{"id":4141,"date":"2024-11-11T11:14:00","date_gmt":"2024-11-11T10:14:00","guid":{"rendered":"https:\/\/benoitpeuch.com\/?page_id=4141"},"modified":"2024-11-11T11:14:00","modified_gmt":"2024-11-11T10:14:00","slug":"4141-2","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/benoitpeuch.com\/?page_id=4141","title":{"rendered":""},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-center has-background\" style=\"background-color:#8febe3;font-size:18px\">Jules Ferry &#8211; <strong>\u00ab Morale th\u00e9ologique, morale positive, il faut choisir \u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Publi\u00e9 pour la premi\u00e8re fois en annexe de la monographie de Pierre Chevallier, <em>La s\u00e9paration de l&rsquo;\u00e9glise et de l&rsquo;\u00e9cole. Jules Ferry et L\u00e9on XIII<\/em>, Fayard.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\"><em>Fonds Public de Saint-Di\u00e9. Transcription apr\u00e8s st\u00e9nographie. Carton XXX. Dossier g.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:15px\"><strong>DISCOURS DE JULES FERRY A LA CL\u00c9MENTE AMITI\u00c9 LE 5 AO\u00dbT 1875.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Mes f. *. Je dois tout d&rsquo;abord exprimer le regret que j&rsquo;\u00e9prouve de faire une conf\u00e9rence sur un sujet pareil. Ce serait de ma part un peu pr\u00e9tentieux, je ne suis pas professeur de philosophie, je ne philosophe pas de mon m\u00e9tier. Je n&rsquo;ai pas la pr\u00e9tention de faire une le\u00e7on&nbsp;; je dois seulement vous faire une r\u00e9ponse \u00e0 une question qui m&rsquo;a \u00e9t\u00e9 pos\u00e9e et \u00e0 laquelle je dois pleine satisfaction.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">On m&rsquo;a fait l&rsquo;honneur de me recevoir en m\u00eame temps qu&rsquo;un homme des plus illustres de notre temps, le savant philosophe&nbsp;; Mr Littr\u00e9. Vous savez la question qui m&rsquo;a \u00e9t\u00e9 faite et sur laquelle je ne peux donner que des explications tr\u00e8s concises.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Ma pens\u00e9e \u00e9tait d&rsquo;exposer \u00e0 ce sujet, si le temps me l&rsquo;avait permis, de mon mieux et non pas comme venant de moi, mais comme je l&rsquo;ai \u00e9tudi\u00e9e, la doctrine morale du positivisme, repr\u00e9sent\u00e9e ici par son chef le plus \u00e9minent. C&rsquo;est sur cette question&nbsp;: Des Devoirs de l&rsquo;homme envers ses semblables, que je me propose de donner quelques explications. C&rsquo;est qu&rsquo;en effet, sur cette question de la morale, des fondements de la morale, s&rsquo;est \u00e9lev\u00e9 un tr\u00e8s gros conflit dans ces temps-ci, un des conflits les plus graves entre la morale th\u00e9ologique et la morale positive, ou si vous voulez le conflit de la morale th\u00e9ologique et [de] la morale ind\u00e9pendante pour laquelle a lutt\u00e9 pendant si longtemps et avec une si grande sup\u00e9riorit\u00e9 intellectuelle notre regrett\u00e9 f\u2026 Massol. \u00ab Bravos \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">C&rsquo;est une tr\u00e8s grave question et qui importe au salut de la soci\u00e9t\u00e9 contemporaine, et il n&rsquo;en est pas de plus profond\u00e9ment agit\u00e9e, et avec raison, dans les r\u00e9unions de la ma\u00e7onnerie.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Morale th\u00e9ologique, morale positive, il faut choisir. Le choix est \u00e0 moiti\u00e9 impos\u00e9, il faut le dire tout d&rsquo;abord par les circonstances elles-m\u00eames et par ce que nous voyons tous les jours. Il est certain que la morale th\u00e9ologique, celle qui a pour fin l&rsquo;amour de Dieu, est profond\u00e9ment \u00e9branl\u00e9e, qu&rsquo;elle perd du terrain, et que de cet \u00e9branlement na\u00eet une grande inqui\u00e9tude m\u00eame pour les esprits les plus \u00e9mancip\u00e9s qui se pr\u00e9occupent du maintien de la moralit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">La morale th\u00e9ologique, on peut le dire, m\u00eame devant des catholiques, car il peut y en avoir ici, on peut le dire, en gens sinc\u00e8res, la morale th\u00e9ologique, quelques services qu&rsquo;elle a peut-\u00eatre rendus, est d\u00e9truite \u00e0 l&rsquo;heure qu&rsquo;il est; et pour deux raisons principales, la premi\u00e8re c&rsquo;est que la base lui manque, elle est fond\u00e9e sur des dogmes qui ont perdu un terrain consid\u00e9rable dans l&rsquo;esprit des masses. Je n&rsquo;en citerai qu&rsquo;un par exemple et je le citerai particuli\u00e8rement \u00e0 l&rsquo;adresse de ces partisans de la morale th\u00e9ologique qui sont peut-\u00eatre dans nos assembl\u00e9es en plus grand nombre que les catholiques. Je veux parler des d\u00e9istes. Et je leur dirai, le principe de la morale th\u00e9ologique c&rsquo;est qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de morale sans sanction, sans des peines ou des r\u00e9compenses dans ce monde ou du moins dans l&rsquo;autre&nbsp;; eh bien, en se pla\u00e7ant dans la plus grande correction de l&rsquo;\u00e9cole d\u00e9iste, n&rsquo;est-il pas \u00e9vident que cette sanction s&rsquo;est singuli\u00e8rement affaiblie depuis le jour o\u00f9 une croyance de l&rsquo;humanit\u00e9 rel\u00e9gu\u00e9e parmi les fables a disparu des \u00e2mes. Je ne crois pas que parmi les chr\u00e9tiens \u00e9clair\u00e9s, les d\u00e9istes sinc\u00e8res, il y en ait beaucoup qui aient conserv\u00e9 la vieille croyance \u00e0 l&rsquo;enfer, comme au moyen \u00e2ge.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">C&rsquo;\u00e9tait une sanction s\u00e9rieuse. C&rsquo;\u00e9tait pour les coupables un ch\u00e2timent \u00e9norme dont la pens\u00e9e devait arr\u00eater les \u00e9lans de la passion la plus vive.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Nous ne la retrouvons plus dans les pr\u00e9ceptes de la morale chr\u00e9tienne, et les adeptes de la morale d\u00e9iste n&rsquo;ont pas besoin de cette sanction.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">C&rsquo;est l\u00e0 ce que j&rsquo;appelle l&rsquo;\u00e9branlement de la morale th\u00e9ologique. C&rsquo;est donc \u00e0 ce premier point de vue une n\u00e9cessit\u00e9 in\u00e9luctable de remplacer par autre chose cet ensemble de pr\u00e9ceptes moraux que le bon sens et le progr\u00e8s des lumi\u00e8res affaiblit de plus en plus tous les jours.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Mais il y a encore une raison plus grave, il y a une autre d\u00e9monstration de l&rsquo;insuffisance de cette morale th\u00e9ologique, fond\u00e9e sur l&rsquo;amour de Dieu. Elle ne r\u00e9pond plus aux besoins de la soci\u00e9t\u00e9 actuelle. C&rsquo;est que l&rsquo;\u00e9cart est de plus en plus profond entre cette morale th\u00e9ologique et celle de la soci\u00e9t\u00e9 de nos jours. C&rsquo;est un id\u00e9al tout \u00e0 fait monastique, c&rsquo;est une vie de moine, c&rsquo;est un renoncement \u00e0 la libert\u00e9 et \u00e0 l&rsquo;amour de ses semblables. Comme id\u00e9al offert aux masses qui travaillent et qui sont la v\u00e9ritable force de la soci\u00e9t\u00e9, cela n&rsquo;a pas de prise, cela ne r\u00e9pond \u00e0 rien, cela ne touche ni l&rsquo;esprit ni le c\u0153ur&nbsp;; pouvez-vous parler \u00e0 cette soci\u00e9t\u00e9 de renoncer \u00e0 la famille, \u00e0 ce bien plus pr\u00e9cieux que la vie, \u00e0 la libert\u00e9 sans laquelle la vie n&rsquo;est rien. Evidemment non. Et comme pratique, qu&rsquo;est-ce que la morale th\u00e9ologique a trouv\u00e9 pour une soci\u00e9t\u00e9 libre et laborieuse comme la n\u00f4tre? Que pr\u00eache-t-elle&nbsp;? Une seule chose, la r\u00e9signation, elle n&rsquo;en sort pas et cette morale th\u00e9ologique qui a de nombreux et puissants organes dans notre soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise se vante de r\u00e9soudre par la r\u00e9signation toutes les questions sociales. Je crois qu&rsquo;elle n&rsquo;y parvient gu\u00e8re, j&rsquo;en crois les lamentations m\u00eames de ces partisans de la morale th\u00e9ologique du pass\u00e9&nbsp;; vous les entendez tous les jours s&rsquo;\u00e9crier, se r\u00e9pandre en j\u00e9r\u00e9miades. H\u00e9las&nbsp;! Le monde s&rsquo;en va&nbsp;! La moralit\u00e9 dispara\u00eet&nbsp;; ces masses \u00e9chappent aux vieilles doctrines, elles sont travaill\u00e9es de pens\u00e9es tout oppos\u00e9es. Eh bien&nbsp;! Cela prouve qu&rsquo;en effet le divorce est irr\u00e9parable entre la morale th\u00e9ologique et la soci\u00e9t\u00e9 moderne. Et \u00e0 cet \u00e9gard, le grand penseur, le ma\u00eetre illustre dont je suis l&rsquo;humble et modeste disciple, Auguste Comte observe que cette doctrine de la r\u00e9signation, l&rsquo;unique doctrine du christianisme est fille d&rsquo;une autre \u00e9poque&nbsp;; qu&rsquo;elle correspond \u00e0 un autre \u00e9tat de soci\u00e9t\u00e9 que le n\u00f4tre, cette soci\u00e9t\u00e9 qui appartenait au servage de la gl\u00e8be restait comprim\u00e9e par les classes militaires qui poss\u00e9daient les terres et les richesses&nbsp;; \u00e0 cette soci\u00e9t\u00e9, il \u00e9tait naturel de pr\u00eacher la r\u00e9signation en retour d&rsquo;une compensation dans un autre monde. Mais du moment que pour ces serfs de la gl\u00e8be, il y a des droits, du moment que la porte s&rsquo;est ouverte devant eux, du moment que cette soci\u00e9t\u00e9 a tendu vers l&rsquo;\u00e9galit\u00e9, alors cette doctrine ne s&rsquo;adresse \u00e0 personne. Nous ne nous \u00e9tonnons plus de ces plaintes, elles sont fond\u00e9es, cette doctrine en effet ne leur suffit plus. Elle est incompatible avec une soci\u00e9t\u00e9 fond\u00e9e sur l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 et sur la libert\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Il faut chercher autre chose, et comme en d\u00e9finitive, il n&rsquo;y a pas beaucoup de choix parmi les doctrines et que depuis des si\u00e8cles la moralit\u00e9 sociale est fond\u00e9e sur la doctrine que je viens de vous rappeler, il faut trouver autre chose. Vous comprenez en effet le danger d&rsquo;attacher la soci\u00e9t\u00e9 moderne \u00e0 des dogmes vermoulus, c&rsquo;est comme si vous attachiez un corps vivant \u00e0 un cadavre, dans quelque temps tout serait corrompu, il ne resterait plus rien, et alors ceux-l\u00e0 pour qui la moralit\u00e9 est li\u00e9e au dogme lui-m\u00eame, ceux-l\u00e0 seraient justifi\u00e9s, la moralit\u00e9 serait an\u00e9antie.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Heureusement cela n&rsquo;est pas, et la soci\u00e9t\u00e9 apporte \u00e0 l&rsquo;homme une facult\u00e9 moralisatrice et c&rsquo;est ici qu&rsquo;intervient l&rsquo;autre th\u00e9orie, car il n&rsquo;y en a que deux en pr\u00e9sence. La th\u00e9orie mitig\u00e9e se fondant sur une approximation, sur une dilection, sur le d\u00e9isme simple n&rsquo;en diff\u00e8re pas assez profond\u00e9ment pour qu&rsquo;on ne dise pas qu&rsquo;il n&rsquo;y en a que deux. Celle-ci a trouv\u00e9 son expression la plus compl\u00e8te dans Auguste Comte. Malheureusement la forme des oeuvres d&rsquo;Auguste Comte est p\u00e9nible, tourment\u00e9e, son langage est surcharg\u00e9 d&rsquo;expressions dont lui seul avait la cl\u00e9, aussi ce tr\u00e9sor reste inexplor\u00e9 et quand un homme d&rsquo;un grand esprit et d&rsquo;une grande science, Littr\u00e9, y plonge sa science exquise, il r\u00e9pand une vive lumi\u00e8re sur le monde.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Mais d&rsquo;autres peuvent y apprendre beaucoup et y puiser largement. Moi j&rsquo;y ai pris ma th\u00e9orie morale sociale et je vous assure que j&rsquo;y ai conquis le plus grand bien que l&rsquo;esprit humain peut rencontrer, la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9, la paix avec moi-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Je parle de moi&nbsp;; mais il le faut bien, puisque je me confesse. Comme beaucoup d&rsquo;entre vous, je suis n\u00e9 dans le catholicisme. J&rsquo;ai beaucoup lutt\u00e9 pour en sortir, j&rsquo;ai travers\u00e9 bien des syst\u00e8mes, bien des fantaisies de l&rsquo;esprit humain; quand j&rsquo;ai rencontr\u00e9 la doctrine positive, j&rsquo;y suis rest\u00e9, je m&rsquo;y suis tenu et vraiment je puis dire que j&rsquo;y resterai en mati\u00e8re de morale. Voici la th\u00e9orie.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Ce qu&rsquo;il y a de remarquable, c&rsquo;est que Comte qui \u00e9tait un math\u00e9maticien, un grand savant non pas un po\u00e8te, ni un id\u00e9aliste avait un si bon sentiment et une si profonde connaissance de la nature humaine qu&rsquo;il avait compris que le principe de la morale ne pourrait pas se placer uniquement dans l&rsquo;esprit, mais que c&rsquo;\u00e9tait dans le c\u0153ur que r\u00e9side le principe de la moralit\u00e9, et il a pos\u00e9 ce qu&rsquo;il appelait la pr\u00e9dominance du c\u0153ur sur l&rsquo;esprit. Il voulait dire par l\u00e0 premi\u00e8rement que dans la vie individuelle \u00e7e n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 dans l&rsquo;esprit que vous retrouverez la r\u00e8gle de conduite.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Le nombre n&rsquo;est pas grand de ceux qui puissent se vouer uniquement au culte de la v\u00e9rit\u00e9, peut-\u00eatre en trouverez-vous un ou deux, mais ce sont des exceptions. Les meilleurs, les plus grands esprits pour \u00eatre pouss\u00e9s dans la recherche de la v\u00e9rit\u00e9 ont besoin d&rsquo;un mod\u00e8le, la gloire ou l&rsquo;int\u00e9r\u00eat, mais la recherche pure de la v\u00e9rit\u00e9 pour elle-m\u00eame ne peut \u00eatre la r\u00e8gle du plus grand nombre. Ce n&rsquo;est donc pas l\u00e0 qu&rsquo;est le principe de la moralit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Il y a toujours une passion pour faire mouvoir l&rsquo;humanit\u00e9, et c&rsquo;est l\u00e0 une observation tr\u00e8s profonde en v\u00e9rit\u00e9 dont il faut se convaincre quand on \u00e9crit sur la morale.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Comment voulez-vous que des \u00eatres ind\u00e9pendants les uns des autres puissent se r\u00e9unir dans un cadre social sur des conceptions de l&rsquo;esprit, s&rsquo;il n&rsquo;y a pas un lien de sentiment qui les rapproche. Il y a bien la morale de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat, une pr\u00e9tendue conception de l&rsquo;intelligence pure dans laquelle le c\u0153ur n&rsquo;a rien \u00e0 voir. Eh bien! non, cette morale n&rsquo;est pas vraie, elle est au contraire une des plus dangereuses qui se puissent rencontrer. Oui, dans ce temple, il faut maudire cette morale de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat&nbsp;; dans ce temps o\u00f9 les croyances s&rsquo;\u00e9branlent, ceux qui professent la morale de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat sont de v\u00e9ritables empoisonneurs. \u00ab applaudissements \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Aussi Comte disait-il, que ce n&rsquo;est que dans un des sentiments de l&rsquo;organisation humaine, de l&rsquo;\u00e2me humaine, qu&rsquo;on peut placer la base de la morale. Il disait&nbsp;: certainement, il y a dans l&rsquo;homme des penchants tr\u00e8s divers des bons et des mauvais, tous au m\u00eame titre, car l&rsquo;homme est ainsi constitu\u00e9 qu&rsquo;il a des penchants \u00e9go&nbsp;!stes et qu&rsquo;il a des penchants bienveillants qui le poussent \u00e0 aimer les autres et \u00e0 les aider, et il a d\u00e9montr\u00e9 que ces penchants altruistes avaient leur si\u00e8ge comme toutes les autres facult\u00e9s dans cette masse c\u00e9r\u00e9brale o\u00f9 se trouvent des organes vou\u00e9s aux penchants bienveillants, \u00e0 l&rsquo;amour des autres, \u00e0 la sociabilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Et cela r\u00e9fute, vous le voyez, la doctrine de la gr\u00e2ce, du p\u00e9ch\u00e9 originel, le tout pour affirmer que l&rsquo;homme est mauvais, que les penchants mauvais dominent sur les bons. A cette affirmation, la vraie philosophie r\u00e9pond non.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Les bons penchants, chez l&rsquo;homme seul, ont, nous le reconnaissons, moins d&rsquo;\u00e9nergie que les sentiments \u00e9go\u00efstes. Mais voici l&rsquo;observation lumineuse que le philosophe ajoute&nbsp;: l&rsquo;homme ne peut pas ne pas vivre en soci\u00e9t\u00e9, il se trouve par l\u00e0 m\u00eame plac\u00e9 dans de telles conditions que les penchants bienveillants sont favoris\u00e9s par le fonctionnement m\u00eame de la soci\u00e9t\u00e9, et toutes les relations sociales aboutissent \u00e0 d\u00e9velopper ces bons sentiments au d\u00e9triment des autres. Il faut bien porter son attention sur cette observation. Oui, il y a une tr\u00e8s grande \u00e9nergie dans les instincts personnels, ils ont besoin d&rsquo;\u00eatre combattus, il faut lutter contre eux avec une force sup\u00e9rieure que l&rsquo;on trouve dans la vie sociale elle-m\u00eame et qui par une r\u00e9action d\u00e9cisive ram\u00e8ne les penchants \u00e9go\u00efstes en arri\u00e8re et donne la primaut\u00e9 aux penchants bienveillants&nbsp;; et c&rsquo;est la le\u00e7on qui ressort du tableau de la soci\u00e9t\u00e9 elle-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Qu&rsquo;est-ce que le progr\u00e8s social&nbsp;? Pourquoi avons-nous le droit de dire qu&rsquo;il y a un progr\u00e8s incessant dans les soci\u00e9t\u00e9s, c&rsquo;est qu&rsquo;il n&rsquo;a sa raison d&rsquo;\u00eatre que dans la pr\u00e9dominance des penchants altruistes sur les penchants \u00e9go\u00efstes et c&rsquo;est ce qui fait marcher sans cesse la soci\u00e9t\u00e9. \u00ab applaudissements \u00bb. L&rsquo;homme n&rsquo;est pas donc mauvais, ni d\u00e9chu. Ce sont l\u00e0 des lieux communs de nos adversaires, ce sont d&rsquo;\u00e9ternelles calomnies contre notre soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Voulez-vous la comparer au moyen \u00e2ge dans l&rsquo;ensemble des faits sociaux, ne voyez-vous pas qu&rsquo;elle progresse sans cesse, sans que cette marche s&rsquo;arr\u00eate un instant. La force, par exemple, la force brutale est-ce qu&rsquo;elle est la ma\u00eetresse de notre soci\u00e9t\u00e9. Cette forme personnelle de la force brutale n&rsquo;est pas neutralis\u00e9e dans la soci\u00e9t\u00e9 antique, la force \u00e9tait \u00e9norme. Les h\u00e9ros de l&rsquo;humanit\u00e9 \u00e9taient des gens tr\u00e8s forts qui faisaient la police. Aujourd&rsquo;hui cette force brutale est r\u00e9duite, cette force est devenue sociale, nul autre, que les gendarmes n&rsquo;a le droit d&rsquo;arr\u00eater les brigands. La force brutale est r\u00e9duite \u00e0 ses extr\u00eames limites nous avons les tribunaux pour remplacer les Hercules.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Il y avait encore la richesse qui \u00e9tait une cause d&rsquo;in\u00e9galit\u00e9, mais comparez notre \u00e9poque aux temps qui l&rsquo;ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e et \u00e0 un moment qui n&rsquo;est pas bien loin de nous, la richesse donnait le pouvoir, conf\u00e9rait le droit de vote. Tout cela a disparu.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Quelle est la plus difficile \u00e0 r\u00e9duire des in\u00e9galit\u00e9s naturelles? N&rsquo;est-ce pas l&rsquo;ignorance&nbsp;? A quoi cette soci\u00e9t\u00e9 s&rsquo;occupe-t-elle, m\u00eame le parti r\u00e9actionnaire&nbsp;? Ce qu&rsquo;elle poursuit, c&rsquo;est le probl\u00e8me de la r\u00e9duction de l&rsquo;ignorance. Vous le voyez donc, le progr\u00e8s dans la soci\u00e9t\u00e9 r\u00e9side dans la force toujours croissante des penchants bienveillants et dans la r\u00e9duction de l&rsquo;\u00e9go\u00efsme. (Tr\u00e8s bien, Tr\u00e8s bien).<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Mais on nous dit&nbsp;: prenez garde. Ces progr\u00e8s de la moralit\u00e9 publique que vous avez raison de signaler, craignez qu&rsquo;ils ne soient li\u00e9s au dogme \u00e0 c\u00f4t\u00e9 duquel ils ont v\u00e9cu. C&rsquo;est un argument tr\u00e8s familier dans les chaires chr\u00e9tiennes, cette moralit\u00e9 est l&rsquo;\u0153uvre des doctrines dont elle veut s&rsquo;\u00e9manciper. Je pourrais d\u00e9montrer si je ne craignais de trop fatiguer votre attention, que ce ne sont pas les dogmes qui ont soutenu la morale, mais tout au contraire la morale qui a fait que les dogmes se sont maintenus. (Bravos prolong\u00e9s).<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">La preuve, c&rsquo;est le Bouddhisme, cette religion qui a vingt-trois si\u00e8cles d&rsquo;existence est elle-m\u00eame un renouvellement d&rsquo;une religion plus ancienne le brahmanisme. Cette religion encore si vivace, ce bouddhisme a une morale des principes, un id\u00e9al v\u00e9ritablement pour le moins aussi pur, aussi exquis que l&rsquo;id\u00e9al chr\u00e9tien le plus exigeant et le plus raffin\u00e9. Cette morale, qu&rsquo;on l&rsquo;\u00e9tudie dans la pratique et l&rsquo;on verra qu&rsquo;elle est aussi pure que la morale chr\u00e9tienne. Elle se confond avec elle et cela est tellement \u00e9tonnant que lorsqu&rsquo;on s&rsquo;en avisa, les catholiques dirent que c&rsquo;\u00e9tait une secte chr\u00e9tienne qui \u00e9tait all\u00e9e s&rsquo;installer dans les Indes, mais malheureusement pour eux, cette religion a pris naissance cinq si\u00e8cles avant le Christ. De plus, dans la morale chr\u00e9tienne, ses pr\u00e9ceptes se retrouvent \u00e0 un moindre degr\u00e9, car dans la morale bouddhiste, on \u00e9tend la charit\u00e9 jusqu&rsquo;aux animaux et aux plantes. Cela prouve qu&rsquo;une morale fond\u00e9e sur la pratique la plus exigeante, la morale du d\u00e9vouement par excellence, peut exister avec des dogmes qui ne ressemblent en rien aux dogmes chr\u00e9tiens. Dans le Bouddhisme il n&rsquo;y a pas de peines ni de r\u00e9compenses. Vous le voyez, c&rsquo;est une moralit\u00e9 qui se tient debout toute seule. Cela est d\u00e9cisif, entre les dogmes et la conduite de l&rsquo;homme, il n&rsquo;y a aucun rapport. Nous qui sommes les tenants de la morale positive, \u00e0 ceux qui nous demandent, o\u00f9 est-elle cette morale, nous disons&nbsp;: la voici, c&rsquo;est d\u00e9montr\u00e9 par les faits, elle est pratiqu\u00e9e par deux cents millions d&rsquo;hommes et depuis vingt-trois si\u00e8cles.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">J&rsquo;affirme donc que le d\u00e9veloppement de la sociabilit\u00e9 est ind\u00e9pendante des dogmes, de la croyance qu&rsquo;on peut avoir sur les choses, sur l&rsquo;autre vie, sur l&rsquo;\u00eatre supr\u00eame, c&rsquo;est une facult\u00e9 immanente, inh\u00e9rente \u00e0 l&rsquo;esp\u00e8ce humaine, \u00e0 l&rsquo;organisation humaine. Mais cette facult\u00e9, son d\u00e9veloppement n&rsquo;est point ind\u00e9pendant de la science sociale, il importe beaucoup que l&rsquo;homme se connaisse lui-m\u00eame dans son pass\u00e9! dans son histoire et pour que la sociabilit\u00e9 cette facult\u00e9 moralisatrice inh\u00e9rente \u00e0 l&rsquo;homme arrive \u00e0 son d\u00e9veloppement, il faut que cette conception soit connue.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Lorsqu&rsquo;on parle de sociabilit\u00e9, on entend commun\u00e9ment cet instinct mat\u00e9riel qui fait que lorsqu&rsquo;on voit quelqu&rsquo;un se noyer par exemple, on se jette \u00e0 son secours. Nous philosophes, nous devons chercher, nous devons parler d&rsquo;une autre sociabilit\u00e9 arriv\u00e9e \u00e0 un \u00e9tat scientifique reposant sur une connaissance compl\u00e8te et sur l&rsquo;amour de l&rsquo;humanit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Cette conception est toute r\u00e9cente, et il est naturel qu&rsquo;elle soit r\u00e9cente, l&rsquo;amour de l&rsquo;humanit\u00e9 suppose la connaissance de l&rsquo;humanit\u00e9. Dans l&rsquo;antiquit\u00e9 on ne pouvait pas avoir la connaissance de l&rsquo;humanit\u00e9. La soci\u00e9t\u00e9 ancienne offrait un spectacle tel qu&rsquo;on ne pouvait saisir un plan quelconque. C&rsquo;\u00e9tait la violence, c&rsquo;\u00e9tait la guerre. Quand vint le Christianisme, l&rsquo;humanit\u00e9 avait fait un grand pas, elle \u00e9tait plus connue. Mais la doctrine du christianisme s&rsquo;opposait essentiellement \u00e0 une conception d&rsquo;une humanit\u00e9 telle qu&rsquo;on la comprend aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Le christianisme avait bien dit aux hommes&nbsp;; vous \u00eates fr\u00e8res, l&rsquo;esclave m\u00eame est votre fr\u00e8re, il y a identit\u00e9 entre vous, vous \u00eates tous enfants de Dieu, mais cette doctrine restreignait la port\u00e9e de cette profession de foi tr\u00e8s lib\u00e9rale, tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9reuse au premier abord, car les hommes \u00e9taient divis\u00e9s en r\u00e9prouv\u00e9s et en \u00e9lus. Pour \u00eatre \u00e9lu, il fallait avoir cette gr\u00e2ce donn\u00e9e par l&rsquo;arbitraire, par le caprice. Cette doctrine \u00e9tait incompatible avec la conception de l&rsquo;humanit\u00e9 elle-m\u00eame. Mais maintenant nous avons la th\u00e9orie de l&rsquo;\u00e9volution de l&rsquo;humanit\u00e9. Nous savons \u00e0 quelle place doivent \u00eatre les soci\u00e9t\u00e9s barbares, nous voyons clair dans tout cela, l&rsquo;humanit\u00e9 ne nous appara\u00eet plus comme une race d\u00e9chue de ses origines, condamn\u00e9e \u00e0 ne rien savoir que par la r\u00e9v\u00e9lation. L&rsquo;histoire de l&rsquo;humanit\u00e9 pour nous est une constante ascension de la barbarie vers la civilisation, l&rsquo;humanit\u00e9 marche sans cesse de victoire en victoire du sentiment bienveillant sur l&rsquo;\u00e9go\u00efsme, de la science sur l&rsquo;ignorance, c&rsquo;est la race des ma\u00eetres du monde qui le conqui\u00e8rent par la force de leur volont\u00e9, par la vigueur de leur \u00e9nergie, par l&rsquo;\u00e9tendue de leur savoir. \u00ab applaudissements \u00bb. Qu&rsquo;ont-ils besoin de la Providence, cette notion m\u00eame se transforme, la providence c&rsquo;est l&rsquo;humanit\u00e9 elle-m\u00eame qui comprend par la science ce qu&rsquo;il y a de stable dans les faits au milieu desquels elle vit, mais comprenant par o\u00f9 ces faits peuvent \u00eatre modifi\u00e9s&nbsp;; de sorte que la science positive apprend \u00e0 l&rsquo;homme qu&rsquo;il est \u00e0 lui-m\u00eame sa propre providence, qu&rsquo;il est l&rsquo;arbitre de sa destin\u00e9e, elle lui mesure sa puissance sur lui-m\u00eame. La science l&rsquo;affranchit m\u00eame de la crainte de la mort, elle lui apprend qu&rsquo;il appartient \u00e0 une race qui ne p\u00e9rit pas, et par cons\u00e9quent, on peut avoir le d\u00e9dain de la mort, on peut se contenter de vivre dans la m\u00e9moire de ses successeurs. \u00ab applaudissements \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">L&rsquo;id\u00e9al de l&rsquo;homme s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve, se raffine, semble s&rsquo;\u00e9largir, il a la foi dans la continuit\u00e9, dans la perfectibilit\u00e9 de l&rsquo;esp\u00e8ce humaine. Cet id\u00e9al-l\u00e0 supporte bien, je crois, la comparaison avec l&rsquo;id\u00e9al catholique. Non seulement, il y a plus de vraie grandeur dans cet id\u00e9al que dans celui de l&rsquo;antique religion, mais encore dans l&rsquo;application, voyez quelle transformation heureuse et profonde. Nous parlons de devoirs et nous demandons quels sont les devoirs de l&rsquo;homme envers ses semblables voici la r\u00e9ponse&nbsp;: les devoirs de l&rsquo;homme envers l&rsquo;humanit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Ces devoirs, c&rsquo;est de l&rsquo;aimer, de la conna\u00eetre, de la servir. Le premier devoir et la formule fondamentale, c&rsquo;est d&rsquo;appliquer dans tous les actes non pas le point de vue personnel, mais le point de vue social; et la cons\u00e9quence, c&rsquo;est que cette morale qui ne fait que na\u00eetre, tend \u00e0 substituer \u00e0 la notion du droit la notion du devoir. Nous ne dirons plus dans cette morale de la soci\u00e9t\u00e9 r\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9e, droit de l&rsquo;homme sur un autre homme, nous dirons devoir de l&rsquo;homme envers l&rsquo;homme, et nous rempla\u00e7ons cette formule&nbsp;: droit du plus fort par celle-ci&nbsp;: le devoir du plus fort. \u00ab bravos \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Je veux vous montrer comment cette morale positive transforme la notion de la propri\u00e9t\u00e9. Il y a deux mani\u00e8res diverses de la comprendre, d&rsquo;abord le droit d&rsquo;user et d&rsquo;abuser, le droit entier qui ne doit de compte \u00e0 personne et puis de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 le communisme qui traite la propri\u00e9t\u00e9 comme injustifiable, et qui doit dispara\u00eetre. Et bien, la vraie th\u00e9orie de la sociabilit\u00e9 moderne s&rsquo;approprie ce qu&rsquo;il y a de l\u00e9gitime dans l&rsquo;une et l&rsquo;autre pr\u00e9tention. Elle dit d&rsquo;une part&nbsp;: oui&nbsp;; la propri\u00e9t\u00e9 est justifi\u00e9e par le point de vue social, parce qu&rsquo;elle est le meilleur moyen de conserver et de transmettre le capital qui doit \u00eatre un moyen de travailler au service de l&rsquo;humanit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Mais ce point de vue social qui vous justifie, vous contraint&nbsp;; la propri\u00e9t\u00e9 n&rsquo;est pas en effet de droit absolu, elle n&rsquo;existe pas uniquement pour la satisfaction de vos plaisirs&nbsp;; vous l&rsquo;avez comme un office social, comme une fonction, cette propri\u00e9t\u00e9 vous impose des devoirs, et nos c\u0153urs pour peu chauds et g\u00e9n\u00e9reux qu&rsquo;ils soient ne sont-ils pas d&rsquo;accord avec la morale positive.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Je suis aussi partisan de la propri\u00e9t\u00e9 que qui que ce soit et je crois que la th\u00e9orie communiste est fausse, et cependant je ne puis arracher de mon c\u0153ur les sentiments d&rsquo;inqui\u00e9tude, le trouble que me cause le spectacle de la soci\u00e9t\u00e9. Ses in\u00e9galit\u00e9s sont si grandes, elles sont si manifestes, si peu explicables, au point de vue de la justice&nbsp;; il est si peu naturel que moi, j&rsquo;aie ce nrivil\u00e8ge, tandis que d&rsquo;autres peut-\u00eatre plus dignes que moi sont d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9s, il y a dans mon c\u0153ur comme une r\u00e9volte secr\u00e8te. Mais \u00e0 ce sentiment correspond cette notion du devoir de la propri\u00e9t\u00e9, des devoirs, de la richesse, de l&rsquo;aisance. Vous voyez tous les jours des pharisiens d&rsquo;une sorte nouvelle s&rsquo;\u00e9crier&nbsp;: que Dieu est bon, il ne m&rsquo;a pas fait na\u00eetre parmi ces mis\u00e9rables. La morale positive vous dit. Ce mis\u00e9rable a une lettre de change sur vous, il faut acquitter votre dette et c&rsquo;est \u00e0 ce prix seulement que ce privil\u00e8ge sera ainsi rendu justifi\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Ceci, mes f. . . me ram\u00e8ne naturellement \u00e0 votre institution ma\u00e7onnique, \u00e0 la belle devise que vous avez adopt\u00e9e, du moment que nous agitons cette conception de la moralit\u00e9 humaine. Cette id\u00e9e de la ma\u00e7onnerie est tr\u00e8s grande, tr\u00e8s remarquable parce qu&rsquo;elle est tr\u00e8s ancienne, con\u00e7ue \u00e0 cette \u00e9poque \u00e9loign\u00e9e, c&rsquo;\u00e9tait une grande divination de l&rsquo;avenir; par exemple votre principe de la tol\u00e9rance veut dire qu&rsquo;il y a des hommes qui se r\u00e9unissent, qui sont \u00e9mancip\u00e9s puisqu&rsquo;ils ne demandent pas \u00e0 ceux qui entrent dans leur r\u00e9union compte de leurs croyances. Puis l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 d\u00e8s le premier jour, elle est offerte \u00e0 tous \u00e0 ceux qui savent comme \u00e0 ceux qui ne savent pas. Que d&rsquo;efforts pour la faire triompher, ils luttent depuis ces temps o\u00f9 la soci\u00e9t\u00e9 \u00e9tait faite d&rsquo;aristocrates, ils luttent encore contre le sentiment aristocratique qui survit toujours.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">On trouve enfin, pour finir en quelques mots, ce troisi\u00e8me terme, la charit\u00e9, la fraternit\u00e9&nbsp;; cela veut dire qu&rsquo;il y a un principe de fraternit\u00e9 qui peut se passer des dogmes\u2026 [deux ou trois mots omis].<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Et voil\u00e0 pourquoi, je suis heureux, je suis fier, je suis glorieux d&rsquo;\u00eatre ma\u00e7on (applaudissements prolong\u00e9s).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jules Ferry &#8211; \u00ab Morale th\u00e9ologique, morale positive, il faut choisir \u00bb Publi\u00e9 pour la premi\u00e8re fois en annexe de la monographie de Pierre Chevallier, La s\u00e9paration de l&rsquo;\u00e9glise et de l&rsquo;\u00e9cole. Jules Ferry et L\u00e9on XIII, Fayard. Fonds Public de Saint-Di\u00e9. Transcription apr\u00e8s st\u00e9nographie. Carton XXX. Dossier g. 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