femmes. Pr\u00e9jug\u00e9\u00a0! dit-on. Un pr\u00e9jug\u00e9 aussi g\u00e9n\u00e9ral, aussi profond\u00e9ment enracin\u00e9, reproduit sous tant de formes, et que l\u2019on sent si inattaquable par les moyens ordinaires de l\u2019\u00e9conomie politique, ce pr\u00e9jug\u00e9-l\u00e0 vient d\u2019une grande source\u00a0; c\u2019est plus qu\u2019un pr\u00e9jug\u00e9, c\u2019est une r\u00e9v\u00e9lation\u00a0!<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">L\u2019assimilation industrielle des femmes aux hommes a pris une telle extension depuis un quart de si\u00e8cle, que chacun aujourd\u2019hui en est frapp\u00e9, et se demande, avec une inqui\u00e9tude de bon augure, o\u00f9 elle s\u2019arr\u00eatera. Il y a dans cette question une double pens\u00e9e, l\u2019une de fait, l\u2019autre de droit. Aujourd\u2019hui la question de droit puisque nous sommes dans le domaine des faits. A quelle limite s\u2019arr\u00eatera donc cette immixtion des femmes dans le travail lucratif concurremment avec les hommes&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">On peut en \u00eatre bien s\u00fbr assur\u00e9, elle ne s\u2019arr\u00eatera qu\u2019aux limites <strong>[337]<\/strong> du besoin mat\u00e9riel de vivre. Dieu, sans doute, a donn\u00e9 aux \u00e2mes, aux esprits, aux aptitudes, deux sexes comme aux corps&nbsp;; mais la vie est si affair\u00e9e, si besogneuse, qu\u2019on n\u2019a pas encore eu le temps de s\u2019en apercevoir, et la soci\u00e9t\u00e9 paie cette&nbsp; distraction plus cher qu\u2019elle ne pense. Elle ressemble \u00e0 un agriculteur ignorant qui aurait jet\u00e9 le froment avec le raisin dans le pressoir&nbsp;: que peut-il sortir de cet inconcevable m\u00e9lange&nbsp;? Sans doute quelque boisson bien d\u00e9sagr\u00e9able au go\u00fbt, bien de farine qui nourrit&nbsp;! Adieu l\u2019ar\u00f4me parfum\u00e9 qui r\u00e9chauffe&nbsp;! L\u2019agriculteur insens\u00e9 n\u2019aura ni pain ni vin, mais il aura la confusion de son d\u00e9sordre et la mis\u00e8re de son ignorance&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Le pressoir c\u2019est la n\u00e9cessit\u00e9 de vivre qui foule, \u00e9crase et m\u00e9lange horriblement tout ce qui se trouve plac\u00e9 sous sa vis brutale. Ne voit-on pas des milliers de femmes qui succombent sous le poids des fardeaux, tandis que des hommes confectionnent des fleurs&nbsp;! Si l\u2019on ne veut pas que les femmes occupent une place dans le pressoir \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des hommes, eh bien, qu\u2019on ait la charit\u00e9 et l\u2019intelligence de les en retirer. Elles ne se plaindront pas&nbsp;! Oh Dieu&nbsp;! comme les malheureuses b\u00e9niraient la main qui, les arrachant \u00e0 cette \u00e9treinte, les ram\u00e8nerait \u00e0 leur foyer d\u00e9sert et leur dirait&nbsp;: Maintenant et \u00e0 tout jamais, soyez femmes, soyez m\u00e8res&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Nous croyons \u00e0 ce jour de d\u00e9livrance parce que nous croyons au triomphe de l\u2019ordre et de la science sur le d\u00e9sordre et l\u2019erreur. Mais nous craignons qu\u2019il ne tarde encore assez \u00e0 venir pour qu\u2019on veuille bien ne pas troubler les femmes dans leur souffrance et leur abn\u00e9gation pr\u00e9sentes&nbsp;; \u2013 pour qu\u2019on veuille bien ne pas leur disputer des moyens d\u2019existence qui sont pour elles un effort p\u00e9nible, mais une indispensable ressource&nbsp;; pour qu\u2019on n\u2019ajoute pas \u00e0 leurs charges mat\u00e9rielles le poids de l\u2019inimiti\u00e9 de leurs fr\u00e8res, de leurs p\u00e8res, de leurs \u00e9poux. Refuser \u00e0 une femme un emploi qu\u2019elle est capable de remplir, lui fermer une profession \u00e0 laquelle elle est apte, la chasser d\u2019un atelier o\u00f9 elle tient sa place avec honneur, ce serait commettre un crime, car ce serait condamner \u00e0 mourir de faim la m\u00e8re qui vous a nourri, et au d\u00e9shonneur la s\u0153ur form\u00e9e de votre sang. Lorsque Ca\u00efn, violent et jaloux, tuait son fr\u00e8re, il avait un homme devant lui. Tuer sa m\u00e8re ou sa s\u0153ur, serait joindre la l\u00e2chet\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9go\u00efsme, ce serait rench\u00e9rir sur le crime de Ca\u00efn&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Marie Pape-Carpantier. La question des femmes S\u00e9rie de 7 articles publi\u00e9s entre 1862 et 1863 dans L&rsquo;\u00e9conomiste fran\u00e7ais, les deux premiers sont reproduits ici. [L\u2019\u00e9conomiste fran\u00e7ais, n\u00b022, lundi 10 novembre 1862] [299] La question des femmes I On parle des femmes depuis le commencement du monde&nbsp;; mais depuis quelques ann\u00e9es on s\u2019en occupe plus que &hellip; <a href=\"https:\/\/benoitpeuch.com\/?page_id=3964\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\"><\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-3964","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/benoitpeuch.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/3964","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/benoitpeuch.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/benoitpeuch.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/benoitpeuch.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/benoitpeuch.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3964"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/benoitpeuch.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/3964\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/benoitpeuch.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3964"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}