{"id":4153,"date":"2024-11-11T11:57:50","date_gmt":"2024-11-11T10:57:50","guid":{"rendered":"https:\/\/benoitpeuch.com\/?page_id=4153"},"modified":"2024-11-11T16:53:42","modified_gmt":"2024-11-11T15:53:42","slug":"4153-2","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/benoitpeuch.com\/?page_id=4153","title":{"rendered":""},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ff7a52;font-size:18px\">Emilie Mallet &#8211; <strong>Appendice de la troisi\u00e8me \u00e9dition du <em>Manuel<\/em> de Cochin<\/strong> (1845)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:15px\">[193] <strong>APPENDICE.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:15px\"><strong>NOTICE HISTORIQUE SUR L\u2019ORIGINE ET LES D\u00c9VELOPPEMENTS DE L\u2019INSTITUTION DES SALLES D\u2019ASILE.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">Les Salles d\u2019Asile inspirent maintenant un int\u00e9r\u00eat assez g\u00e9n\u00e9ral pour qu\u2019on puisse d\u00e9sirer de conna\u00eetre leur origine. Ce fut dans notre patrie que la Providence fit na\u00eetre la pre\u00admi\u00e8re pens\u00e9e de cette utile institution. En 1770, dans une sauvage vall\u00e9e des Vosges, un pasteur, nomm\u00e9 Oberlin, g\u00e9missait de la profonde ignorance et de la mis\u00e8re des fa\u00admilles qui l\u2019entouraient; il entreprit de les civiliser, et, donnant toute son attention et tous ses soins \u00e0 l\u2019\u00e9ducation des enfants d\u00e8s leur plus jeune \u00e2ge, il institua, pour les in\u00adstruire gratuitement, des <em>conductrices <\/em>que lui-m\u00eame dirigeait dans l\u2019accomplissement de leur t\u00e2che. Il \u00e9tablit ainsi, dans cinq villages, ce qu\u2019on y appela <em>des \u00e9coles \u00e0 tricoter<\/em> ; car les enfants, d\u00e8s l\u2019\u00e2ge de quatre ans, y \u00e9taient exerc\u00e9s \u00e0 ce travail. En m\u00eame temps on leur apprenait \u00e0 prier et \u00e0 chanter des cantiques; on leur parlait de Dieu et de sa toute-puissance. Des images repr\u00e9sentant les histoires de la sainte \u00c9criture, des plantes ou des animaux, servaient \u00e0 les instruire. La pre\u00admi\u00e8re des conductrices fut <em>Sara Bauzet<\/em>, qui mourut \u00e0 vingt-neuf ans ; une autre jeune fille, <em>Louise Scheppler<\/em>, continua son \u0153uvre et exer\u00e7a ces fonctions pendant plus de cinquante-cinq ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">[194] L\u2019id\u00e9e des \u00e9coles de l\u2019enfance, envisag\u00e9e sous le rapport du d\u00e9veloppement de l\u2019intelligence, fut donc alors r\u00e9v\u00e9l\u00e9e \u00e0 des esprits humbles et simples et \u00e0 des c\u0153urs pieux et d\u00e9vou\u00e9s. Cette m\u00eame id\u00e9e, envisag\u00e9e au point de vue de la charit\u00e9 la plus active, et comme moyen d\u2019action d\u2019une pi\u00e9t\u00e9 tendre et chr\u00e9tienne, naquit dans l\u2019\u00e2me d\u2019une femme plac\u00e9e sur une partie bien diff\u00e9rente de la sc\u00e8ne du monde. Ce fut dans l\u2019ann\u00e9e 1801 que madame la marquise de Pastoret (1) entreprit de fonder le premier \u00e9tablissement destin\u00e9 \u00e0 recueillir de petits enfants, laiss\u00e9s sans protection pendant les tra\u00advaux journaliers de leurs m\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>(1) Enlev\u00e9e, en septembre 1843, \u00e0 la tendresse de sa famille et \u00e0 la reconnaissance de l\u2019humanit\u00e9.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Un jour madame de Pastoret rencontra l\u2019une d\u2019elles, qu\u2019elle allait visiter parce qu\u2019elle l\u2019avait fait admettre aux secours de la Soci\u00e9t\u00e9 maternelle; cette femme \u00e9tait charg\u00e9e de linge qu\u2019elle venait de laver \u00e0 la rivi\u00e8re, afin de gagner sa vie et celle de son enfant. Madame de Pastoret entra avec elle dans sa chambre. L\u2019enfant avait \u00e9t\u00e9 pos\u00e9 sur le lit; mais il \u00e9tait tomb\u00e9 baign\u00e9 dans son sang; et la pauvre m\u00e8re disait : \u00ab Je n\u2019ai pas le moyen de le faire garder; on me demande huit ou dix sous, et je n\u2019en gagne que vingt-cinq par jour.\u00bb Une autre circonstance frappa douloureusement le c\u0153ur de madame de Pastoret. Souvent elle rencontrait sous les galeries de la place Louis XV une petite fille de six \u00e0 sept ans, faible et p\u00e2le. Sa m\u00e8re l\u2019avait charg\u00e9e du soin de sa s\u0153ur, enfant de quelques mois; et, pour suppl\u00e9er \u00e0 la force qui manquait \u00e0 sa fille a\u00een\u00e9e, la m\u00e8re liait autour de son cou et de ses \u00e9paules la pauvre petite emmaillott\u00e9e; et c\u2019est ainsi que les deux en\u00adfants passaient leurs journ\u00e9es attach\u00e9es l\u2019une \u00e0 l\u2019autre. Un jour, madame de Pastoret d\u00e9f\u00eet tous les n\u0153uds, et en exami\u00adnant l\u2019enfant, alors \u00e2g\u00e9e de dix-huit mois, elle remarqua que l\u2019\u00e9pine dorsale \u00e9tait vo\u00fbt\u00e9e, et que la pauvre petite \u00e9tait con\u00adtrefaite pour toujours.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Voil\u00e0 les premiers fondateurs des Salles d\u2019Asile ou d\u2019hospita\u00adlit\u00e9. Madame de Pastoret chercha une s\u0153ur hospitali\u00e8re, lui [195] adjoignit une bonne femme, et les \u00e9tablit dans deux grandes chambres bien chauff\u00e9es rue de Miromesnil. Le projet de madame de Pastoret \u00e9tait non-seulement de recueillir les enfants \u00e0 la mamelle, mais de faire venir leurs m\u00e8res, une ou deux fois dans la journ\u00e9e, pour leur donner le sein, et de les leur faire reprendre le soir. L\u2019\u00e9tablissement \u00e9tait pourvu de douze berceaux, de linge, de lait et de sucre. Mais il n\u2019y avait que deux femmes, et leurs forces ne purent suffire aux soins qu\u2019exigeaient dix ou douze enfants. La s\u0153ur hospitali\u00e8re perdait sa sant\u00e9, et, malgr\u00e9 les vifs regrets de madame de Pastoret, il fallut c\u00e9der \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 et renoncer \u00e0 de ch\u00e8res esp\u00e9rances. Mais madame de Pastoret \u00e9leva toutes les petites filles de ses berceaux; et la Salle d\u2019hospitalit\u00e9 fut transform\u00e9e en une \u00e9cole gratuite qui n\u2019a point cess\u00e9 d\u2019exister. L\u2019id\u00e9e des <em>Salles d\u2019Asile<\/em> fut ainsi arr\u00eat\u00e9e dans son premier d\u00e9veloppement.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Ce fut loin des vall\u00e9es des Vosges et loin des bords de la Seine qu\u2019elle re\u00e7ut enfin son accomplissement. Un homme bienfaisant et industrieux du nord de l\u2019\u00c9cosse, M. Owen de<br>New-Lanark, s\u2019affligeait de voir les enfants de ses nom\u00adbreux ouvriers livr\u00e9s \u00e0 l\u2019abandon auquel les condamnait le travail de leurs parents; il con\u00e7ut, en 1817, l\u2019id\u00e9e de les recueillir, et prit un simple tisserand qui ne connaissait rien aux \u00e9coles, mais qui avait un grand amour des enfants et une patience infatigable avec eux. Cet homme \u00e9tait <em>James Buchanan<\/em>; il sut deviner et r\u00e9aliser les inspirations de son ma\u00eetre, et il parvint \u00e0 r\u00e9unir dans son \u00e9cole au-del\u00e0 de 150 enfants (de l\u2019\u00e2ge de 2 \u00e0 7 ans). On y trouvait le germe \u00e9vident des m\u00e9thodes qui sont aujourd\u2019hui en vigueur, le chant, les \u00e9volutions de la m\u00e9thode lancastrienne. Deux ans plus tard, Buchanan fut appel\u00e9 \u00e0 Londres par lord Brourgham, M. Macaulay, etc.; et l\u00e0 la m\u00e9thode d\u2019enseignement des <em>Infant-schools<\/em> fut port\u00e9e \u00e0 un haut degr\u00e9 de perfection (1). Voil\u00e0 l\u2019origine exacte de l\u2019institution des Salles d\u2019Asile. Nous [196] l\u2019avons pr\u00e9sent\u00e9e avec tous ses d\u00e9tails, parce qu\u2019ils \u00e9tablissent une v\u00e9rit\u00e9 qui ne peut que faire na\u00eetre l\u2019admiration; c\u2019est que l\u2019id\u00e9e si touchante de cette institution a \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue en des temps et des pays diff\u00e9rents, par des \u00e2mes d\u00e9vou\u00e9es au bien de l\u2019humanit\u00e9. Nous ne suivrons point les progr\u00e8s des Salles d\u2019Asile en Angleterre ni dans les autres pays, mais nous di\u00adrons comment elles ont \u00e9t\u00e9 fond\u00e9es \u00e0 Paris. En 1825, des personnes qui avaient visit\u00e9 l\u2019Angleterre en rapport\u00e8rent une vive admiration pour ces \u00e9coles si nouvelles et si in\u00adt\u00e9ressantes. Quelques m\u00e8res de famille se demand\u00e8rent : \u00ab Pourquoi n\u2019essaierait-on pas de former ici une telle institu\u00adtion? \u00bb et cherch\u00e8rent \u00e0 tenter un premier essai. Bient\u00f4t apr\u00e8s elles form\u00e8rent un comit\u00e9 (2) dont madame la marquise de Pastoret voulut bien accepter la pr\u00e9sidence, repre\u00adnant ainsi et continuant l\u2019\u0153uvre dont elle avait eu la pens\u00e9e tant d\u2019ann\u00e9es auparavant. Le comit\u00e9 publia un pros\u00adpectus et provoqua des dons et des souscriptions. Une note fut adress\u00e9e au conseil g\u00e9n\u00e9ral des hospices, qui accorda, au mois de mai 1826, un don de 3,000 fr. et une maison d\u00e9pen\u00addant de l\u2019hospice des M\u00e9nages. L\u2019\u00e9tat de d\u00e9labrement dans lequel \u00e9tait cette maison exigea des travaux de r\u00e9paration, qui d\u00e9pass\u00e8rent de 1,115 fr. la somme allou\u00e9e par le conseil des hospices.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>(1) Extrait de l\u2019Ami de l&rsquo;enfance.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>(2) La premi\u00e8re r\u00e9union, compos\u00e9e de quatre dames, eut lieu le 4 mars 1826, chez madame la marquise de Pastoret.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Le comit\u00e9 confia la direction de la Salle d\u2019Asile \u00e0 deux s\u0153urs de l\u2019ordre de la Providence, \u00e9tabli \u00e0 Portieux, d\u00e9par\u00adtement des Vosges, cette communaut\u00e9 seule ayant consenti \u00e0 prendre part \u00e0 cette tentative nouvelle.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">M. l\u2019abb\u00e9 Desgenettes, cur\u00e9 des Missions \u00e9trang\u00e8res, voulut bien pr\u00e9sider les r\u00e9unions du comit\u00e9 des dames, qui publia, le 1er mars 1827, un compte rendu contenant les d\u00e9tails sui\u00advants : \u00ab Les enfants de l\u2019\u00e2ge de dix-huit mois \u00e0 six ans sont r\u00e9unis dans la salle au nombre de quatre-vingts ; plus de cent quarante noms sont inscrits\u2026\u2026 Les enfants sont amen\u00e9s \u00e0 [197] l\u2019Asile \u00e0 huit heures du matin, et apportent avec eux des ali\u00adments pour deux repas; ils restent jusqu\u2019\u00e0 cinq heures en hiver, et jusqu\u2019\u00e0 sept en \u00e9t\u00e9. La journ\u00e9s est coup\u00e9e par une alternative de jeux et d\u2019\u00e9tudes appropri\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e2ge et aux forces des enfants. Celles-ci consistent : \u00e0 marcher en ordre et en mesure; \u00e0 lire de grosses lettres imprim\u00e9es sur des ta\u00adbleaux suspendus aux murailles; \u00e0 entendre et \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter l\u2019ex\u00adplication d\u2019images repr\u00e9sentant des animaux et des m\u00e9tiers, sur lesquels on provoque leurs petites r\u00e9flexions; \u00e0 apprendre le cat\u00e9chisme et quelques cantiques. On leur donne aussi les premiers \u00e9l\u00e9ments du calcul, au moyen d\u2019un grand cadre renfermant des tringles sur lesquelles roulent des boules de couleur. Pendant les r\u00e9cr\u00e9ations, ils jouent avec des briques en bois qui leur servent \u00e0 figurer diff\u00e9rentes constructions, soit dans la salle, soit dans une cour sabl\u00e9e et plant\u00e9e d\u2019ar\u00adbres\u2026\u2026Le comit\u00e9 souhaiterait vivement que ses essais trou\u00advassent des imitateurs \u00e0 Paris et dans le reste du royaume; car, afin d\u2019assurer les avantages qu\u2019on peut en esp\u00e9rer pour la g\u00e9n\u00e9ration qui s\u2019\u00e9l\u00e8ve, il faudrait que le bienfait des Asiles de l\u2019enfance dev\u00eent en quelque sorte g\u00e9n\u00e9ral. \u00bb (1)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>(1) Les dames, composant le comit\u00e9, \u00e9taient : mesdames la marquise de Pastoret, pr\u00e9sidente; mesdames de Maussion, vice pr\u00e9sidente; Jules Mallet, secr\u00e9taire-tr\u00e9sori\u00e8re ; la duchesse de Praslin, Ir\u00e9sori\u00e8re adjointe; la princesse Th\u00e9odore de Bauffremont, id.; Gautier, de Champlouis, Anisson du Perron, la baronne de Vareignes, la comtesse de Ludres, Mailfair, la marquise de Lillers. Les dons et souscriptions \u00e9taient re\u00e7us par MM. Mallet, banquiers; depuis 1827, entr\u00e8rent successivement dans le comit\u00e9 : mesdames la comtesse de Bondy, la comtesse de Laborde, Boutarel, Caussin de Parceval, Danloux-Dumesnil, Delondre, Guerbois, Marmet, Moreau, Fr\u00e9d\u00e9ric Moreau, Victorine Moreau, la vicomtesse Por\u00adtalis, la comtesse de Rambuteau, la baronne de Tholos\u00e9, la vicomtesse de Vaufreland, mademoiselle du Vaucel.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Deux manuels anglais (1) avaient \u00e9t\u00e9 traduits d\u00e8s le commen\u00adcement de l\u2019ann\u00e9e 1826, et, avec l\u2019aide de ces excellents ouvrages, on essayait de mettre en pratique la m\u00e9thode; mais malgr\u00e9 les efforts pers\u00e9v\u00e9rants de deux dames, et la bonne volont\u00e9 des s\u0153urs, on ne put r\u00e9ussir; et l\u2019on sentit qu\u2019il fallait [198] puiser plus d\u2019exp\u00e9rience et de lumi\u00e8res dans un examen ap\u00adprofondi des <em>Infant-schools<\/em> d\u2019Angleterre. L\u2019on chercha une personne qui consent\u00eet \u00e0 se charger de cette mission; et ce fut alors (2) que les dames du comit\u00e9 entr\u00e8rent en relation avec M. Cochin, maire du douzi\u00e8me arrondissement, qui de son c\u00f4t\u00e9, sans avoir connaissance de l\u2019essai tent\u00e9 par les dames, avait r\u00e9uni, dans deux chambres de la rue des Gobelins, un certain nombre de petits enfants, et cherchait, lui aussi, par une inspiration charitable, \u00e0 cr\u00e9er l\u2019\u0153uvre des Asiles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>(1) De Wilderspin et de Goyder.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>(2) En juin 1827.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">M. Cochin fit conna\u00eetre madame Millet au comit\u00e9 par qui elle fut envoy\u00e9e \u00e0 Londres ; elle y passa deux mois en 1827 ; et \u00e0 son retour, elle s\u2019effor\u00e7a de mettre en pratique, dans la Salle d\u2019Asile d\u2019essai, la m\u00e9thode qu\u2019elle avait \u00e9tudi\u00e9e avec une profonde attention. Alors le comit\u00e9 ouvrit, rue des Mar\u00adtyrs, une nouvelle Salle que madame Millet organisa avec un plein succ\u00e8s. A ce m\u00eame moment, M. Cochin fondait le grand \u00e9tablissement qui, depuis, a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 comme Asile-Mod\u00e8le. Le comit\u00e9 des dames, poursuivant sa t\u00e2che, ou\u00advrit successivement trois autres Salles d\u2019Asile, dont la con\u00adservation fut, pendant quatre ans, pour le comit\u00e9 l\u2019occasion d\u2019efforts continuels et souvent de vives inqui\u00e9tudes. Aucune ordonnance n\u2019avait r\u00e9gl\u00e9 l\u00e9galement leur existence. Les se\u00adcours en argent \u00e9taient irr\u00e9guliers et douteux ; le conseil des hospices en accorda plusieurs fois, mais ne voulait prendre aucun engagement pour l\u2019avenir. En 1828, aucune subvention ne futdonn\u00e9e par lui ; et au mois de juin 1829, le comit\u00e9 n\u2019avait plus en caisse que 1,256 fr. pour faire face \u00e0 toutes ies d\u00e9penses qui s\u2019\u00e9levaient, cette ann\u00e9e, \u00e0 16,000 fr. Alors M. de Martignac, ministre de l\u2019int\u00e9rieur, M. le comte de Chabrol, pr\u00e9fet du d\u00e9partement de la Seine, accord\u00e8rent des secours.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Enfin le conseil des hospices, qui venait de d\u00e9cider l\u2019achat del\u00e0 maison mod\u00e8le fond\u00e9e par M. Cochin, c\u00e9dant aux vives sollicitations du comit\u00e9 des dames, consentit \u00e0 prendre les [199] Salles d\u2019Asile sous son adoption et sa tutelle (1). Un arr\u00eat\u00e9 du conseil, approuv\u00e9 et sign\u00e9 par le ministre de l\u2019int\u00e9rieur, con\u00adsacra l\u2019\u0153uvre des Asiles, qui, d\u00e8s ce moment, devinrent \u00e9tablissements d\u2019utilit\u00e9 publique et de charit\u00e9. L\u2019administration des hospices commen\u00e7a d\u00e8s lors \u00e0 s\u2019en occuper de concert avec les dames du comit\u00e9, auxquelles furent donn\u00e9s des r\u00e8\u00adglements approuv\u00e9s par M. le pr\u00e9fet de la Seine (2). La compta\u00adbilit\u00e9 des Salles d\u2019Asile rev\u00eatit les formes administratives et fut soumise au contr\u00f4le de l\u2019autorit\u00e9. Pendant l\u2019espace de onze ann\u00e9es (1826 \u00e0 1837), le comit\u00e9 obtint :<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-table is-style-stripes\" style=\"font-size:15px\"><table class=\"has-fixed-layout\"><tbody><tr><td>De la charit\u00e9 publique<\/td><td class=\"has-text-align-center\" data-align=\"center\">115,116 fr.<\/td><\/tr><tr><td>Du conseil g\u00e9n\u00e9ral des hospices<\/td><td class=\"has-text-align-center\" data-align=\"center\">80,695<\/td><\/tr><tr><td>Du conseil municipal<\/td><td class=\"has-text-align-center\" data-align=\"center\">28,000<\/td><\/tr><tr><td>Et des bureaux de bienfaisance<\/td><td class=\"has-text-align-center\" data-align=\"center\">24,100<\/td><\/tr><tr><td>TOTAL<\/td><td class=\"has-text-align-center\" data-align=\"center\">247,911<\/td><\/tr><\/tbody><\/table><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>(1) Parmi les membres du conseil g\u00e9n\u00e9ral des hospices, MM. le mar\u00adquis de Pastoret, le baron de Gerando, le baron Carnet de la Bonnardi\u00e8re, le baron Delattre, le baron Delessert, Desportes, et surtout MM. Valdruche et Cochin, furent les protecteurs de l\u2019institution des Salles d\u2019Asile et en 1833 M. Cochin publia le Manuel, qui contribua si puissamment aux progr\u00e8s et au perfectionnement de cette institution. Quelque temps auparavant avait paru l\u2019Instruction \u00e9l\u00e9mentaire pour la formation des Salles d\u2019Asile, r\u00e9dig\u00e9e par une des dames du comit\u00e9.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>(2) Trois membres du conseil des hospices , MM. le baron Carnet de la Bonnardi\u00e8re, Cochin et Valdruche, furent d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s aupr\u00e8s du comit\u00e9 des dames pour lui servir de conseil et d&rsquo;interm\u00e9diaire.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">L\u2019administration des hospices se chargea de payer, en outre, les loyers et les frais de premier \u00e9tablissement des nouveaux Asiles. Le nombre des salles s\u2019\u00e9leva successivement \u00e0 vingt-quatre dans ce m\u00eame espace de onze ann\u00e9es, et S. A. R. ma\u00ad dame Ad\u00e9la\u00efde accepta le titre de protectrice de l\u2019\u0153uvre.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">\u00ab Cependant les allocations municipales, que les progr\u00e8s de l\u2019institution rendirent n\u00e9cessaires, ne tard\u00e8rent pas \u00e0 lui donner un caract\u00e8re municipal. En m\u00eame temps l\u2019autorit\u00e9 remarqua que les enfants n\u2019\u00e9taient pas seulement recueillis et surveill\u00e9s, ils \u00e9taient \u00e9lev\u00e9s. Les Salles d\u2019Asile formaient en [200] r\u00e9alit\u00e9 le premier degr\u00e9 de l\u2019\u00e9ducation de l\u2019enfance; elles de\u00advaient passer sous le contr\u00f4le de l\u2019administration, dont la mission est de veiller \u00e0 la direction intellectuelle et morale de l\u2019\u00e9ducation \u00e0 tous les \u00e2ges et dans tout le royaume. Par une circulaire qui suivit la publication de la loi du 28 juin 1833, le ministre de l\u2019instruction publique s\u2019en saisit. Les Salles d\u2019Asile \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9es comme la base de l\u2019in\u00adstruction primaire. D\u00e8s ce moment, la comptabilit\u00e9 et l\u2019ad\u00administration furent r\u00e9clam\u00e9es par l\u2019autorit\u00e9 municipale; la surveillance, par les comit\u00e9s locaux, par le comit\u00e9 central surtout; la nomination des ma\u00eetres et des ma\u00eetresses, par les commissions d\u2019examen. Le comit\u00e9 des dames, qui avait exerc\u00e9 jusque-l\u00e0 tous les pouvoirs, se les voyait disput\u00e9s tous \u00e0 la fois (1). Dans cet \u00e9tat de choses devait na\u00eetre la pens\u00e9e d\u2019un pouvoir mixte. En effet, les 9 avril, 13 mai et 1er juillet 1836 intervinrent des d\u00e9lib\u00e9rations du conseil royal de l\u2019instruc\u00adtion publique et des d\u00e9cisions de M. le baron Pelet (de la Lo\u00adz\u00e8re), alors ministre, qui prescrivirent la cr\u00e9ation de commis\u00adsions compos\u00e9es de membres du comit\u00e9 central et du comit\u00e9 des dames, charg\u00e9es de <em>tout ce qui concernait l\u2019administration la surveillance, la discipline des Salles d\u2019Asile<\/em>. Cette organisation fut loin de r\u00e9ussir \u00e0 satisfaire les autorit\u00e9s rivales. Les commissions d\u2019examen se plaignirent d\u2019avoir perdu le droit de prononcer sur la capacit\u00e9 des ma\u00eetres; l\u2019autorit\u00e9 munici\u00adpale, d\u2019\u00eatre d\u00e9pouill\u00e9e de l\u2019administration ; le comit\u00e9 central, de voir ses pouvoirs conf\u00e9r\u00e9s \u00e0 quelques-uns de ses membres, et partag\u00e9s avec le comit\u00e9 des dames; le comit\u00e9 des dames, d\u2019\u00eatre d\u00e9poss\u00e9d\u00e9 de fait par une association impraticable et illusoire. Apr\u00e8s quelques mois de conflit, le 22 d\u00e9cembre 1836, madame la comtesse de Bondy (pr\u00e9sidente du comit\u00e9) [201] informa M. le comte de Rambuteau que les dames, c\u00e9dant \u00e0 une douloureuse n\u00e9cessit\u00e9, d\u00e9posaient leurs fonctions.\u00bb (2) Depuis ce moment jusqu\u2019au 22 d\u00e9cembre 1837, l\u2019autorit\u00e9 fut incertaine, il n\u2019y eut point de r\u00e8gle, les Salles d\u2019Asile de<br>Paris furent priv\u00e9es de la surveillance maternelle dont elles ont besoin. \u00ab Cet \u00e9tat de choses \u00e9tait contraire aux int\u00e9r\u00eats des Salles existantes et aux progr\u00e8s de l\u2019institution\u2026 Il importait d\u2019y mettre un terme, et ce fut le but de l\u2019organisation nou\u00advelle \u00bb (3) que M. de Salvandy, ministre de l\u2019instruction publi\u00adque, proposa \u00e0 l\u2019approbation du roi, dans un projet d\u2019ordonnance qui re\u00e7ut la sanction royale et devint le code des Salles d\u2019Asile.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>(1) Mais M. Guizot, ministre de l\u2019instruction publique, sentant que l\u2019ap\u00adplication de la loi d\u00e9pouillait en effet le comit\u00e9 des dames de toutes ses attributions, et reconnaissant que de ce changement r\u00e9sulterait celui de la nature de l\u2019institution, suspendit l\u2019ex\u00e9cution del\u00e0 loi, \u00e0 l\u2019\u00e9gard des Salles d\u2019Asile, et laissa subsister l\u2019organisation qu\u2019elles avaient re\u00e7ue comme \u00e9tablissement d&rsquo;utilit\u00e9 publique et de charit\u00e9.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>(2)<\/em> <em>Rapport au roi.<\/em> <em>(3) M\u00eame rapport.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">\u00ab Cette ordonnance ne fait que reproduire exactement la loi du 22 juin 1833 , mais avec les modifications exig\u00e9es par ce qu\u2019il y a de sp\u00e9cial dans l\u2019institution\u2026 Elle n\u2019a pas insti\u00adtu\u00e9 d\u2019autorit\u00e9s nouvelles, et les autorit\u00e9s existantes sont res\u00adt\u00e9es ind\u00e9pendantes. \u00bb (1) Mais cette ind\u00e9pendance ne suffirait pas pour assurer la prosp\u00e9rit\u00e9 et la bonne direction des Salles<br>d\u2019Asile. L\u2019unit\u00e9 de vues et d\u2019efforts peut seule produire cette prosp\u00e9rit\u00e9 et l\u2019extension charitable d\u2019une institution dont \u00ab le g\u00e9nie ne se trouve que dans le c\u0153ur des m\u00e8res.\u00bb (2)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>(1 et 2) M\u00eame rapport<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">On doit donc former des v\u0153ux ardents pour que tous les pouvoirs appel\u00e9s \u00e0 concourir au soutien et \u00e0 la direction des Salles d\u2019Asile agissent dans un esprit d\u2019union et de bonne harmonie , et qu\u2019une seule pens\u00e9e soit dans toutes les \u00e2mes, un seul d\u00e9sir dans tous les c\u0153urs, afin que l\u2019enfance indigente puisse \u00eatre v\u00e9ritablement prot\u00e9g\u00e9e, secourue et guid\u00e9e, con\u00adform\u00e9ment \u00e0 ses int\u00e9r\u00eats dans le pr\u00e9sent et dans l\u2019avenir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:15px\">[202] <strong>CHAPITRE PREMIER. DES SUBVENTIONS ACCORD\u00c9ES PAR LE MINISTRE DE L\u2019INSTRUCTION PUBLIQUE.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Depuis que les Salles d\u2019Asile ont \u00e9t\u00e9 rattach\u00e9es par or\u00addonnance royale au minist\u00e8re de l\u2019instruction publique, elles sont port\u00e9es sur le budget de l\u2019Etat \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des \u00e9coles. Le cr\u00e9dit ouvert pour elles par les chambres l\u00e9gislatives s\u2019est augment\u00e9 chaque ann\u00e9e; il atteignait,en 1843, la somme de 300,000 fr., et l\u2019on ne peut douter qu\u2019il ne s\u2019accroisse en proportion des besoins. Mais si la protection et la bonne volont\u00e9 des cham\u00adbres et de M. le ministre concourent \u00e0 cr\u00e9er de si abondantes ressources, comment seront-elles appliqu\u00e9es? Beaucoup de villes et de communes ignorent qu\u2019elles peuvent en profiter et n\u2019en r\u00e9clament pas l\u2019assistance. Il est n\u00e9cessaire qu\u2019elles sachent que, pour l\u2019obtenir, il suffit de la demander, en suivant toutefois la marche administrative. Les subventions accor\u00add\u00e9es par M. le ministre de l\u2019instruction publique ont surtout pour objet la fondation, l\u2019organisation des nouveaux Asiles, ou l\u2019am\u00e9lioration de ceux qui sont d\u00e9j\u00e0 \u00e9tablis. On ne doit point compter qu\u2019elles puissent se renouveler plusieurs ann\u00e9es de suite. Pour y avoir droit, on doit m\u00eame faire conna\u00eetre quels moyens on aura de continuer l\u2019\u0153uvre qu\u2019il s\u2019agit d\u2019entrepren\u00addre. Il en est ainsi \u00e0 l\u2019\u00e9gard des \u00e9coles; l\u2019autorit\u00e9 minist\u00e9rielle ne peut que provoquer, aider \u00e0 organiser, mais non pas entre\u00ad tenir lorsque l\u2019\u00e9tablissement est achev\u00e9. Toute demande de secours doit \u00eatre adress\u00e9e \u00e0 M. le ministre de l\u2019instruction publique par le pr\u00e9fet du d\u00e9partement, et \u00eatre appuy\u00e9e des avis donn\u00e9s par le comit\u00e9 d\u2019arrondissement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>(1) Il serait \u00e0 d\u00e9sirer que messieurs les recteurs fussent toujours con\u00adsult\u00e9s.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">[203] La commission sup\u00e9rieure des Salles d\u2019Asile peut suivre et h\u00e2ter l\u2019effet de ces demandes. M. le pr\u00e9sident de cette com\u00ad mission correspond avec MM. les recteurs et les pr\u00e9fets, tandis que les dames qui la composent peuvent entretenir, selon l\u2019autorisation de M. le ministre, des rapports directs avec les dames inspectrices, et recueillir ainsi des d\u00e9tails pr\u00e9cis et circonstanci\u00e9s servant \u00e0 motiver les d\u00e9marches aupr\u00e8s de l\u2019autorit\u00e9. Il est important d\u2019inspirer non-seulement aux administrations municipales, mais aussi \u00e0 toutes les per\u00adsonnes charitables qui se senti raient port\u00e9es \u00e0 fonder des Salles d\u2019Asile, la confiance d\u2019\u00eatre encourag\u00e9es et soutenues par la protection et l\u2019assistance du gouvernement. Depuis qu\u2019a paru l\u2019ordonnance, l\u2019opinion g\u00e9n\u00e9rale est devenue de plus en plus favorable \u00e0 l\u2019institution des Salles d\u2019Asile; et l\u2019appui constant que leur a donn\u00e9 M. le ministre de l\u2019instruction publique a puissamment contribu\u00e9 \u00e0 leur extension. Cet appui ne leur manquera pas, mais il ne sera donn\u00e9 que suivant la mesure des efforts faits dans les localit\u00e9s qui peuvent le solliciter. C\u2019est aux pr\u00e9fets et aux recteurs \u00e0 faire sentir aux autorit\u00e9s municipales la n\u00e9cessit\u00e9 de ces efforts. Il leur est facile de propager les id\u00e9es relatives aux Salles d\u2019Asile, puisque des relations fr\u00e9quentes existent entre eux et les comit\u00e9s d\u2019ar\u00adrondissement, et entre les comit\u00e9s d\u2019arrondissement et les comit\u00e9s locaux de surveillance, et puisque les pr\u00e9fets \u00e9crivent directement aux maires sur tout ce qui concerne les \u00e9coles. Que l\u2019on se repr\u00e9sente ce que produirait l\u2019action simultan\u00e9e de tous les pr\u00e9fets et de tous les recteurs, agissant de concert, avec un ferme d\u00e9sir de surmonter les obstacles, avec la per\u00ads\u00e9v\u00e9rance qui fait na\u00eetre un sinc\u00e8re d\u00e9vouement aux int\u00e9r\u00eats de l\u2019humanit\u00e9. Qu\u2019on nous permette de le dire, de promptes et \u00e9nergiques tentatives sont indispensables lorsqu\u2019il faut travailler \u00e0 l\u2019am\u00e9lioration morale de tout un peuple. Ce n\u2019est point en \u00e9tablissant les Salles d\u2019Asile par centaines, mais en les fondant par milliers, qu\u2019on peut y concourir de la mani\u00e8re la plus efficace.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">[201] Que l\u2019on calcule combien d\u2019enfants grandissent sans rece\u00advoir une instruction suffisante, sans m\u00eame en recevoir aucune ; combien sont \u00e9lev\u00e9s dans les t\u00e9n\u00e8bres de la plus enti\u00e8re igno\u00adrance sur tout ce qui touche \u00e0 la religion, \u00e0 la morale, aux de\u00advoirs de l\u2019homme et du chr\u00e9tien, et sont entra\u00een\u00e9s au mal d\u00e8s leur plus jeune \u00e2ge; et l\u2019on comprendra si l\u2019on peut ajourner la fondation des Salles d\u2019Asile. Dans la plupart des communes agricoles, dans les districts manufacturiers, les enfants tra\u00advaillent d\u00e8s qu\u2019ils en ont la force; par ce motif, ils ne peu\u00advent aller aux \u00e9coles. Il serait donc indispensable de leur donner, dans les Salles d\u2019Asile, les premiers \u00e9l\u00e9ments de l\u2019in\u00adstruction primaire, et d\u2019y faire na\u00eetre dans leur c\u0153ur et dans leur intelligence l\u2019horreur du mal et l\u2019amour du bien. Mais ces r\u00e9sultats si importants ne peuvent s\u2019accomplir que si l\u2019on multiplie les Asiles, et, pour les multiplier, il faut des res\u00adsources abondantes. On doit donc d\u00e9sirer que de toutes parts soient adress\u00e9es des demandes de subvention \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 minist\u00e9rielle, et qu\u2019en m\u00eame temps la charit\u00e9 inspire aux fondateurs le z\u00e8le et le courage d\u2019entreprendre et de conti\u00adnuer l\u2019\u0153uvre qui, plus que toute autre, contribuera au bon\u00adheur des classes indigentes.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Nous avons mentionn\u00e9 plus haut le travail des enfants dans les manufactures. Ce sujet a d\u00e9j\u00e0 excit\u00e9 la sollicitude et l\u2019in\u00adt\u00e9r\u00eat des chambres l\u00e9gislatives. On a cherch\u00e9 \u00e0 porter rem\u00e8de \u00e0 un mal si grand; mais a-t-on r\u00e9ussi? Il faut voir de ses propres yeux ce qu\u2019est la condition de ces pauvres enfants, observer avec un sentiment chr\u00e9tien ou maternel leur expres\u00adsion, la p\u00e2leur de leurs visages, l\u2019affaiblissement graduel de toute vie morale en eux, pour comprendre r\u00e9ellement ce que leur situation a d\u2019horrible et de r\u00e9voltant pour l\u2019humanit\u00e9. A l\u2019\u00e2ge si tendre pour lequel tant de soins ont \u00e9t\u00e9 reconnus indispensables, ces faibles cr\u00e9atures sont assujetties \u00e0 des fatigues qui \u00e9puisent les forces de leur corps, et livr\u00e9es \u00e0 des exemples, des enseignements qui pervertissent leur c\u0153ur et inclinent leur \u00e2me vers le vice.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">[205] Jadis toute une population fut r\u00e9unie dans une vaste manufacture. (1) Alors les enfants y \u00e9taient occup\u00e9s sans p\u00e9ril pour leur sant\u00e9 ni pour leur innocence, car c\u2019\u00e9tait \u00e0 leurs p\u00e8res, \u00e0 leurs m\u00e8res, \u00e0 leurs parents qu\u2019ils \u00e9taient con\u00adfi\u00e9s; et sous l\u2019influence de la haute intelligence, de la rare bont\u00e9 qui veillait sur tous ces travaux, le faible \u00e9tait prot\u00e9g\u00e9, ses besoins \u00e9taient pr\u00e9venus, et l\u2019on sentait qu\u2019un p\u00e8re avait adopt\u00e9 comme siens tous ces enfants. Il est encore des \u00e9ta\u00adblissements administr\u00e9s avec cet esprit de charit\u00e9 et de pa\u00adternelle pr\u00e9voyance; mais combien le nombre n\u2019en est-il pas restreint !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>(1) A Jouy, pr\u00e8s Versailles.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">[208] <strong>CHAPITRE II. DE LA CONSTRUCTION DES SALLES D\u2019ASILE.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">L\u2019auteur du <em>Manuel <\/em>(1), et apr\u00e8s lui le <em>R\u00e8glement g\u00e9n\u00e9ral des Salles d\u2019Asile<\/em> (2), ont indiqu\u00e9 avec d\u00e9tail et clart\u00e9 les disposi\u00adtions de local de ces \u00e9tablissements; et cependant elles sont loin d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 partout comprises. Dans quelques Asiles on a commis \u00e0 cet \u00e9gard des erreurs fort pr\u00e9judiciables au bien-\u00eatre et m\u00eame \u00e0 la sant\u00e9 des enfants. Parfois on a donn\u00e9 une telle \u00e9l\u00e9vation aux marches des gradins que l\u2019on ne peut en descendre sans courir les plus grands risques; on a n\u00e9glig\u00e9 les pr\u00e9cautions qui peuvent assainir la salle ou le pr\u00e9au; ou bien les cabinets d\u2019aisance sont \u00e9tablis de mani\u00e8re \u00e0 rendre impossible toute propret\u00e9 ou toute habitude de d\u00e9cence. (3) Les plans et dessins plac\u00e9s par M. Cochin dans la premi\u00e8re \u00e9dition du <em>Manuel<\/em>, et reproduits dans celle-ci, avaient cependant fait conna\u00eetre les dimensions et dispositions des Salles d\u2019Asile. Il est tr\u00e8s important de les \u00e9tudier, afin de bien se p\u00e9n\u00e9trer des exigences de cette institution.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>(1) Pages 68, art. 75 et suivants.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>(2) Titre Ier, art. 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>(3) Les cabinets d\u2019aisance r\u00e9clament une attention toute particuli\u00e8re. Lors de la formation des Asiles \u00e0 Paris, on avait adopt\u00e9 un syst\u00e8me de construction tr\u00e8s d\u00e9fectueux, et il a fallu de longues ann\u00e9es pour parvenir \u00e0 l\u2019am\u00e9liorer, ce qu\u2019on ne pouvait faire qu\u2019en le changeant compl\u00e8\u00adtement; la commission sup\u00e9rieure y a contribu\u00e9 de tous ses efforts, et ce sujet lui a toujours paru si important, qu\u2019elle ne s\u2019est point lass\u00e9e de le signaler comme un de ceux qui peuvent avoir la plus grande influence sur la moralit\u00e9 des enfants. \u2014On d\u00e9plore les habitudes de cynisme et de grossi\u00e8re ind\u00e9cence contract\u00e9es par le peuple ; mais a-t-on lieu de s\u2019\u00e9ton\u00adner de ce que sont ces habitudes? Quels soins a-t-on pris pour les modi\u00adfier ou pour les pr\u00e9venir ? C\u2019est d\u00e8s la premi\u00e8re enfance que doivent se former les sentiments honn\u00eates et d\u00e9licats. L\u2019enfant n\u2019en trouvera que rarement l\u2019exemple dans la maison paternelle ; si donc la Salle. d\u2019Asile ne les lui inspire pas, o\u00f9 ira-t-il les puiser?\u2014La commission sup\u00e9rieure a, dans ce but, adopt\u00e9 un plan de cabinets d\u2019aisance aussi simple que peu dispendieux, et en a fait ex\u00e9cuter des mod\u00e8les en petit; ce plan a \u00e9t\u00e9 fort perfectionn\u00e9 dans plusieurs Asiles de Paris; mais ces perfectionnements entra\u00eenent des frais que toutes les localit\u00e9s ne pourraient supporter, et nous pouvons affirmer qu\u2019ils ne sont point indispensables et que le petit mod\u00e8le est suffisant.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">[207] Toutes les fois qu\u2019il s\u2019agira de construire une Salle d\u2019Asile, on fera sagement de suivre exactement les indications du <em>Manuel <\/em>et du <em>R\u00e8glement general<\/em>; et m\u00eame on doit le faire. Mais il<br>peut \u00eatre difficile de s\u2019y conformer lorsqu\u2019on est oblig\u00e9 d\u2019ap\u00adproprier un local d\u00e9j\u00e0 existant, ainsi qu\u2019il arrive fr\u00e9quem\u00adment. il faut alors s\u2019attacher aux plus importantes de ces indications, et employer tous les moyens possibles pour les appliquer aux localit\u00e9s. Il faut surtout ne confier la direction des travaux qu\u2019\u00e0 des personnes <em>ayant vu et bien examin\u00e9 des Salles d\u2019Asile<\/em>, et comprenant l\u2019esprit de l\u2019institution et la na\u00adture des exercices.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">La disposition de la salle, du pr\u00e9au et de la cour rend plus ou moins facile la surveillance des directeurs et des directrices. Il est indispensable que nulle parties enfants ne puissent \u00e9chapper \u00e0 leurs regards. Il est aussi de la plus grande importance de pr\u00e9venir tout accident, en supprimant tout ce qui pourrait en occasionner, soit dans l\u2019in\u00e9galit\u00e9 du sol, soit dans la disposition des portes, des fen\u00eatres, des soupiraux de cave. Peut-\u00eatre ces recommandations para\u00eetront elles super\u00adflues; mais l\u2019exp\u00e9rience a prouv\u00e9 qu\u2019elles sont bien loin de l\u2019\u00eatre, et a fait conna\u00eetre combien d\u2019erreurs sont commises dans la construction des salles, et combien il importe d\u2019\u00e9\u00adveiller sur ce point l\u2019attention des fondateurs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:15px\">[208] <strong>CHAPITRE III. DES COMMISSIONS D\u2019EXAMEN ET DES BREVETS D\u2019APTITUDE.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">\u00ab Les exercices d\u2019enseignement seront exactement renferm\u00e9s dans les limites de l\u2019instruction la plus \u00e9l\u00e9mentaire (art. 51 du <em>R\u00e8glement g\u00e9n\u00e9ral des Salles d\u2019Asile<\/em>); \u00bb mais toute personne qui aspire \u00e0 la direction d\u2019un Asile doit poss\u00e9der la connaissance des m\u00e9thodes et des exercices; l\u2019aptitude \u00e0 donner les soins de surveillance maternelle et l\u2019habilet\u00e9 \u00e0 diriger une Salle d\u2019Asile dans les exercices et dans les r\u00e9\u00adcr\u00e9ations. \u00bb (<em>Programme du 6 f\u00e9vrier<\/em> 1838.)<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Il est facile de comprendre, d\u2019apr\u00e8s cet expos\u00e9, combien l\u2019instruction des directeurs et directrices d\u2019Asile r\u00e9clame d\u2019attention de la part des commissions d\u2019examen. On ne peut<br>se lasser de le r\u00e9p\u00e9ter, la bonne tenue d\u2019une Salle d\u2019Asile d\u00e9\u00adpend enti\u00e8rement de la personne charg\u00e9e de la diriger. Si cette personne n\u2019est instruite que superficiellement, si elle n\u2019a<br>pas compris la grandeur de la mission qui lui doit \u00eatre con\u00adfi\u00e9e, elle ne saurait remplir convenablement cette mission si belle, mais souvent si p\u00e9nible.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Jusqu\u2019ici deux obstacles se sont oppos\u00e9s au perfectionnement, sous ce rapport, de l\u2019institution des Salles d\u2019Asile. On n\u2019a pas compris suffisamment combien il est difficile de former de bons ma\u00eetres et de bonnes ma\u00eetresses, ou bien on ne s\u2019est pas appliqu\u00e9 avec une assez grande force de volont\u00e9 \u00e0 cette \u0153uvre importante. D\u00e9clarer que toute personne qui aspire \u00e0 la direction d\u2019un Asile doit poss\u00e9der la connaissance, l\u2019aptitude, l\u2019habilet\u00e9, mais ne pas se mettre en peine de com\u00admuniquer cette pr\u00e9cieuse connaissance, cette aptitude indis\u00adpensable, cette habilet\u00e9 de laquelle d\u00e9pend le succ\u00e8s, ne suffit [209] pas plus qu\u2019il ne suffirait de vouloir recueillir l\u00e0 o\u00f9 l\u2019on n\u2019a point sem\u00e9. L\u2019\u0153uvre des Salles d\u2019Asile est encore si nouvelle en France que grand nombre de personnes ignorent ce qu\u2019elle doit \u00eatre; et de l\u00e0 vient l\u2019impr\u00e9voyance avec laquelle on confie la direction d\u2019un Asile. Dans les dispositions de l\u2019ordonnance, on distingue le choix des ma\u00eetres et des ma\u00eetresses par les commissions d\u2019examen, et le choix des membres de ces m\u00eames commissions par les pr\u00e9fets. Nous serait-il permis de dire que ces deux choix sont aussi importants l\u2019un que l\u2019autre? Les commissions d\u2019examen peuvent rendre d\u2019immenses services, et l\u2019on peut affirmer que d\u2019elles d\u00e9pend l\u2019avenir des Salles d\u2019A\u00adsile. Mais il faut que chaque personne appel\u00e9e \u00e0 en faire partie ait v\u00e9ritablement \u00e0 c\u0153ur de s\u2019instruire pr\u00e9alablement elle-m\u00eame de tout ce qui se rapporte aux Salles d\u2019Asile ; qu\u2019elle \u00e9tudie la nature, l\u2019esprit de cette institution, les moyens re\u00adconnus les meilleurs pour la d\u00e9velopper et assurer sa prosp\u00e9\u00adrit\u00e9; qu\u2019\u00e0 cette \u00e9tude elle joigne l\u2019exp\u00e9rience pratique des Salles d\u2019Asile; que ce soit surtout au milieu des enfants qu\u2019elle r\u00e9fl\u00e9chisse, et s\u2019\u00e9claire par des observations souvent r\u00e9it\u00e9r\u00e9es. Nous osons former le m\u00eame v\u0153u pour tous ceux qui prennent part \u00e0 la fondation et \u00e0 la surveillance des Salles d\u2019Asile, pour toutes les autorit\u00e9s, tous les fonctionnaires aux\u00ad quels la loi confie ces \u00e9tablissements. Si ce v\u0153u ne se r\u00e9alise pas, le nombre des Asiles augmentera, mais l\u2019institution per\u00addra toute sa force morale et ne portera pas les fruits qu\u2019elle peut produire pour l\u2019\u00e9ducation des classes pauvres, pour la r\u00e9pression du mal et l\u2019extension du bien.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Il vaut mieux ne pas faire partie d\u2019une commission d\u2019exa\u00admen que d\u2019y entrer sans avoir pris avec soi-m\u00eame l\u2019engage\u00adment de remplir consciencieusement cette t\u00e2che d\u00e9licate et difficile. La bonne harmonie, la plus enti\u00e8re impartialit\u00e9, la vigilance, le discernement et la charit\u00e9, doivent r\u00e9gner con\u00adstamment au sein des commissions d\u2019examen. Toutes les op\u00e9\u00adrations, toutes les d\u00e9lib\u00e9rations doivent s\u2019accomplir avec calme, r\u00e9flexion, douceur et gravit\u00e9. On peut donc facilement comprendre combien il est indispensable que ces dispositions [210] se trouvent en toutes les personnes r\u00e9unies pour former ces commissions; c\u2019est \u00e0 cet \u00e9gard que leur choix est d\u2019une si<br>grande importance; et ici la sup\u00e9riorit\u00e9 d\u2019esprit, d\u2019intelli\u00adgence, d\u2019instruction, est bien moins n\u00e9cessaire qu\u2019une tendre et vive sollicitude pour l\u2019enfance, que le sentiment juste et vrai de la nature de l\u2019\u0153uvre des Asiles.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Les examens se divisent en trois parties : 1\u00b0 l\u2019examen mo\u00adral; 2\u00b0 l\u2019examen pratique; 3\u00b0 l\u2019examen d\u2019instruction.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\"><em>L\u2019examen moral<\/em> se compose de la recherche approfondie de tout ce qui concerne les candidats. Ils sont tenus de pr\u00e9senter des certificats de moralit\u00e9, et aucun n\u2019y manque; plusieurs m\u00eame y joignent des lettres pressantes de recommandation ob\u00adtenues de personnes dignes de confiance; mais l\u2019on ne doit pas se borner \u00e0 ces t\u00e9moignages. Il est indispensable d\u2019aller soi-m\u00eame aux informations, de s\u2019enqu\u00e9rir le plus en d\u00e9tail possible de tout ce qui touche au caract\u00e8re, \u00e0 la conduite, aux habitudes des  personnes qui se pr\u00e9sentent. A Paris,une examinatrice permanente remplit ces fonctions; mais dans les d\u00e9partements,o\u00f9 ces fonctions n\u2019existent pas, les commissions doivent proc\u00e9der \u00e0 cette enqu\u00eate, ou pourvoir \u00e0 ce qu\u2019elle puisse avoir lieu. Que jamais on ne s\u2019\u00e9carte d\u2019une stricte fermet\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la moralit\u00e9 des candidats; il peut en co\u00fbter beaucoup d\u2019a\u00advoir \u00e0 repousser des personnes qui ont \u00e9t\u00e9 plus malheureuses que coupables ; le c\u0153ur s\u2019\u00e9meut \u00e0 la pens\u00e9e de leur fermer une carri\u00e8re qui serait pour elles un abri contre l\u2019infortune ou les dangers; mais on doit consid\u00e9rer que le directeur ou la directrice d\u2019une Salle d\u2019Asile doit obtenir le respect des parents qui lui confient leurs enfants, et que son exemple est pour eux un enseignement plus puissant que ses paroles. A Paris aussi une seconde examinatrice permanente est charg\u00e9e du soin de constater le degr\u00e9 d\u2019instruction des aspirants et aspirantes. Elle les examine sur la lecture, l\u2019\u00e9criture, l\u2019ortho\u00adgraphe, le calcul, la g\u00e9ographie, l\u2019histoire sainte; et pendant la dur\u00e9e du cours normal de la m\u00e9thode d\u2019enseignement et d\u2019exercices, elle donne trois fois par semaine des le\u00e7ons aux candidats r\u00e9unis. Dans les d\u00e9partements, il faut encore que [211] les commissions d\u2019examen avisent aux moyens de remplir cette t\u00e2che, car il ne suffirait pas d\u2019attendre au jour des exa\u00admens publics pour reconna\u00eetre ce que les candidats poss\u00e8dent d\u2019instruction et pour leur indiquer quelles parties de cette instruction ils doivent travailler \u00e0 \u00e9tendre. Il est aussi n\u00e9ces\u00adsaire de les exercer \u00e0 r\u00e9pondre avec justesse et clart\u00e9 aux innombrables questions que font les enfants \u00e0 mesure que leur intelligence se d\u00e9veloppe ; et pour cela les aspirants doivent \u00eatre interrog\u00e9s dans des exercices particuliers sur nombre de sujets ; les plus familiers seront les meilleurs. Si une direc\u00adtrice d\u2019Asile sait observer et peut rendre compte avec facilit\u00e9 de ses observations, elle sera certainement capable de bien d\u00e9velopper l\u2019intelligence des enfants, chez lesquels il s\u2019agit surtout de faire na\u00eetre le d\u00e9sir de s\u2019instruire et l\u2019habitude de la r\u00e9flexion ; car dans les Asiles on apprend \u00e0 apprendre, s\u2019il est permis de s\u2019exprimer ainsi, en m\u00eame temps que le c\u0153ur et la conscience subissent une influence qui fait fuir le mal et prendre plaisir au bien. L\u2019enqu\u00eate sur la moralit\u00e9 des can\u00addidats et l\u2019examen prolong\u00e9 de leur capacit\u00e9 intellectuelle sont donc \u00e9galement indispensables.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\"><em>L\u2019examen pratique<\/em> a lieu dans une Salle d\u2019Asile, et il est d\u00e9sirable que ce soit dans celle o\u00f9 les proc\u00e9d\u00e9s de la m\u00e9thode ont \u00e9t\u00e9 communiqu\u00e9s \u00e0 l\u2019aspirant ou \u00e0 l\u2019aspirante; car les enfants seront plus dociles que s\u2019ils lui \u00e9taient inconnus. A Paris, o\u00f9 le nombre des candidats est consid\u00e9rable, on ne peut consacrer plus d\u2019une demi-journ\u00e9e \u00e0 l\u2019examen pratique de chacun, c\u2019est-\u00e0-dire deux heures de classe, et le temps de r\u00e9cr\u00e9ation qui les pr\u00e9c\u00e8de o\u00f9 les suit; mais il serait pr\u00e9f\u00e9\u00adrable d\u2019y donner plus de temps, afin de pouvoir juger avec plus de certitude; car telle personne sera intimid\u00e9e pendant les premi\u00e8res heures et ne se rassurera que plus tard ; si donc ses moyens se trouvent paralys\u00e9s, on ne pourra point appr\u00e9\u00adcier ce qu\u2019elle est capable de faire. Telle autre, au contraire, d\u00e9butera d\u2019une mani\u00e8re favorable, mais ne saura pas \u00eatre toujours \u00e9gale, soit dans les communications \u00e0 faire aux en\u00adfants, soit dans les soins \u00e0 leur donner. A ce sujet l\u2019on ne [212] peut trop insister sur la n\u00e9cessit\u00e9 absolue de n\u2019\u00e9tablir de cours normal que dans les Asiles bien dirig\u00e9s, et de ne jamais placer les candidats que pr\u00e8s de directeurs ou de directrices capables non-seulement de les bien instruire par leurs le\u00e7ons et leur exemple, mais aussi de les observer, et de reconna\u00eetre leurs dispositions apparentes ou cach\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">A l\u2019examen pratique succ\u00e8de l&rsquo;<em>examen d&rsquo;instruction<\/em>, subi en public devant la commission. A Paris, cet examen se compose ainsi qu\u2019il suit : dict\u00e9e de quelques lignes dans lesquelles on fait<br>souligner les verbes, les substantifs et les adjectifs. Lecture d\u2019une portion du <em>Manuel des Salles d\u2019Asile<\/em>, analyse et d\u00e9velop\u00adpement des id\u00e9es qui y sont contenues, lecture et explication d\u2019un fragment des saints Evangiles. Dict\u00e9e d\u2019un exercice d\u2019ad\u00addition, soustraction, multiplication et division ; dessin des figures g\u00e9om\u00e9triques les plus \u00e9l\u00e9mentaires. Le\u00e7on de choses, c\u2019est-\u00e0-dire r\u00e9citsur un sujet quelconque pris dans la nature ou l\u2019industrie; par exemple les vers \u00e0 soie, le lin, le bl\u00e9, la vigne;  la fabrication de la soie, de la toile, du pain, du vin, etc. Ces examens peuvent \u00eatre infiniment \u00e9tendus et perfectionn\u00e9s, sans qu\u2019on s\u2019\u00e9carte toutefois des conditions du programme; mais on ne saurait appuyer trop fortement sur l\u2019obligation de ne jamais perdre de vue qu\u2019il s\u2019agit de l\u2019\u00e9ducation (bien plu\u00adt\u00f4t que de l\u2019instruction) de <em>petits enfants<\/em>, et que ce qui serait bien dans une \u00e9cole, ne l\u2019est pas dans une Salle d\u2019Asile.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Les commissions d\u2019examen reconna\u00eetront in\u00e9vitablement chez les candidats des capacit\u00e9s diverses : chez l\u2019un, l\u2019intel\u00adligence , l\u2019instruction ; chez l\u2019autre, la bont\u00e9, la patience, la douceur, l\u2019instinct de l\u2019\u0153uvre. Parfois tous ces dons se trouveront r\u00e9unis, mais c\u2019est le plus rarement; bien plus fr\u00e9\u00adquemment ils seront s\u00e9par\u00e9s. La n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une appr\u00e9ciation juste et rigoureuse de la valeur morale et intellectuelle de chaque candidat ne peut \u00eatre assez hautement proclam\u00e9e; et sur ce point les commissions, celle de Paris surtout, sont souvent dans une p\u00e9nible perplexit\u00e9. Lorsque les qualit\u00e9s morales les plus importantes pour l\u2019\u0153uvre des Asiles se ren\u00adcontrent chez une aspirante, il est v\u00e9ritablement douloureux [213] de refuser le brevet d\u2019aptitude parce que les exercices d\u2019orthographe ou de calcul n\u2019auront pas \u00e9t\u00e9 satisfaisants, ou parce que l\u2019instruction proprement dite ne sera pas re\u00adconnue suffisante. L\u2019on regrette alors le d\u00e9vouement, les soins maternels et charitables que les enfants eussent pu re\u00adcevoir, et qui, dans quelques modestes localit\u00e9s (1), auraient produit tant de bien. La cr\u00e9ation de brevets de deux natures, celui pour la direction des Salles d\u2019Asile et celui pour la di\u00adrection des Salles de Surveillance rem\u00e9dierait \u00e0 cet incon\u00adv\u00e9nient. Par l\u00e0 on pourrait exiger davantage des candidats qui aspireraient au degr\u00e9 sup\u00e9rieur, et l\u2019on ne serait pas oblig\u00e9 de repousser des personnes moins instruites, mais of\u00adfrant toutes les garanties d\u00e9sirables. Lorsqu\u2019un aspirant re\u00e7u \u00e0 Paris s\u2019en va au loin pr\u00e9senter son brevet aux autorit\u00e9s des villes, ce brevet ne peut le faire appr\u00e9cier avec exactitude; mais on saurait avec plus de justesse ce qu\u2019on peut attendre des candidats si ces brevets \u00e9taient de deux degr\u00e9s, et les commissions d\u2019examen y trouveraient un grand repos de conscience.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:15px\">[214] <strong>CHAPITRE IV. DES ASILES DES PETITES LOCALIT\u00c9S, OU SALLES DE SURVEILLANCE.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Si l\u2019aspect d\u2019un vaste et bel Asile inspire un sentiment de surprise et d\u2019admiration, la vue d\u2019une humble salle, r\u00e9duite \u00e0 de plus modestes proportions, fait na\u00eetre un int\u00e9r\u00eat non moins vif et peut-\u00eatre plus doux encore. L\u2019\u00e9tablissement con\u00adstruit et soutenu \u00e0 grands frais ne peut convenir qu\u2019aux lo\u00adcalit\u00e9s riches et importantes; mais celui qui n\u2019exige ni les m\u00eames d\u00e9penses, ni les m\u00eames ressources, peut \u00eatre fond\u00e9 en tous lieux et r\u00e9pondre \u00e0 d\u2019immenses besoins. Le nombre<br>des communes dont la population est au-dessous de 1,500 \u00e2mes s\u2019\u00e9l\u00e8ve en France \u00e0 35,190.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Ne pas trouver le moyen de faire participer aux bienfaits des Salles d\u2019Asile le nombre immense d\u2019enfants qu\u2019elles contien\u00adnent serait un grand malheur; car si l\u2019on reconna\u00eet que cette institution peut contribuer, plus que toute autre, au bien moral et physique des g\u00e9n\u00e9rations naissantes, on ne doit pas en refuser les avantages \u00e0 une portion si consid\u00e9rable de la population. Presque partout, une directrice d\u2019Asile, religieuse ou la\u00efque, peut trouver un salaire suffisant pour assurer son existence ; \u00e0 cet \u00e9gard, on sera rarement arr\u00eat\u00e9. Mais il n\u2019en est point de m\u00eame pour la construction et le loyer des Salles, et c\u2019est sur ce point qu\u2019il serait d\u00e9sirable d\u2019admettre et de propager des id\u00e9es nouvelles. Pour les faire comprendre, nous allons d\u00e9\u00adcrire la Salle d\u2019Asile ou Salle de Surveillance de quelque pau\u00advre village, telle qu\u2019elle s\u2019offre \u00e0 notre pens\u00e9e, et telle aussi que nous avons pu la voir d\u00e9j\u00e0. L\u2019\u00e9difice est une humble chau\u00admi\u00e8re ; 30 ou 40 enfants y sont r\u00e9unis. Le matin, ils arrivent et s\u2019\u00e9battent dans l\u2019enclos qui s\u2019\u00e9tend sous les fen\u00eatres, ou [215] bien ils jouent dans une chambre garnie, \u00e0 l\u2019entour, de bancs de bois. Au signal donn\u00e9, tous se mettent en ligne et font en chantant diverses \u00e9volutions; puis passent, toujours en bon ordre et marchant en mesure, dans une autre pi\u00e8ce o\u00f9 se trouve le gradin qui la remplit presque tout enti\u00e8re; mais en laissant libre n\u00e9anmoins l\u2019espace n\u00e9cessaire pour le porte-tableau et la chaise de la directrice. L\u00e0 les le\u00e7ons sedonnent comme dans les plus vastes Asiles; lorsqu\u2019elles sont achev\u00e9es, les marches, les chants et les \u00e9volutions recommencent. On retourne dans la salle aux bancs, puis dans le jardin, et le changement fr\u00e9quent de place, le renouvellement fr\u00e9quent aussi de l\u2019air dans les chambres pr\u00e9vient les inconv\u00e9nients qui naissent de l\u2019exiguit\u00e9 d\u2019un local; mais on doit insister fortement sur la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une ventilation soigneusement \u00e9tablie, choisir une maison salubre et bien a\u00e9r\u00e9e. Dans les beaux jours, on quitte l\u2019\u00e9troit jardin; et toute la petite troupe, chantant et mar\u00adchant en ligne, va chercher le soleil ou la fra\u00eecheur sur quel\u00ad que pelouse, ou sous quelque ombrage o\u00f9 les exercices et les le\u00e7ons continuent. Pendant trois ans, 60 enfants ont \u00e9t\u00e9 gard\u00e9s ainsi dans un village des environs de Paris, et ils n\u2019en \u00e9taient ni moins heureux ni moins bien soign\u00e9s. L\u2019instruc\u00adtion donn\u00e9e aux enfants de la campagne peut \u00eatre beaucoup plus vari\u00e9e et m\u00eame plus \u00e9tendue que celle que peuvent rece\u00advoir ceux de la ville ; car mille objets frappent leurs regards et s\u2019offrent d\u2019eux-m\u00eames \u00e0 leur attention. Les travaux des champs, leurs productions, les changements des saisons, les m\u0153urs des animaux, fournissent \u00e0 chaque instant des sujets de le\u00e7ons que l\u2019esprit le moins cultiv\u00e9 peut d\u00e9velopper d\u2019une mani\u00e8re int\u00e9ressante et instructive. Dans le chapitre qui traite des brevets d\u2019aptitude, nous avons parl\u00e9 des Salles d\u2019Asile des petites localit\u00e9s, et dit d\u00e9j\u00e0 que, pour leur direc\u00adtion, on doit exiger la possession d\u2019un brevet. Nous insistons ici sur cette importante n\u00e9cessit\u00e9 ; car il faut qu\u2019un examen ait pu faire constater si la directrice qui se pr\u00e9sente pos\u00ad s\u00e8de, nous ne dirons pas l\u2019instruction, mais l\u2019intelligence et [216] le bon sens indispensables pour pouvoir donner aux enfants les le\u00e7ons que nous venons d\u2019indiquer. La cr\u00e9ation de Salles de Surveillance serait le seul moyen de faire dispara\u00eetre les agglom\u00e9rations d\u2019enfants, r\u00e9unis sous une m\u00eame surveillance et soumis \u00e0 une discipline qui n\u2019est commun\u00e9ment que celle de l\u2019ignorance et de la contrainte, ainsi qu\u2019on en voit dans toutes les communes et dans toutes les villes d\u00e9pourvues de Salles d\u2019Asile. L\u2019existence de ces sortes d\u2019\u00e9coles, qu\u2019on pour\u00ad rait appeler gardiennes, est v\u00e9ritablement forc\u00e9e; car les enfants ne peuvent \u00eatre livr\u00e9s \u00e0 l\u2019abandon. Mais reconna\u00eetre aux personnes qui les dirigent le droit de recevoir et de gar\u00adder ces enfants sans remplir les obligations impos\u00e9es par la loi, est une injustice envers celles qui s\u2019y soumettent, et sanc\u00adtionne un \u00e9tat de choses qu\u2019on devrait bien plut\u00f4t s\u2019empres\u00adser de changer. Nous avons dit plus haut que l\u2019aspect d\u2019un humble et modeste Asile peut causer un sentiment plus doux encore que celui d\u2019une grande r\u00e9union d\u2019enfants. C\u2019est qu\u2019il offre vraiment l\u2019ensemble d\u2019une grande famille; les enfants, peu nombreux, sont mieux connus et mieux soign\u00e9s, et, destin\u00e9s \u00e0 vivre et \u00e0 vieillir dans des rapports intimes, ils apprennent, d\u00e8s la plus tendre enfance, \u00e0 s\u2019aimer et \u00e0 s \u2019entr\u2019aider, et deviennent v\u00e9ritablement fr\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Puisse donc l\u2019id\u00e9e que nous exposons ici \u00eatre comprise, m\u00fbrie et mise en pratique pour le bien de tant de milliers d\u2019innocentes cr\u00e9atures&rsquo;qui, dans les campagnes, sont aussi expos\u00e9es aux dangers de l\u2019isolement, \u00e0 la d\u00e9plorable conta\u00adgion de l\u2019ignorance, \u00e0 l\u2019engourdissement des facult\u00e9s, et au d\u00e9veloppement du germe de tant de vices inh\u00e9rents \u00e0 la nature humaine !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:15px\">[217] <strong>CHAPITRE V. DU MAINTIEN DE L\u2019UNIFORMIT\u00c9 DE LA M\u00c9THODE.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Le nombre des Salles d\u2019Asile n\u2019a pas encore augment\u00e9 en France d\u2019une mani\u00e8re qui r\u00e9ponde aux besoins de la popu\u00adlation, et cependant on a pu constater d\u00e9j\u00e0 combien il est difficile d\u2019y maintenir l\u2019uniformit\u00e9 de la m\u00e9thode. On doit sans doute applaudir aux efforts qui ont pour but l\u2019exten\u00adsion de l\u2019institution des Asiles; mais on peut d\u00e9plorer que souvent ils ne soient pas dirig\u00e9s avec une connaissance plus compl\u00e8te de la nature de cette institution. Il est vrai que mille Salles d\u2019Asile ne peuvent pas \u00eatre identiquement sem\u00adblables, et qu\u2019il doit s\u2019y trouver, au contraire, une grande diversit\u00e9. N\u00e9anmoins toutes doivent offrir les m\u00eames exer\u00adcices, les m\u00eames moyens d\u2019occuper et d\u2019amuser les enfants. Cela est indispensable non-seulement pour le bien-\u00eatre et le bonheur de ces enfants, mais aussi dans l\u2019int\u00e9r\u00eat des ma\u00eetres et des ma\u00eetresses; car il r\u00e9sulte pour eux de l\u2019absence de la m\u00e9thode beaucoup plus de fatigues, de difficult\u00e9s et d\u2019ennuis; les enfants, domin\u00e9s par la contrainte, cherchent toujours \u00e0 s\u2019y soustraire, et si l\u2019Asile se trouve transform\u00e9 en \u00e9cole, l\u2019on ne peut \u00e9viter qu\u2019il en soit ainsi. Il y a, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, ce danger \u00e0 \u00e9carter, et, d\u2019un autre, celui de n\u2019ouvrir que des garderies d\u2019enfants. Qu\u2019on pardonne cette expression si peu fran\u00e7aise qu\u2019elle soit, car il n\u2019y en a pas d\u2019autres qui puis\u00ad sent rendre ce que sont certaines r\u00e9unions d\u2019enfants. L\u2019in\u00adstitution des Salles d\u2019Asile, telle qu\u2019elle est d\u00e9finie par l\u2019or\u00addonnance, a une si grande importance pour l\u2019avenir, que tout ce qui peut compromettre la r\u00e9alisation de ce mode d\u2019\u00e9ducation maternelle doit \u00eatre l\u2019objet de la plus s\u00e9rieuse [218] attention. Il est p\u00e9nible de d\u00e9clarer que de grands pas ont \u00e9t\u00e9 faits vers la confusion et le d\u00e9sordre. Des Salles d\u2019Asile ont<br>\u00e9t\u00e9 fond\u00e9es avec des d\u00e9penses consid\u00e9rables, mais sans en \u00eatre pour cela mieux organis\u00e9es ni mieux tenues. Dans quel\u00adques-unes, la disposition du local, des gradins, des bancs, est enti\u00e8rement d\u00e9fectueuse; dans quelques autres, la m\u00e9thode est compl\u00e8tement ignor\u00e9e ou abandonn\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Est-il possible de ne pas s\u2019en affliger? est-il possible de ne pas r\u00e9clamer contre cet \u00e9tat de choses? Il est d\u2019autant plus urgent de le faire, que le mal n\u2019est pas senti comme il devrait l\u2019\u00eatre. Les personnes, pleines de z\u00e8le et de charit\u00e9, qui fon\u00addent des Asiles, sans s\u2019astreindre aux r\u00e8gles \u00e9tablies et rigou\u00adreusement n\u00e9cessaires, n\u2019agissent ainsi que parce qu\u2019elles n\u2019ont point une connaissance suffisante de ces r\u00e8gles ; et cette connaissance, elles ne peuvent l\u2019acqu\u00e9rir, car elles ne savent pas qu\u2019elle existe. Il serait donc indispensable que des Salles d\u2019Asile mod\u00e8les fussent fond\u00e9es, dans chaque acad\u00e9mie de France, sous les yeux du recteur, et dirig\u00e9es par des ma\u00eetres ou des ma\u00eetresses instruits \u00e0 Paris et ayant d\u00e9j\u00e0 fait leurs preuves de capacit\u00e9, soit dans des examens prolong\u00e9s, soit en exer\u00e7ant dans les Asiles de cette ville les fonctions d\u2019ad\u00adjoints. Dans ces Salles d\u2019Asile mod\u00e8les s\u2019instruiraient non-seulement les aspirants et les aspirantes, mais aussi les mem\u00adbres des commissions d\u2019examen, les dames inspectrices, et toutes les personnes qui, par devoir ou par inclination, ont \u00e0 s\u2019occuper des Salles d\u2019Asile.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Travailler \u00e0 \u00e9tendre cette institution doit \u00eatre une \u0153uvre de conscience et de d\u00e9vouement. Il faut avoir \u00e0 c\u0153ur de faire le mieux possible, non avec une pr\u00e9somptueuse confiance en soi-m\u00eame, mais en cherchant avec sinc\u00e9rit\u00e9 \u00e0 s\u2019\u00e9clairer et \u00e0 s\u2019instruire. Lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019\u00e9coles, on sait bien s\u2019enqu\u00e9rir de tout ce qui constitue leur organisation, on ne les confie qu\u2019\u00e0 des personnes aptes \u00e0 les bien diriger. Et. ce qui est n\u00e9cessaire pour les \u00e9coles ne le serait pas pour les Salles d\u2019Asile? Puisse une telle opinion ne jamais pr\u00e9valoir !<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">La m\u00e9thode en usage dans les Salles d\u2019Asile n\u2019est pas, il est [219] vrai, parvenue \u00e0 un degr\u00e9 de perfection tel qu\u2019elle ne soit susceptible d\u2019aucune am\u00e9lioration; elle peut, au contraire, \u00eatre modifi\u00e9e \u00e0 certains \u00e9gards; mais ces modifications ne devraient \u00eatre essay\u00e9es qu\u2019avec une extr\u00eame circonspection, et qu\u2019apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 m\u00fbrement pes\u00e9es. Le secret a \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9 de maintenir en ordre et de rendre heureux et gais un grand nombre d\u2019enfants r\u00e9unis : pourquoi ne chercherait-on pas \u00e0 en profiter? Si l\u2019on s\u2019\u00e9carte de la m\u00e9thode, il faut que ce soit pour faire mieux qu\u2019on ne fait en se servant d\u2019elle; mais on doit comparer, et ne juger qu\u2019avec sagesse et connaissance de cause; agir par pr\u00e9vention et sans vouloir s\u2019instruire, est \u00e9galement condamnable. Puisse donc une louable \u00e9mulation s\u2019\u00e9tablir! et puissent tous les amis de l\u2019enfance se sentir press\u00e9s du besoin d\u2019assurer son bonheur par tous les moyens que le temps et l\u2019exp\u00e9rience ont sanctionn\u00e9s !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:15px\">[220] <strong>CHAPITRE VI. DE LA DIRECTION DES SALLES D\u2019ASILE CONFI\u00c9E AUX SOEURS DES<br>COMMUNAUT\u00c9S RELIGIEUSES.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Lorsqu\u2019on 1826 s\u2019ouvrit \u00e0 Paris la premi\u00e8re Salle d\u2019Asile d\u2019essai, on s\u2019adressa vainement \u00e0 plusieurs communaut\u00e9s religieuses pour obtenir des s\u0153urs. Celle de la Providence, \u00e9tablie \u00e0 Portieux, d\u00e9partement des Vosges, fut la seule qui consentit \u00e0 s\u2019associer \u00e0 cette humble entreprise. M. l\u2019abb\u00e9 Desgenettes, alors cur\u00e9 des Missions \u00e9trang\u00e8res, pr\u00e9sidait le comit\u00e9 des dames qui d\u00e9siraient non-seulement reprendre l\u2019\u0153uvre charitable commenc\u00e9e en 1801 par madame la mar\u00adquise de Pastoret, mais y joindre l\u2019application de la m\u00e9thode si ing\u00e9nieusement cr\u00e9\u00e9e en Angleterre. Un des meilleurs ouvrages \u00e9crits sur cette m\u00e9thode, par le ma\u00eetre m\u00eame qui l\u2019a perfectionn\u00e9e (1), avait \u00e9t\u00e9 traduit, ainsi qu\u2019un autre ouvrage de Goyder. Ces deux manuscrits sous les yeux, on essaya d\u2019instruire les s\u0153urs. Deux dames se d\u00e9vou\u00e8rent \u00e0 cette t\u00e2che avec une infatigable pers\u00e9v\u00e9rance, mais ce fut inutile\u00ad ment; car il y a dans la m\u00e9thode d\u2019enseignement des Salles d\u2019Asile des choses insaisissables par l\u2019intelligence seule et qu\u2019il faut voir des yeux pour les comprendre. Alors M. Cochin et madame Millet all\u00e8rent en Angleterre chercher cette pr\u00e9cieuse m\u00e9thode, et l\u2019appliqu\u00e8rent aux Asiles de France avec une rare sagacit\u00e9, modifiant ou innovant, selon qu\u2019il \u00e9tait n\u00e9cessaire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>(1) Wilderspin.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Aujourd\u2019hui les communaut\u00e9s religieuses ont presque toutes reconnu combien la cr\u00e9ation des Salles d\u2019Asile est im\u00adportante pour la morale et la religion. Non-seulement ces [221] communaut\u00e9s accordent facilement des s\u0153urs, mais il s\u2019en est \u00e9tabli qui sont sp\u00e9cialement d\u00e9vou\u00e9es aux Salles d\u2019Asile (1). C\u2019est une preuve nouvelle de la beaut\u00e9 de l\u2019institution qui a su<br>vaincre les pr\u00e9ventions et faire appr\u00e9cier ses r\u00e9sultats ; et c&rsquo;est un immense bienfait, car la charit\u00e9 qui se d\u00e9voue peut seule surmonter tous les obstacles. Mais pour que ce bienfait<br>porte r\u00e9ellement de bons fruits, il est urgent que les Salles d\u2019Asile, dirig\u00e9es par des s\u0153urs, ne soient pas plac\u00e9es en dehors des r\u00e8gles \u00e9tablies, et qu\u2019on ne puisse pas s\u2019y sous\u00ad traire aux obligations qu\u2019impose l\u2019ordonnance dans les Asiles dirig\u00e9s par des personnes la\u00efques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>(1) Les s\u0153urs de la Sainte-Enfance, dont la maison est \u00e0 Sens.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">L\u2019art. 11 de l\u2019ordonnance rappelle (1) que, \u00ab sur le vude leurs lettres d\u2019ob\u00e9dience, les s\u0153urs, appartenant \u00e0 une congr\u00e9ga\u00adtion religieuse dont les statuts sont r\u00e9guli\u00e8rement approuv\u00e9s,<br>pourront \u00eatre autoris\u00e9es par le recteur \u00e0 tenir une \u00e9cole pri\u00admaire \u00e9l\u00e9mentaire. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>(1) Note de l\u2019art. 1.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Et cette disposition se trouve appliqu\u00e9e aux Salles d\u2019Asile, sans qu\u2019il soit fait mention des examens ni des brevets d\u2019ap\u00adtitude. Dans plusieurs circonstances n\u00e9anmoins, les s\u0153urs qui avaient accept\u00e9 des directions d\u2019Asile ont pens\u00e9 que l\u2019ordonnance ne les dispensait pas de s\u2019instruire de la m\u00e9\u00adthode, et elles sont venues l\u2019\u00e9tudier dans des Salles d\u2019Asile bien dirig\u00e9es, et entre autres dans l\u2019Asile Cochin. Mais nom\u00ad bre d\u2019entre elles n\u2019ont pas rempli cette formalit\u00e9, et on les a mises au milieu des enfants, sans qu\u2019elles sussent comment on peut les tenir dans l\u2019ob\u00e9issance et les amuser n\u00e9anmoins. Ces bonnes et pieuses filles pouvaient-elles le deviner? Non, sans doute. Elles ont fait de leur mieux, se sont donn\u00e9 des peines infinies, ont fatigu\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9puisement leur corps et leur esprit, et les Asiles n\u2019en \u00e9taient pas moins mal tenus ; car rien ne peut suppl\u00e9er \u00e0 la m\u00e9thode. L\u2019attention la plus soutenue, le d\u00e9vouement le plus entier, ne suffisent pas pour maintenir en bon ordre un grand nombre de tr\u00e8s jeunes enfants [222] ; tandis que l\u2019habitude des petits exercices, des marches et des \u00e9volutions en usage dans les Asiles, rend ces enfants tranquilles et soumis, lors m\u00eame que la personne qui les sur\u00ad veille n\u2019est pas aussi d\u00e9vou\u00e9e \u00e0 son devoir qu\u2019elle devrait l\u2019\u00eatre. Il est donc dans l\u2019int\u00e9r\u00eat des s\u0153urs d\u2019adopter la m\u00e9thode et de nejamais se dispenser de l\u2019\u00e9tudier. Ce sont surtout les sup\u00e9rieures des communaut\u00e9s qu\u2019il est d\u00e9sirable de con\u00advaincre de cette v\u00e9rit\u00e9; car c\u2019est d\u2019elles que d\u00e9pend la r\u00e9ali\u00adsation de ce v\u0153u. Aussi longtemps que les s\u0153urs ne seront pas tenues de subir les examens et de recevoir le brevet d\u2019ap\u00adtitude qui seul constate la capacit\u00e9 de diriger une Salle d\u2019Asile, il est du devoir des autorit\u00e9s auxquelles la loi confie la surveillance de ces \u00e9tablissements d\u2019insister aupr\u00e8s de mes\u00addames les sup\u00e9rieures, afin d\u2019obtenir qu\u2019elles fassent instruire les s\u0153urs qu\u2019elles destinent \u00e0 leur direction.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Mais ici se pr\u00e9sente une difficult\u00e9. Une s\u0153ur aura suivi un cours normal ; elle en aura profit\u00e9 convenablement, et l\u2019Asile qui lui est confi\u00e9 sera dirig\u00e9 d\u2019une mani\u00e8re satisfaisante. Cette s\u0153ur tombe malade, ou seulement m\u00eame a besoin de repos; elle est rappel\u00e9e au sein de la communaut\u00e9. Une autre s\u0153ur est mise \u00e0 sa place; celle-l\u00e0 n\u2019a point \u00e9tudi\u00e9 la m\u00e9thode, et en quelques mois, en quelques semaines, l\u2019Asile, si bien orga\u00adnis\u00e9, devient une \u00e9cole; et les enfants si heureux, si gais pen\u00addant les heures m\u00eames de leurs petites classes, sont condam\u00adn\u00e9s \u00e0 l\u2019immobilit\u00e9 et \u00e0 l\u2019ennui des livres qu\u2019ils ne peuvent d\u00e9chiffrer.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Ce sont des faits r\u00e9els et irr\u00e9cusables que nous rapportons ici, non par un esprit de critique, mais avec l\u2019ardent d\u00e9sir que par eux soit rendue de plus en plus \u00e9vidente la n\u00e9cessit\u00e9 de maintenir partout la puret\u00e9 de la m\u00e9thode. Les changements de s\u0153urs seront toujours fr\u00e9quents; il faut donc trouver le moyen de faire conna\u00eetre cette m\u00e9thode au sein m\u00eame des communaut\u00e9s; et M. le ministre de l\u2019instruction publique, sur la demande de la commission sup\u00e9rieure, a bien voulu allouer des fonds pour la faire enseigner dans les congr\u00e9galions reli\u00adgieuses. Il va sans dire que les personnes charg\u00e9es de cet [223] enseignement seront toujours des femmes recommandables par leur parfaite moralit\u00e9 et par des sentiments de pi\u00e9t\u00e9 sin\u00adc\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Il est encore un point sur lequel on doit insister aupr\u00e8s des sup\u00e9rieures lorsqu\u2019on leur demande une s\u0153ur pour la direc\u00adtion d\u2019une Salle d\u2019Asile; c\u2019est qu\u2019il ne suffit pas que cette s\u0153ur soit patiente et bonne, qu\u2019elle soit dou\u00e9e d\u2019intelligence etd\u2019unedouce gaiet\u00e9; il fautencore que l\u2019instinct maternel se trouve assez d\u00e9velopp\u00e9 dans son c\u0153ur pour qu\u2019elle puisse comprendre les joies et les peines des enfants, deviner leurs sentiments secrets, r\u00e9primer leurs penchants vicieux, et com\u00adpatir \u00e0 toutes leurs souffrances. Mais osera-t-on faire vibrer de telles cordes dans une \u00e2me qui, pour toujours, a renonc\u00e9 au bonheur de la maternit\u00e9 ? Oui; car la charit\u00e9 la rendra<br>vraiment m\u00e8re de toutes les jeunes cr\u00e9atures confi\u00e9es \u00e0 ses soins; et elle devra \u00e0 ce sentiment pur et sublime les inspira\u00adtions que la tendresse et l\u2019exp\u00e9rience font na\u00eetre et d\u00e9velop\u00adpent dans le c\u0153ur des m\u00e8res de famille.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:15px\">[224] <strong>CHAPITRE VII. DE L&rsquo;ENSEIGNEMENT RELIGIEUX<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Le <em>Manuel des Salles d\u2019Asile<\/em> ne contient que des id\u00e9es g\u00e9\u00adn\u00e9rales \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019enseignement religieux ; l\u2019ordonnance royale, ne s\u2019expliquant que bri\u00e8vement sur ce sujet, laisse aux fondateurs et aux autorit\u00e9s comp\u00e9tentes le droit de r\u00e9\u00adgler ce qu\u2019il doit \u00eatre dans chaque \u00e9tablissement. Il \u00e9tait difficile qu\u2019il en f\u00fbt autrement. L\u2019ordonnance s\u2019applique \u00e0 tous les Asiles, et ne doit prescrire que ce qui peut \u00eatre sans scrupule de conscience g\u00e9n\u00e9ralement adopt\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Nous imiterons la r\u00e9serve de l\u2019auteur du <em>Manuel<\/em>. Qu\u2019il nous soit permis, n\u00e9anmoins, d\u2019insister ici sur quelques consid\u00e9\u00ad rations. (1) <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>(1) Les r\u00e9flexions suivantes sont extraites en partie de l&rsquo;Ami de l\u2019enfance.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Pour beaucoup de personnes, un Asile ouvert aux petits enfants n\u2019est qu\u2019un \u00e9tablissement de bienfaisance, dans le\u00ad quel les parents trouvent assistance et les enfants protec\u00adtion. Mais cet Asile est plus encore; c\u2019est un foyer de vie morale, de principes abondants d\u2019instruction, dont les rayons lumineux doivent \u00e9clairer, animer une multitude de jeunes \u00e2mes, et par elles s\u2019\u00e9tendre et p\u00e9n\u00e9trer au sein des familles. C\u2019est un fait incontestable que les petits enfants reportent et transmettent \u00e0 leurs parents les enseignements qu\u2019ils ont re\u00ad\u00e7us, les paroles qui sont grav\u00e9es dans leur m\u00e9moire. Si l\u2019on consid\u00e8re ce fait, on sentira que la nature de cet enseigne\u00adment et le sens de ces paroles doivent \u00eatre appropri\u00e9s aux besoins des uns et des autres. II faut que le lait de l\u2019enfant soit en m\u00eame temps la nourriture plus substantielle de l\u2019homme fait; mais cela semble impossible \u00e0 concilier; car comment les le\u00e7ons enfantines et maternelles qui conviennent [225] \u00e0 l\u2019enfance peuvent-elles \u00eatre applicables \u00e0 l\u2019\u00e2ge m\u00fbr? Nous pouvons r\u00e9pondre qu\u2019elles le seront, quelle que soit leur forme, si, ramenant sans cesse les seuls principes f\u00e9conds en vertus, elles s\u2019adressent au c\u0153ur et attaquent \u00e0 sa racine le germe de tout m al, de toute passion. La v\u00e9rit\u00e9 est la m\u00eame pour tous les \u00e2ges ; l\u2019homme ne peut \u00eatre ni bon ni vertueux tant qu\u2019il s\u2019\u00e9loigne de son devoir, et ce devoir le ram\u00e8ne \u00e0 Dieu ; il faut donc lui apprendre \u00e0 le conna\u00eetre. Mais ce n\u2019est point assez ; le c\u0153ur et la nature de l\u2019homme sont port\u00e9s vers le mal; observez les plus jeunes enfants, ils en offriront la preuve et l\u2019exemple aussi bien que ceux qui sont plus avanc\u00e9s dans la carri\u00e8re. Les le\u00e7ons religieuses et morales donn\u00e9es au jeune enfant doivent toujours \u00eatre telles qu\u2019elles puissent le guider pendant tout le reste de sa vie, le soutenir dans les jours de l\u2019adversit\u00e9, le pr\u00e9server dans les heures de tenta\u00adtion et de p\u00e9ril ; arrivant les premi\u00e8res, ce sont elles qui s\u2019im\u00adpriment le plus profond\u00e9ment dans l\u2019\u00e2me. C\u2019est donc une n\u00e9cessit\u00e9 que les enfants re\u00e7oivent dans les Salles d\u2019Asile les impressions morales qui doivent dominer toutes celles que le monde leur enverra, etquecesimpressionspuissentd\u00e9truire les germes de l\u2019\u00e9go\u00efsme naturel et faire succ\u00e9der aux dispositions perverses les dispositions pures et vertueuses. Il faut, nous le r\u00e9p\u00e9tons encore, que l\u2019enseignement soit essentiellement<br>moral, et il ne saurait \u00eatre moral s\u2019il n\u2019est religieux. Mais par le mot religieux, nous entendons plus que les formes seules de la religion.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Il est bon d\u2019apprendre aux enfants \u00e0 prier, \u00e0 chanter des cantiques, \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter ce qu\u2019on juge n\u00e9cessaire de leur en\u00adseigner du petit cat\u00e9chisme ; mais si l\u2019on s\u2019en tient l\u00e0 sans y joindre des instructions famili\u00e8res , douces et p\u00e9n\u00e9trantes, s\u2019adressant au c\u0153ur et \u00e0 la conscience des enfants, on ne saurait atteindre le but.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Le moment et le sujet de ces instructions ne peuvent \u00eatre ni fix\u00e9s, ni pr\u00e9vus. La moindre circonstance suff\u00eet pour y donner lieu, et une attention constante \u00e0 profiter des occa\u00ad<br>sions qui peuvent s\u2019offrir les am\u00e8nera naturellement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:15px\">[226] <strong>CHAPITRE VIII. DU DEVELOPPEMENT PRECOCE DE L&rsquo;INTELLIGENCE<\/strong> (1)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left has-small-font-size\"><em>(1) Extrait de L\u2019Ami de l&rsquo;enfance.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Un des buts de l\u2019institution des Salles d\u2019Asile est de favo\u00adriser le d\u00e9veloppement moral et intellectuel des enfants, d\u00e8s les premi\u00e8res ann\u00e9es de leur existence. On ne saurait se trop p\u00e9n\u00e9trer de l\u2019importance d\u2019atteindre ce but; aussi doit-on bien comprendre de quelle mani\u00e8re et dans quelle pro\u00adportion il faut y travailler. Autant il est regrettable de lais\u00adser s\u2019\u00e9teindre, engourdies, les facult\u00e9s qui sont le noble apa\u00adnage de l\u2019\u00e2me form\u00e9e \u00e0 l\u2019image du Dieu cr\u00e9ateur, autant il peut \u00eatre funeste d\u2019exercer trop fortement ces m\u00eames facult\u00e9s, et de produire une excitation dont les effets sont \u00e9galement nuisibles \u00e0 l\u2019\u00e2me et au corps. En toutes choses, faire assez et ne pas faire trop est difficile; mais en \u00e9ducation on ne peut se heurter contre un de ces \u00e9cueils sans qu\u2019il en r\u00e9sulte de s\u00e9\u00adrieux dommages. A quiconque n\u2019a pas \u00e9tudi\u00e9 attentivement les petits enfants et leur organisation morale si prompte, si vive, si puissante, il peut para\u00eetre \u00e9trange de parler d\u2019une trop grande excitation intellectuelle. Parce que ces jeunes cr\u00e9atures rient et pleurent dans la m\u00eame minute, parce que leur mobilit\u00e9 d\u2019impression est extr\u00eame, on ne se repr\u00e9sente pas le travail int\u00e9rieur qui se fait dans leur c\u0153ur et dans leur intelligence; on admire le jeu de leurs fra\u00eeches physionomies refl\u00e9tant mille petites peines et mille petites joies, et l\u2019on ne voit pas celui de leur cerveau, ni cette tension nerveuse qu\u2019on provoque souvent \u00e0 plaisir, et qui \u00e9branle l\u2019\u00eatre organique, si d\u00e9licat et si fr\u00eale encore.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">[227] De m\u00eame que des plantes rares et pr\u00e9cieuses ne peuvent se d\u00e9velopper et s\u2019\u00e9panouir que dans une atmosph\u00e8re pr\u00e9\u00adpar\u00e9e pour elles, de m\u00eame il faudrait que les jeunes enfants ne re\u00e7ussent que des impressions en harmonie avec leurs forces vitales. On l\u2019a senti lorsque l\u2019institution des Salles d\u2019Asile a pris naissance; et c\u2019\u00e9tait l\u2019influence de cette v\u00e9rit\u00e9 qui rendait plus puissant encore le sentiment de compassion qu\u2019inspirent les souffrances auxquelles les enfants des classes indigentes ne peuvent \u00e9chapper. Ces pauvres petites cr\u00e9a\u00ad tures, trop souvent maltrait\u00e9es ou abandonn\u00e9es \u00e0 elles-m\u00eames, languissaient dans la mis\u00e8re et les privations de tout genre; on a donc ouvert pour elles des lieux de refuge et de protection. Priv\u00e9es de tout moyen d\u2019instruction et de d\u00e9ve\u00adloppement intellectuel, elles croissaient dans l\u2019ignorance, l\u2019oisivet\u00e9; on a cherch\u00e9 \u00e0 d\u00e9truire ce mal, et les plus ing\u00e9\u00adnieuses m\u00e9thodes d\u2019enseignement ont \u00e9t\u00e9 appropri\u00e9es \u00e0 leur \u00e2ge. Mais ces m\u00e9thodes, qui r\u00e9ussissen t si puissamment \u00e0 faire jaillir les tr\u00e9sors de l\u2019intelligence de l\u2019enfant, pourraient de\u00ad venir des moyens dangereux si la prudence n\u2019apprenait \u00e0 les employer avec m\u00e9nagement.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">On retrouve dans les Salles d\u2019Asile ce qui n\u2019est que trop ordinaire dans les coll\u00e8ges et dans la plupart des \u00e9tablisse\u00adments d\u2019\u00e9ducation publique, c\u2019est que les enfants les plus in\u00adtelligents sont plus vivement stimul\u00e9s que les autres, et que sur eux se concentrent les soins, les efforts et l\u2019int\u00e9r\u00eat des ma\u00eetres. Pourquoi cela? parce qu\u2019ils obtiennent des succ\u00e8s dont on se fait honneur. Mais ces succ\u00e8s, comment les am\u00e8net-on, et que produisent-ils dans l\u2019\u00e2me, le c\u0153ur et la sant\u00e9 des enfants? D\u2019abord, les moyens employ\u00e9s pour les obtenir sont en g\u00e9n\u00e9ral peu conformes aux principes d\u2019une \u00e9ducation sagement dirig\u00e9e; car c\u2019est toujours l\u2019amour-propre et l\u2019or\u00adgueil, cach\u00e9s sous le nom d\u2019\u00e9mulation, qui servent de sti\u00admulants. On a beau reconna\u00eetre que dans les Salles d\u2019Asile l\u2019attention et les soins doivent s\u2019\u00e9tendre \u00e0 tous, et que tous doivent \u00eatre trait\u00e9s avec une \u00e9gale mesure de justice et d&rsquo;in\u00adt\u00e9r\u00eat, il est positif que peu de ma\u00eetres et de ma\u00eetresses sont [228] \u00e0 l\u2019abri du reproche de s\u2019occuper de pr\u00e9f\u00e9rence des enfants les plus intelligents, et de toujours les mettre en sc\u00e8ne lors\u00ad qu\u2019il vient des \u00e9trangers. C\u2019est un grand mal. Ces enfants doivent concevoir d\u2019eux-m\u00eames une opinion trop favorable; ils doivent s\u2019habituer ainsi \u00e0 se voir appr\u00e9cier plus que les autres, \u00e0 leur \u00eatre sup\u00e9rieurs; et tandis que cet effet funeste s\u2019accomplit en eux, d\u2019autres enfants, dont les facult\u00e9s intellec\u00adtuelles sont proportionn\u00e9es \u00e0 leur \u00e2ge et aux forces de leur petit corps, sont laiss\u00e9s de c\u00f4t\u00e9, parfois d\u00e9daign\u00e9s et humili\u00e9s par le parall\u00e8le qu\u2019on fait entre eux et leurs camarades plus avanc\u00e9s. De l\u00e0 naissent la tristesse, le d\u00e9couragement et l\u2019en\u00advie, la plus fatale de toutes les dispositions pour soi et pour les autres. Nombre de maladies sont aussi occasionn\u00e9es, chez les jeunes enfants, par le travail forc\u00e9 de leur intelligence, et par l\u2019excitation d\u2019esprit, d\u2019imagination et d\u2019impressions qui est entretenue en eux. C\u2019est donc par l\u2019effet de cette con\u00adviction que nous redisons encore aux personnes qui s\u2019occu\u00adpent de la surveillance des Salles d\u2019Asile , qu\u2019il est urgent d\u2019\u00e9clairer les ma\u00eetres et les ma\u00eetresses sur le danger de sti\u00admuler trop fortement l\u2019intelligence des enfants. Mais qu\u2019elles comprennent bien que ce que nous disons \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019in\u00adtelligence, c\u2019est-\u00e0-dire des facult\u00e9s intellectuelles, ne se rap\u00adporte pas \u00e0 l\u2019\u00e9ducation du c\u0153ur. On ne peut donner \u00e0 l\u2019enfant une connaissance trop compl\u00e8te de son devoir; on ne peut lui inspirer trop d\u2019amour pour Dieu et pour ses semblables; on ne peut trop chercher \u00e0 le rendre pieux, docile, affec\u00adtueux; \u00e0 d\u00e9velopper en lui tous les bons germes, et \u00e0 com\u00adbattre tous les penchants vicieux ; car en le mettant dans un \u00e9tat de paix et de bien-\u00eatre moral, on contribue au d\u00e9velop\u00adpement de ses forces et \u00e0 l\u2019affermissement de sa sant\u00e9. On voit des enfants malades de col\u00e8re, de jalousie; et chez eux l\u2019irritabilit\u00e9 nerveuse n\u2019est que trop fr\u00e9quemment occasionn\u00e9e par des sentiments et des impressions qu\u2019il est n\u00e9cessaire de r\u00e9former. Pourtant on peut encore appliquer ici une partie de ce que nous avons dit plus haut; ce n\u2019est point des enfants le plus heureusement dou\u00e9s des qualit\u00e9s du c\u0153ur que le [229] ma\u00eetre doit s\u2019occuper davantage, mais bien plut\u00f4t de ceux qui le sont moins. Sa patience, sa pers\u00e9v\u00e9rance, son atten\u00adtion constante doivent alors \u00eatre infatigables, et ne jamais cesser.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Tout cela, nous en convenons, exige beaucoup de sagesse et de discernement. Nous retombons donc sur cette v\u00e9rit\u00e9 dont on ne sera jamais trop convaincu, c\u2019est que de la per\u00adsonne charg\u00e9e de l\u2019enseignement et de la direction d\u2019une Salle d\u2019Asile d\u00e9pend, en quelque sorte, la destin\u00e9e pr\u00e9sente et future des enfants qui lui sont confi\u00e9s. Combien donc est grande et sacr\u00e9e l\u2019importance du choix d\u2019un ma\u00eetre ou d\u2019une ma\u00eetresse! Combien serait r\u00e9pr\u00e9hensible, funeste, condam\u00adnable , la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 avec laquelle on les accepterait par tel motif ou telle consid\u00e9ration! Combien est d\u00e9plorable l\u2019apa\u00adthie, l\u2019indiff\u00e9rence avec laquelle ils sont parfois surveill\u00e9s, dirig\u00e9s dans l\u2019accomplissement de leurs devoirs ! L\u2019\u0153uvre des Asiles est telle par sa nature, par ses effets, que ce n\u2019est qu\u2019en s\u2019y d\u00e9vouant de c\u0153ur et d\u2019\u00e2me, qu\u2019en y portant un sentiment profond et solennel de devoir et de conscience, qu\u2019en agis\u00adsant en la pr\u00e9sence de Dieu et non en celle des hommes, qu\u2019en sentant les \u00e9treintes d\u2019une pure et vive charit\u00e9, et, disons-le en un mot, qu\u2019en marchant par la foi et la charit\u00e9 chr\u00e9tienne, qu\u2019on peut concourir \u00e0 son accroissement et \u00e0 ses progr\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Amis des pauvres, m\u00e8res chr\u00e9tiennes qui avez piti\u00e9 des souffrances de l\u2019enfance d\u00e9laiss\u00e9e, consacrez vos pens\u00e9es, vos efforts, quelques portions de votre temps \u00e0 la cr\u00e9ation, au soutien, \u00e0 la surveillance des Salles d\u2019Asile; p\u00e9n\u00e9trez-vous de la grandeur morale de cette institution ; sentez quelle est la t\u00e2che impos\u00e9e aux ma\u00eetres; sachez la leur d\u00e9finir, et partagez-en avec eux la responsabilit\u00e9 : vous seuls pouvez affer\u00admir cette \u0153uvre et la rendre f\u00e9conde en r\u00e9sultats heureux et durables.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:15px\">[230] <strong>CHAPITRE IX. DE L\u2019INCONV\u00c9NIENT DES VACANCES DANS LES SALLES D\u2019ASILE.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Les Salles d\u2019Asile sont ouvertes pour les petits enfants \u00ab que leurs parents pauvres ou occup\u00e9s ne savent pas com\u00adment garder chez eux \u00bb (circulaire minist\u00e9rielle du 2 juil\u00adlet 1833). Accorder des vacances dans des \u00e9tablissements de cette nature, c\u2019est m\u00e9conna\u00eetre le but dans lequel ils ont \u00e9t\u00e9 fond\u00e9s. Que deviendront les enfants pendant la dur\u00e9e de ces vacances? Faudra-t-il que les parents renoncent \u00e0 un tra\u00advail lucratif pour pouvoir les garder? ou bien ces jeunes cr\u00e9atures retomberont-elles dans l\u2019abandon, et seront-elles de nouveau expos\u00e9es aux dangers qui les menacent de toutes parts? L\u2019auteur du <em>Manuel<\/em>, en donnant aux Asiles le nom de <em>Salles d\u2019hospitalit\u00e9<\/em> (\u00e9pigraphe), ne les a-t-il pas plac\u00e9s sur la m\u00eame ligne que les \u00e9tablissements destin\u00e9s \u00e0 l\u2019enfance d\u00e9\u00adlaiss\u00e9e, \u00e0 la maladie, \u00e0 la vieillesse? Qui pourrait penser adonner des vacances dans un hospice? personne, sans doute. Ainsi la Salle d\u2019Asile doit, \u00eatre constamment ouverte, si ce n\u2019est les jours f\u00e9ri\u00e9s fix\u00e9s par l\u2019ordonnance. On oublie trop facilement combien celte disposition est sage et pr\u00e9voyante. Ici l\u2019on fermera l\u2019Asile pour le moindre pr\u00e9texte:, l\u00e0 on don\u00adnera aux enfants (ou plut\u00f4t aux directeurs ou directrices) des vacances de plusieurs semaines. Cet usage existe en An\u00adgleterre, en \u00c9cosse, et malheureusement il s\u2019est \u00e9tabli aussi dans bien des villes en France. On ne peut trop fortement le d\u00e9plorer; il serait digne de la charit\u00e9 et de la sollicitude des personnes qui ont fond\u00e9 les Asiles qu\u2019on ferme ainsi pour un temps de s\u2019enqu\u00e9rir avec soin de la mani\u00e8re dont sont gar\u00add\u00e9s les enfants qui s\u2019en trouvent expuls\u00e9s et de constater de combien d\u2019accidents ils sont les victimes pendant cet in\u00adtervalle. On verrait alors l\u2019opinion devenir unanime sur la [231] Les Salles d\u2019Asile sont ouvertes pour les petits enfants \u00ab que leurs parents pauvres ou occup\u00e9s ne savent pas com\u00adment garder chez eux \u00bb (circulaire minist\u00e9rielle du 2 juil\u00adlet 1833). Accorder des vacances dans des \u00e9tablissements de cette nature, c\u2019est m\u00e9conna\u00eetre le but dans lequel ils ont \u00e9t\u00e9 fond\u00e9s. Que deviendront les enfants pendant la dur\u00e9e de ces vacances? Faudra-t-il que les parents renoncent \u00e0 un tra\u00advail lucratif pour pouvoir les garder? ou bien ces jeunes cr\u00e9atures retomberont-elles dans l\u2019abandon, et seront-elles de nouveau expos\u00e9es aux dangers qui les menacent de toutes parts? L\u2019auteur du Manuel, en donnant aux Asiles le nom de Salles d\u2019hospitalit\u00e9 (\u00e9pigraphe), ne les a-t-il pas plac\u00e9s sur la m\u00eame ligne que les \u00e9tablissements destin\u00e9s \u00e0 l\u2019enfance d\u00e9\u00adlaiss\u00e9e, \u00e0 la maladie, \u00e0 la vieillesse? Qui pourrait penser adonner des vacances dans un hospice? personne, sans doute. Ainsi la Salle d\u2019Asile doit, \u00eatre constamment ouverte, si ce n\u2019est les jours f\u00e9ri\u00e9s fix\u00e9s par l\u2019ordonnance. On oublie trop facilement combien celte disposition est sage et pr\u00e9voyante. Ici l\u2019on fermera l\u2019Asile pour le moindre pr\u00e9texte:, l\u00e0 on don\u00adnera aux enfants (ou plut\u00f4t aux directeurs ou directrices) des vacances de plusieurs semaines. Cet usage existe en An\u00adgleterre, en \u00c9cosse, et malheureusement il s\u2019est \u00e9tabli aussi dans bien des villes en France. On ne peut trop fortement le d\u00e9plorer; il serait digne de la charit\u00e9 et de la sollicitude des personnes qui ont fond\u00e9 les Asiles qu\u2019on ferme ainsi pour un temps de s\u2019enqu\u00e9rir avec soin de la mani\u00e8re dont sont gar\u00add\u00e9s les enfants qui s\u2019en trouvent expuls\u00e9s et de constater de combien d\u2019accidents ils sont les victimes pendant cet in\u00adtervalle. On verrait alors l\u2019opinion devenir unanime sur la [231] n\u00e9cessit\u00e9 de r\u00e9primer cet abus. On objectera peut-\u00eatre que les ma\u00eetres et les ma\u00eetresses ont besoin de repos, que leurs forces ne peuvent suffire \u00e0 l\u2019accomplissement continu et sans interruption des devoirs si fatigants de leur vocation. Nous ne nions pas cette v\u00e9rit\u00e9 ; et nous croyons, au contraire, qu\u2019elle doit \u00eatre prise en s\u00e9rieuse consid\u00e9ration. Mais ne point donner de vacances dans un Asile, n\u2019est pas en refuser \u00e0 la personne qui le dirige. Lorsque le repos, ou m\u00eame un peu de r\u00e9cr\u00e9ation, lui est n\u00e9cessaire pour renouveler ses for\u00adces et ses facult\u00e9s, laissez-la s\u2019absenter pour le temps que vous jugerez convenable, ou autorisez-la \u00e0 suspendre momentan\u00e9\u00ad ment les exercices habituels de l\u2019Asile, et choisissez une per\u00adsonne s\u00fbre, au fait ou non de la m\u00e9thode, qui puisse garder et surveiller <em>dans l&rsquo;Asile <\/em>tous ceux des enfants qui doivent y venir. Cette mesure est la seule concession que puisse per\u00admettre l\u2019esprit de charit\u00e9 et de pr\u00e9voyante sollicitude qui a dict\u00e9 l\u2019ordonnance royale du 22 d\u00e9cembre 1837 et le r\u00e8gle\u00adment g\u00e9n\u00e9ral des Salles d\u2019Asile. Les observations que nous pr\u00e9sentons ici pourraient s\u2019appliquer aussi aux \u00e9coles. Dans les grandes villes surtout, o\u00f9 les enfants ne peuvent pas sui\u00advre leurs parents dans les ateliers o\u00f9 ils travaillent, que deviennent-ils? quelles le\u00e7ons re\u00e7oivent-ils dans les rues o\u00f9 ils passent la journ\u00e9e?quels exemples ont-ils sous les yeux ? Ah ! nous r\u00e9p\u00e9tons ici ce que nous avons dit plus haut : que ne peut-on constater les p\u00e9rils dont ils sont les victimes, et les dangers moraux qui les menacent, plus redoutables pour le c\u0153ur et pour l\u2019\u00e2meque nepeuvent l\u2019\u00eatrepourle corps les plus terribles accidents! Puissent les amis de l\u2019humanit\u00e9, puissent les autori\u00adt\u00e9s pr\u00e9pos\u00e9es au maintien de la moralit\u00e9 publique, consid\u00e9rer attentivement les cons\u00e9quences de ces vacances donn\u00e9es aux enfants des pauvres artisans, et puisse-t-il y \u00eatre obvi\u00e9 par quel\u00adques mesures prudentes et charitables ! Alors la pauvre m\u00e8re qui doit quitter d\u00e8s le matin sa ch\u00e9tive demeure nefr\u00e9mira plus en y laissant seule et sans protection sa fille d\u00e9j\u00e0 adolescente, et ne craindra plus de voir dispara\u00eetre son fils pour ne le retrouver que sur les bancs du tribunal de police correctionnelle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:15px\">[232] <strong>CHAPITRE X. DU CARACT\u00c8RE CHARITABLE ET MATERNEL A CONSERVER AUX SALLES D\u2019ASILE.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\"> Les Salles d\u2019Asile fond\u00e9es \u00e0 Paris furent pendant plu\u00adsieurs ann\u00e9es consid\u00e9r\u00e9es comme \u00e9tablissements de bienfai\u00adsance, et envisag\u00e9es uniquement sous le point de vue de la charit\u00e9 -, mais une d\u00e9claration minist\u00e9rielle les ayant assimil\u00e9es aux \u00e9coles, l\u2019auteur du <em>Manuel <\/em>d\u00e9veloppa cette id\u00e9e, et l\u2019ordonnance royale la fit passer \u00e0 l\u2019\u00e9tat de fait. Nous dirons sans r\u00e9ticence quels en furent les bons et les mauvais r\u00e9sul\u00adtats. Plac\u00e9es sous la surveillance et la protection des pouvoirs municipaux et universitaires, les Salies d\u2019Asile acquirent des ressources et une stabilit\u00e9 dont auparavant elles \u00e9taient pri\u00adv\u00e9es; et l\u2019on eut lieu d\u2019esp\u00e9rer que l\u2019institution, marchant d\u00e9\u00adsormais sans entraves, atteindrait promptement un degr\u00e9 plus \u00e9lev\u00e9 de perfectionnement r\u00e9el. Mais il est p\u00e9nible d\u2019avouer qu\u2019il n\u2019en fut pas ainsi. L\u2019\u00e9l\u00e9ment le plus n\u00e9cessaire \u00e0 la prosp\u00e9rit\u00e9 des Salles d\u2019Asile, c\u2019est la charit\u00e9. Dans les villes o\u00f9 l\u2019administration s\u2019est charg\u00e9e de toutes les d\u00e9penses, cette charit\u00e9 s\u2019est refroidie, parfois d\u00e9courag\u00e9e, devant les obstacles qui s\u2019opposaient \u00e0 son libre essor; dans d\u2019autres lo\u00adcalit\u00e9s, elle a d\u00fb, au contraire, cr\u00e9er seule et soutenir; mais l\u00e0 encore les formes administratives ont suscit\u00e9 des difficul\u00adt\u00e9s, l\u2019\u0153uvre est devenue plus compliqu\u00e9e et moins attrayante. Nous le d\u00e9clarons sans h\u00e9siter, parce qu\u2019il est urgent qu\u2019on le sache, et qu\u2019on oppose au mal le seul rem\u00e8de qui puisse le vaincre; ce rem\u00e8de c\u2019est de raviver le principe et l\u2019esprit de l\u2019institution. Nous ne demandons pour cela l\u2019abandon d\u2019au\u00adcun des droits, d\u2019aucune des pr\u00e9rogatives dont l\u2019ordonnance [233] a confi\u00e9 le d\u00e9p\u00f4t \u00e0 tel ou tel pouvoir; mais nous supplions les personnes qui les poss\u00e8dent d\u2019en faire un judicieux usage et de ne pas chercher seulement \u00e0 faire acte d\u2019autorit\u00e9. Nous les supplions de consid\u00e9rer plus attentivement ce que sont les Salles d\u2019Asile. Est-ce uniquement la beaut\u00e9 du local (dont nous sommes loin cependant de m\u00e9conna\u00eetre l\u2019utilit\u00e9), le grand nombre d\u2019enfants r\u00e9unis, qui constitue leur prosp\u00e9rit\u00e9? Ne sont-ce pas plut\u00f4t les soins minutieux donn\u00e9s \u00e0 ces enfants; la douceur, la patience, la vigilance dont ils sont les objets ; l\u2019intelligence et le discernement avec lesquels on les instruit, les secours \u00e9clair\u00e9s qu\u2019on leur accorde? Or, quel autre esprit que celui de la charit\u00e9 inspirera l\u2019exactitude \u00e0 entrer dans tous ces d\u00e9tails et \u00e0 les surveiller consciencieusement avec toute l\u2019attention qu\u2019ils exigent? Quel autre principe que celui de la charit\u00e9 produira l\u2019humble et sinc\u00e8re d\u00e9sir d\u2019assurer, par tous les moyens possibles, le bien v\u00e9ritable des \u00e9tablis\u00ad sements? La coop\u00e9ration compatissante et maternelle des femmes est donc indispensable. Heureux les Asiles o\u00f9 elle n&rsquo;a point \u00e9t\u00e9 annul\u00e9e ! heureux les Asiles o\u00f9 l\u2019ordonnance a \u00e9t\u00e9 sagement mise \u00e0 ex\u00e9cution dans son entier! car cette or\u00addonnance, \u00e9man\u00e9e du tr\u00f4ne, a voulu que les pauvres enfants des Asiles trouvassent dans la surveillance des dames inspec\u00adtrices la protection et la sollicitude si n\u00e9cessaires \u00e0 leur fai\u00adblesse. Il serait int\u00e9ressant de pr\u00e9senter le tableau de toutes les Salles d\u2019Asile de France, et de comparer les diff\u00e9rences d\u2019organisation des unes et des autres. Dans un grand nombre, nous nous r\u00e9jouissons de le dire, on verrait r\u00e9gner la charit\u00e9, et rien que la charit\u00e9. Mais dans d\u2019autres la bonne harmonie, l\u2019union des pens\u00e9es et des efforts n\u2019existent pas.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Peut-\u00eatre dira-t-on que partout il y a des dames inspectrices et des dames d\u00e9l\u00e9gu\u00e9es, et que rien ne s\u2019oppose \u00e0 cequ\u2019elles fas\u00adsent aux enfants autant de bien qu\u2019il est d\u00e9sirable de leur en faire. A cette objection on peut r\u00e9pondre que d\u2019abord il n\u2019y a pas partout de dames inspectrices ; que l\u00e0 o\u00f9 il y en a, elles ne sont pas toutes \u00e9galement actives et d\u00e9vou\u00e9es (ce qui tient souvent \u00e0 la position isol\u00e9e que leur a faite l\u2019ordonnance) ; ou [234] bien que leur z\u00e8le est entrav\u00e9, et leur bonnes intentions frapp\u00e9es d\u2019impuissance. Toutes ces r\u00e9flexions reposent sur des faits j si nous les livrons \u00e0 la publicit\u00e9, c\u2019est afin qu\u2019on juge si cet \u00e9tat de choses est favorable au bien de l\u2019institution des Salles d\u2019Asile. \u00abMais, dira-t-on encore, que voulez-vous? est-ce modifier l\u2019ordonnance? \u00bb Non, car elle laisse une en\u00adti\u00e8re latitude \u00e0 l\u2019exercice et \u00e0 l\u2019influence de la charit\u00e9. Le mal vient, l\u00e0 o\u00f9 il existe, de ce que l\u2019on agit sans s\u2019entendre; mais y a-t-il dans l\u2019ordonnance un seul mot qui d\u00e9fende un \u00e9change de proc\u00e9d\u00e9s bienveillants, de communications con\u00adfiantes? Y a-t-il un seul mot qui interdise aux dames inspec\u00adtrices d\u2019\u00eatres consult\u00e9es, non officiellement, mais officieuse\u00adment, sur le choix des directeurs et des directrices, sur les mesures disciplinaires \u00e0 adopter dans les Asiles? Le jour o\u00f9 elles seront consid\u00e9r\u00e9es comme des auxiliaires v\u00e9ritablement n\u00e9cessaires, o\u00f9 l\u2019on ne croira plus n\u2019avoir pas besoin d\u2019elles, on saura bien leur faire, dans la direction des Salles d\u2019Asile, une part qui r\u00e9pondra \u00e0 tous leurs d\u00e9sirs, et satisfera toute leur ambition, qui n\u2019a d&rsquo;autre objet que le bien-\u00eatre des pau\u00advres enfants et le d\u00e9veloppement des sentiments vertueux dans ces jeunes c\u0153urs. Nous aimons \u00e0 penser que bient\u00f4t on sentira partout combien il est d\u00e9sirable de conserver aux Salles d\u2019Asile le caract\u00e8re charitable et maternel qui est leur plus touchant attribut -, que partout on s\u2019appliquera s\u00e9rieuse\u00adment \u00e0 trouver les plus s\u00fbrs moyens d\u2019y parvenir; et que partout aussi on appr\u00e9ciera, dans toute son \u00e9tendue, l\u2019impor\u00adtance du concours des femmes comme dames inspectrices et dames d\u00e9l\u00e9gu\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:15px\">[235] <strong>CHAPITRE XI. DES ATTRIBUTIONS CONF\u00c9R\u00c9ES AUX DAMES INSPECTRICES<br>PAR L\u2019ORDONNANCE ROYALE ET LE R\u00c8GLEMENT G\u00c9N\u00c9RAL.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">\u00efl ne peut \u00eatre qu\u2019avantageux pour les dames inspectrices de trouver r\u00e9unis les articles de l\u2019ordonnance royale se rap\u00adportant aux devoirs qu\u2019elles ont \u00e0 remplir, et dans ce but nous les transcrivons ici, en y ajoutant quelques d\u00e9veloppe\u00adments :<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">\u00abArt. 19. Les dames inspectrices seront charg\u00e9es de la visite habituelle et de l\u2019inspection journali\u00e8re des Salles d\u2019Asile. Elles pourront se faire assister par des dames d\u00e9l\u00e9\u00adgu\u00e9es qu\u2019elles choisissent; elles feront conna\u00eetre leur choix au maire, \u00e0 la diligence de qui les comit\u00e9s en seront inform\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">\u00ab Art 21. Les dames inspectrices surveillent la direction des Asiles en tout ce qui touche \u00e0 la sant\u00e9 des enfants, \u00e0 leurs dispositions morales, \u00e0 leur \u00e9ducation religieuse et aux traitements employ\u00e9s \u00e0 leur \u00e9gard. Elles provoquent, aupr\u00e8s des commissions d\u2019examen, le retrait des brevets d\u2019aptitude de tout surveillant ou de toute surveillante d\u2019Asile, dont les habitudes, les proc\u00e9d\u00e9s et le caract\u00e8re ne seraient pas conformes \u00e0 l\u2019esprit de l\u2019institution. Les pr\u00e9si\u00addents des comit\u00e9s seront inform\u00e9s, au pr\u00e9alable, de la pro\u00adposition des dames.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">\u00ab Les dames inspectrices pourront, en cas d\u2019urgence, sus\u00adpendre provisoirement les surveillants ou les surveillantes, en rendant compte sur-le-champ de la suspension et de ses motifs au maire, qui en r\u00e9f\u00e9rera, dans les vingt-quatre heures, le comit\u00e9 local entendu, au pr\u00e9sident du comit\u00e9 d\u2019arrondis\u00adsement, et, \u00e0 Paris, au pr\u00e9sidentdu comit\u00e9 central, qui maintient, abroge, limite la suspension.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">[236] \u00ab Art. 22. Dans tous les cas de n\u00e9gligence habituelle, d\u2019inconduite ou d\u2019incapacit\u00e9 notoire et de fautes graves signal\u00e9es par les dames inspectrices, le comit\u00e9 d\u2019arrondis\u00adsement, ou \u00e0 Paris le comit\u00e9 central, mandera l\u2019inculp\u00e9, et lui appliquera les peines de droit.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">\u00ab Art. 23. Les dames inspectrices seront charg\u00e9es de l\u2019em\u00adploi imm\u00e9diat de toutes les offrandes destin\u00e9es par les co\u00admit\u00e9s, par les conseils municipaux, par l\u2019administration centrale ou par les particuliers aux Salles d\u2019Asile de leur ressort, sauf, \u00e0 l\u2019\u00e9gard des deniers publics, l\u2019accomplissement de toutes les formalit\u00e9s prescrites pour la distribution de ces deniers.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">\u00abArt. 24. Les dames inspectrices feront au moins une fois par trimestre, et plus souvent si les circonstances l\u2019exi\u00adgent, un rapport au comit\u00e9 local, qui en r\u00e9f\u00e9rera au comit\u00e9 d\u2019arrondissement, et \u00e0 Paris au comit\u00e9 central.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">\u00ab Ce rapport contiendra tous les faits et toutes les obser\u00advations propres \u00e0 faire appr\u00e9cier la direction mat\u00e9rielle et morale de chaque Salle d\u2019Asile et ses r\u00e9sultats de toute nature. Ce rapport pourra contenir toutes les r\u00e9clamations qu\u2019elles croiraient devoir \u00e9lever dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de la disci\u00adpline, de la religion, de la salubrit\u00e9, de la bonne administra\u00adtion de l\u2019\u00e9tablissement confi\u00e9 \u00e0 leurs soins. En cas d\u2019urgence, elles adresseraient directement leurs r\u00e9clamations aux au\u00ad torit\u00e9s comp\u00e9tentes.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">\u00ab Art. 25. Les dames inspectrices, quand elles le jugeront utile, auront la facult\u00e9 d\u2019assister \u00e0 la discussion de leurs rapports dans les comit\u00e9s; elles y auront voix d\u00e9lib\u00e9rative. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:15px\"><em>R\u00e8glement g\u00e9n\u00e9ral des Salles d\u2019Asile.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">a Art. 20. Les dames inspectrices ou leurs d\u00e9l\u00e9gu\u00e9es exer\u00adceront constamment une surveillance maternelle envers les enfants recueillis dans les Salles ; elles \u00e9tudieront les disposi\u00adtions des enfants; elles dirigeront les surveillants et sur\u00adveillantes dans l\u2019ex\u00e9cution du plan d\u2019\u00e9ducation trac\u00e9 par [237] les r\u00e8glements et les programmes. Les visites auront lieu \u00e0 diverses heures de la journ\u00e9e, de mani\u00e8re \u00e0 rendre la dame inspectrice t\u00e9moin des exercices et des r\u00e9cr\u00e9ations. Elles auront notamment pour objet la sant\u00e9 des enfants et les se\u00ad cours \u00e0 distribuer aux enfants pauvres de l\u2019Asile.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">\u00ab Art. 22. Dans chaque Salle d\u2019Asile est d\u00e9pos\u00e9 un registre sur lequel la dame inspectrice constatera le nombre des en\u00ad fants pr\u00e9sents, leurs occupations du moment et les observa\u00adtions qu\u2019elle aura faites.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">\u00ab Art. 23. Un tronc sera plac\u00e9 dans chaque Asile 5 la clef en sera confi\u00e9e \u00e0 la dame inspectrice. Les deniers d\u00e9pos\u00e9s dans ce tronc, ainsi que tous autres fonds qui seraient sp\u00e9\u00adcialement donn\u00e9s pour l\u2019Asile, seront administr\u00e9s au profit de l\u2019\u00e9tablissement; conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article 23 de l\u2019ordon\u00adnance, l\u2019argent sera employ\u00e9 \u00e0 fournir des v\u00eatements, soupes ou m\u00e9dicaments pour les enfants pauvres, infirmes ou conva\u00adlescents qui fr\u00e9quentent l\u2019Asile. Il pourra aussi \u00eatre appliqu\u00e9 aux menues d\u00e9penses qui seront jug\u00e9es n\u00e9cessaires. L\u2019indi\u00adcation de l\u2019emploi de ces recettes fera partie du rapport tri\u00admestriel que les dames inspectrices feront au comit\u00e9 local de chaque commune, et, \u00e0 Paris, au comit\u00e9 de chaque arron\u00addissement municipal, conform\u00e9ment aux articles 24 et 25 de l\u2019ordonnance.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">\u00ab Art. 11. L\u2019admission des enfants au-dessous etau-dessus de deux \u00e0 six ans ne peut avoir lieu que sur l\u2019autorisation formelle de la dame inspectrice de l\u2019\u00e9tablissement.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">\u00ab Art. 15. Les enfants pourront \u00eatre admis dans les Asiles les jours f\u00e9ri\u00e9s pour des motifs graves dont la dame inspec\u00adtrice sera juge, et seront alors gard\u00e9s dans les pr\u00e9aux par la femme de service ou une autre personne agr\u00e9\u00e9e par la dame inspectrice.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">\u00ab Art. 18. Dans les cas d\u2019urgence, sur lesquels il sera sta\u00adtu\u00e9 par la dame inspectrice, les surveillants devront rece\u00advoir et garder les enfants, soit avant, soit apr\u00e8s les heures d\u00e9termin\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">\u00ab Art. 39. Les enfants ne doivent jamais \u00eatre frapp\u00e9s. [238] La dame inspectrice veille avec le plus grand soin \u00e0 ce qu\u2019il ne soit jamais inflig\u00e9 de punitions trop longues ou trop rudes. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">L\u2019art. 19, rapport\u00e9 plus haut, autorise les dames inspectri\u00adces \u00e0 se faire assister, dans l\u2019exercice de leurs fonctions, par des dames d\u00e9l\u00e9gu\u00e9es, mais ne leur prescrit pas d\u2019une ma\u00adni\u00e8re positive de le faire. Il est regrettable que l\u2019ordonnance ne contienne pas une injonction plus formelle sur ce point, car rien n\u2019est plus n\u00e9cessaire que l\u2019assistance des dames d\u00e9\u00adl\u00e9gu\u00e9es. Quel que soit le z\u00e8le, le d\u00e9vouement d\u2019une dame in\u00adspectrice, elle ne peut que bien difficilement remplir seule la t\u00e2che qui lui est impos\u00e9e. Les visites et l\u2019inspection jour\u00ad nali\u00e8re ne sauraient \u00eatre aussi fr\u00e9quentes, ni aussi r\u00e9guli\u00e8res, lorsqu\u2019une seule personne en est charg\u00e9e, et alors il y a des lacunes pr\u00e9judiciables \u00e0 la bonne tenue de l\u2019\u00e9tablissement. On pourrait citer cependant des dames inspectrices dont l\u2019activit\u00e9 suffit \u00e0 tout, et qui consacrent la plus grande partie de leur temps \u00e0 la surveillance qui leur est confi\u00e9e; mais si la maladie ou l\u2019absence vient interrompre cette surveillance, comment y sera-t-il suppl\u00e9\u00e9? Et si, par malheur, des devoirs de famille ou de position captivent l\u2019attention de la dame inspectrice et absorbent ses moments, ne se contentera-t-elle pas d\u2019\u00eatre inspectrice de nom sans l\u2019\u00eatre de fait? Tout se r\u00e9unit donc pour faire sentir la n\u00e9cessit\u00e9 des dames d\u00e9l\u00e9\u00adgu\u00e9es dont le concours peut seul pr\u00e9venir l\u2019irr\u00e9gularit\u00e9 et l\u2019in\u00adsuffisance des visites d\u2019inspection, les tristes effets d\u2019obsta\u00ad cles tr\u00e8s l\u00e9gitimes, et ceux plus tri\u00e9es encore de la n\u00e9gligence ou de l\u2019apathie. Mais les dames inspectrices ne doivent pas se borner \u00e0 choisir des d\u00e9l\u00e9gu\u00e9es; il faut qu\u2019elles dirigent leurs efforts, et ici nous renvoyons \u00e0 ce qui est expos\u00e9 dans le chapitre traitant de la direction morale.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">L\u2019art. 21 fait conna\u00eetre clairement combien les fonctions des dames inspectrices sont importantes, et quelle part ac\u00adtive elles sont appel\u00e9es \u00e0 prendre \u00e0 la direction des Salles d\u2019Asile. N\u2019est-il pas surprenant que, dans quelques villes, on [239] n\u2019ait point senti la port\u00e9e de ces paroles, ou qu\u2019on n\u2019en ait pas tenu compte?<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">On doit le d\u00e9plorer vivement et faire des v\u0153ux pour que l\u2019ordonnance royale re\u00e7oive, \u00e0 cet \u00e9gard, son plein accom\u00adplissement. On doit aussi souhaiter que l\u2019action des dames inspectrices ne soit pas entrav\u00e9e ou annul\u00e9e par celle des comit\u00e9s. Il est d\u2019une absolue n\u00e9cessit\u00e9 que l\u2019harmonie existe entre toutes les personnes qui participent \u00e0 la direction d\u2019une Salle d\u2019Asile, car si les unes parlent dans un sens, et les autres dans un sens oppos\u00e9, que feront les ma\u00eetres et les ma\u00eetresses au milieu de ce d\u00e9saccord ?<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">L\u2019art. 21 \u00e9tablit que les dames inspectrices doivent donner toute leur attention \u00abaux traitements employ\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9gard des enfants. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Cette injonction indique positivement que leur influence doit se faire constamment sentir dans l\u2019Asile : car serait-il possible qu\u2019elles dussent se contenter d\u2019observer, sans pou\u00advoir redresser ce qui, dans la conduite et les proc\u00e9d\u00e9s des ma\u00eetres, leur semblerait devoir l\u2019\u00eatre sans d\u00e9lai?<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">De plus elles doivent \u00ab diriger les surveillants et surveil\u00adlantes dans l\u2019ex\u00e9cution du plan d\u2019\u00e9ducation trac\u00e9 par les r\u00e8\u00adglements et les programmes. \u00bb (1)<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\"><em>(1) Art. 20 du r\u00e8glement g\u00e9n\u00e9ral.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Mais comment pourraient-elles remplir ces devoirs si leur autorit\u00e9 n\u2019\u00e9tait point suffisamment \u00e9tablie, et si l\u2019action des comit\u00e9s \u00e9tait enti\u00e8rement s\u00e9par\u00e9e de la leur? Cette question conduit naturellement \u00e0 consid\u00e9rer quels peuvent et doivent \u00eatre les rapports des dames inspectrices avec les comit\u00e9s lo\u00adcaux et d\u2019arrondissement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:15px\">[240] <strong>CHAPITRE XII. DES RELATIONS \u00c9TABLIES PAR L\u2019ORDONNANCE ROYALE ET LE R\u00c8GLEMENT G\u00c9N\u00c9RAL ENTRE LES COMIT\u00c9S LOCAUX ET D\u2019 ARRONDISSEMENT ET LES DAMES INSPECTRICES.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">\u00ab Les dames inspectrices sont nomm\u00e9es sur la pr\u00e9sentation du maire, pr\u00e9sident du comit\u00e9 local, par le pr\u00e9fet qui a seul le droit de les destituer. \u00bb (Titre IV, art. 20.)<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">\u00ab Elles peuvent se faire assister par des dames d\u00e9l\u00e9gu\u00e9es qu\u2019elles choisissent, et font conna\u00eetre leur choix au maire, \u00e0 la diligence de qui les comit\u00e9s en sont inform\u00e9s. \u00bb (Art. 19.)<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">D\u00e8s l\u2019abord, on voit ici se dessiner nettement la position des dames inspectrices. C\u2019est de l\u2019autorit\u00e9 municipale qu\u2019elles re\u00e7oivent leur mandat; mais une fois qu\u2019elles le poss\u00e8dent,<br>elles peuvent agir d\u2019elles-m\u00eames et sans autorisation, dans les limites toutefois pos\u00e9es par l\u2019ordonnance et par les r\u00e8gle\u00adments. Ainsi elles <em>choisissent <\/em>les dames d\u00e9l\u00e9gu\u00e9es par les\u00ad<br>quelles elles peuvent se faire assister, et font conna\u00eetre leur choix au maire, qui ne peut annuler leur pr\u00e9sentation, \u00ab Les dames inspectrices feront au moins une fois par trimestre, et plus souvent si les circonstances l\u2019exigent, un rapport au comit\u00e9 local\u2026\u2026Ce rapport contiendra tous les faits et toutes les observations propres \u00e0 faire appr\u00e9cier la direction mat\u00e9\u00adrielle et morale de chaque Salle d\u2019Asile et ses r\u00e9sultats de toute nature. Ce rapport pourra contenir toutes les r\u00e9clama\u00adtions qu\u2019elles croiraient devoir \u00e9lever dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de la dis\u00adcipline, de la religion, de la salubrit\u00e9, de la bonne admi\u00adnistration de l\u2019\u00e9tablissement confi\u00e9 \u00e0 leurs soins. En cas d\u2019urgence, elles adresseraient directement leurs r\u00e9clamations aux autorit\u00e9s comp\u00e9tentes. \u00bb (Art. 24.)<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">\u00ab Les dames inspectrices, quand elles le jugeront utile, [241] auront la facult\u00e9 d\u2019assister \u00e0 la discussion de leurs rapports dans les comit\u00e9s; elles y auront, en ce cas, voix d\u00e9lib\u00e9rative. \u00bb (Art. 25.)<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Ces deux articles, extraits de l\u2019ordonnance, sont compl\u00e9t\u00e9s par celui du r\u00e8glement g\u00e9n\u00e9ral qui porte que \u00ables dames inspectrices et leurs d\u00e9l\u00e9gu\u00e9es dirigeront les surveillants et les  surveillantes dans l\u2019ex\u00e9cution du plan d\u2019\u00e9ducation trac\u00e9 par les r\u00e8glements et les programmes. \u00bb (Art. 20.)<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Or, comment les dames pourraient-elles entrer dans l\u2019es\u00adprit de ce plan, si on ne leur en donnait pas une enti\u00e8re con\u00adnaissance ?<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">\u00abLes comit\u00e9s locaux, les comit\u00e9s d\u2019arrondissement, et \u00e0 Paris le comit\u00e9 central, exercent sur les Salles d\u2019Asile toutes les attributions de surveillance g\u00e9n\u00e9rale, de contr\u00f4le adminis\u00adtratif et de pouvoir disciplinaire, dont ils sont rev\u00eatus par la loi sur l\u2019instruction primaire, sauf les d\u00e9rogations qui sont contenues aux art. 21 et 22 de l\u2019ordonnance.\u00bb (Art. 18.)<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">L\u2019art. 21 ici indiqu\u00e9 confie aux dames inspectrices la <em>surveillance <\/em>journali\u00e8re des \u00e9tablissements ; il est donc indispen\u00adsable qu\u2019il y ait entre ces deux inspections unit\u00e9 d\u2019action et de vues.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Mais trop souvent les dames inspectrices ne sont inform\u00e9es qu&rsquo;<em>indirectement<\/em> des d\u00e9cisions prises \u00e0 l\u2019\u00e9gard du r\u00e9gime dis\u00adciplinaire des Salles d\u2019Asile. Elles n\u2019ont de communications avec les comit\u00e9s qu\u2019au moyen des rapports \u00e9crits qu\u2019elles leur adressent, et des lettres qu\u2019elles en re\u00e7oivent. Rien n\u2019est plus rare que la pr\u00e9sence d\u2019une dame inspectrice dans un comit\u00e9 local. Et pourquoi ne pense-t-on pas \u00e0 les y appeler? S\u2019il est bien reconnu que les dames inspectrices doivent prendre, \u00e0 la surveillance des Salles d\u2019Asile, une part r\u00e9elle, active et vraiment efficace; qu\u2019on ne saurait se priver de leur con\u00adcours sans renoncer \u00e0 de pr\u00e9cieux auxiliaires, et, disons-Ie, sans porter atteinte au caract\u00e8re essentiellement charitable et maternel de l\u2019institution des Salles d\u2019Asile; alors les co\u00admit\u00e9s comprendront l\u2019importance de relations directes et fr\u00e9quentes avec les personnes auxquelles l\u2019ordonnance a [242] confi\u00e9 la plus douce et la plus belle pr\u00e9rogative, celle de pro\u00adt\u00e9ger les enfants et de les secourir. Il n\u2019est pas possible d\u2019\u00e9\u00adnum\u00e9rer tous les cas dans lesquels les communications verbales sont incontestablement pr\u00e9f\u00e9rables aux correspon\u00addances; mais pour peu qu\u2019on y r\u00e9fl\u00e9chisse, on saura facile\u00ad ment le reconna\u00eetre; nous indiquerons cependant les cir\u00adconstances que pr\u00e9voit l\u2019ordonnance elle-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Les rapports des dames inspectrices doivent contenir \u00ab tous les faits et toutes les observations propres \u00e0 faire appr\u00e9cier la direction mat\u00e9rielle et morale de chaque Salle d\u2019Asile. \u00bb Mais ces faits et ces observations peuvent avoir besoin de d\u00e9veloppements et de d\u00e9tails qui exc\u00e9deraient les bornes d\u2019un rapport.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">II y a des choses qu\u2019on affaiblit ou qu\u2019on exag\u00e8re en les \u00e9crivant, et qui ne peuvent \u00eatre bien comprises qu\u2019au moyen d\u2019explications donn\u00e9es de vive voix; d\u2019autres qu\u2019il est meil\u00adleur de ne pas \u00e9crire. En les recevant <em>verbalement <\/em>des dames inspectrices, les comit\u00e9s seraient mieux instruits de ce qui concerne les Asiles, et la confiance qui s\u2019\u00e9tablirait entre eux et les dames pr\u00e9viendrait parfois de p\u00e9nibles froissements.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">\u00ab Les dames inspectrices provoqueront, aupr\u00e8s des commis\u00ad sions d\u2019examen, le retrait des brevets d\u2019aptitude de tout sur\u00adveillant et de toute surveillante d\u2019Asile, dont les habitudes, les proc\u00e9d\u00e9s et le caract\u00e8re ne seraient pas conformes \u00e0 l\u2019es\u00adprit de l\u2019institution. Les pr\u00e9sidents des comit\u00e9s sont inform\u00e9s au pr\u00e9alable de la proposition des dames. \u00bb (Art. 21.)<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">C\u2019est dans de telles circonstances qu\u2019il est absolument indispensable d\u2019agir d\u2019un commun accord. On n\u2019arrive point tout d\u2019un coup \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de retirer le brevet. Si les observations qui peuvent y conduire ont \u00e9t\u00e9 successivement com\u00admuniqu\u00e9es par la dame inspectrice au comit\u00e9 local; si sa vigi\u00adlance, son discernement, son esprit de justice ont pu \u00eatre appr\u00e9ci\u00e9s par lui, sans doute il ne pourra s\u2019opposer \u00e0 l\u2019ac\u00adcomplissement d\u2019une mesure dont le devoir impose la rigueur; et non-seulement il ne s\u2019y opposera pas, mais il donnera \u00e0 la proposition de la dame inspectrice tout l\u2019appui de son autorit\u00e9. [243] En serait-il ainsi dans le cas o\u00f9, agissant chacun isol\u00e9\u00adment, la dame inspectrice accuserait un surveillant ou une surveillante que le comit\u00e9 local croirait de son devoir de d\u00e9fendre? On ne peut se lasser de le r\u00e9p\u00e9ter, la prosp\u00e9rit\u00e9 des Salles d\u2019Asile ne peut na\u00eetre que de l\u2019union des efforts et de la bonne harmonie. Ce n\u2019est pas seulement dans l\u2019int\u00e9r\u00eat des dames inspectrices que l\u2019on doit d\u00e9sirer qu\u2019elles soient en relations plus directes et plus fr\u00e9quentes avec les comit\u00e9s locaux, mais c\u2019est aussi dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de ces comit\u00e9s m\u00eames; car les dames inspectrices qui ne comprennent pas la mission qu\u2019elles ont \u00e0 remplir, et qui outrepassent les limites de l\u2019au\u00adtorit\u00e9 qui leur est confi\u00e9e, donnent aux comit\u00e9s beaucoup d\u2019ennuis, d\u2019embarras et de difficult\u00e9s \u00e0 surmonter. Une sorte de lutte semble alors na\u00eetre, et toujours au pr\u00e9judice des \u00e9ta\u00adblissements. On ne peut obvier \u00e0 cet inconv\u00e9nient qu\u2019en appelant les dames inspectrices et les comit\u00e9s \u00e0 d\u00e9lib\u00e9rer ensemble. L\u2019ordonnance accorde aux dames \u00ab la facult\u00e9 d\u2019as\u00adsister \u00e0 la discussion de leurs rapports dans les comit\u00e9s, <em>et elles y ont,dans ce cas, voix d\u00e9lib\u00e9rative<\/em>. \u00bb (Art. 25). C\u2019est l\u00e0 la marche administrative et l\u00e9gale; et \u00ab aussi souvent que les circonstances l\u2019exigent (art. 24), \u00bb les dames peuvent y re\u00adcourir. Si nous pouvions exprimer un d\u00e9sir, nous dirions qu\u2019il y aurait beaucoup d\u2019avantages \u00e0 ce que le maire, pr\u00e9sident du comit\u00e9 local, assist\u00e2t aussi aux r\u00e9unions des dames inspec\u00adtrices et d\u00e9l\u00e9gu\u00e9es, lorsqu\u2019il y serait invit\u00e9 par elles; par l\u00e0 il se trouverait initi\u00e9 aux d\u00e9tails intimes de la direction de l\u2019Asile, et par cons\u00e9quent mieux instruit; en m\u00eame temps il serait \u00e0 port\u00e9e d\u2019appr\u00e9cier la mani\u00e8re dont les dames rem\u00adplissent leur devoir. Les autorit\u00e9s auxquelles l\u2019ordonnance a donn\u00e9 tout pouvoir sur les Asiles les voient trop \u00e0 distance et ne peuvent entrer suffisamment dans les secrets des habi\u00adtudes bonnes ou mauvaises qui s\u2019y contractent. Ce sont les dames inspectrices qui peuvent les leur r\u00e9v\u00e9ler, si elles s\u2019ac\u00adquittent consciencieusement de l\u2019obligation de surveiller les \u00e9tablissements qui leur sont confi\u00e9s; l\u2019ordonnance le dit clai\u00adrement; mais il y a une cons\u00e9quence de cet \u00e9tat de choses [244] qu\u2019elle n\u2019a point \u00e9nonc\u00e9e, parce que l\u2019\u00e9quit\u00e9 devait naturel\u00ad lement l\u2019amener-, c\u2019est que les avis des dames inspectrices seraient demand\u00e9s et pris en consid\u00e9ration dans toutes les<br>circonstances qui se rapporteraient \u00e0 la direction des Salles d\u2019Asile.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">L\u2019art. 21 de l\u2019ordonnance donne aux dames inspectrices  le droit \u00ab de suspendre provisoirement, en cas d\u2019urgence, les surveillants ou surveillantes. \u00bb On a pu s\u2019en \u00e9tonner quand, d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, les dames ne contribuent en rien \u00e0 la nomi\u00adnation des ma\u00eetres et des ma\u00eetresses ; mais c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019elles restent \u00e9trang\u00e8res \u00e0 ce choix qu\u2019il a bien fallu leur conf\u00e9rer des attributions servant d\u2019appui \u00e0 leur influence et pouvant la faire respecter. Sans doute les cas seront rares dans lesquels une dame inspectrice devra faire usage de ce pouvoir; mais enfin ils peuvent se pr\u00e9senter, et alors il ne serait pas possible d\u2019agir avec la lenteur ins\u00e9parable de toute<br>marche administrative. D\u2019ailleurs la fin de l\u2019article en mitige le commencement-, les dames suspendent <em>provisoirement <\/em>les surveillants ou surveillantes, \u00ab en rendant compte <em>sur-le-champ<\/em><br>de la suspension et de ses motifs au maire qui en r\u00e9f\u00e9rera, dans les vingt-quatre heures, le comit\u00e9 local entendu, au pr\u00e9sident du comit\u00e9 d\u2019arrondissement, et, \u00e0 Paris, au pr\u00e9si\u00addent du comit\u00e9 central, qui <em>maintient, abroge, limite la suspen\u00adsion<\/em>. \u00bb Quelle dame inspectrice oserait abuser du droit que lui donne l\u2019ordonnance, sachant qu\u2019elle peut \u00eatre d\u00e9savou\u00e9e par l\u2019autorit\u00e9 sup\u00e9rieure? On n\u2019a donc nul motif de le redou\u00adter. Depuis six ans, plusieurs retraits de brevets d\u2019aptitude ont \u00e9t\u00e9 provoqu\u00e9s par des dames inspectrices, mais pas une suspension n\u2019a eu lieu, ce qui prouve que ce moyen de r\u00e9pres\u00adsion, excellent comme avertissement s\u00e9rieux donn\u00e9 aux di\u00ad<br>recteurs et aux directrices, ne sera jamais employ\u00e9 que dans les circonstances de la plus extr\u00eame gravit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Al\u2019occasionderinterventiondescomit\u00e9sd\u2019arrondissement, et, \u00e0 Paris, du comit\u00e9 central, on doit remarquer que l\u2019art. 24 enjoint aux comit\u00e9s locaux de transmettre exactement aux comit\u00e9s sup\u00e9rieurs les rapports des dames inspectrices; il est [245] d\u2019autant plus important que cette formalit\u00e9 ne soit jamais n\u00e9glig\u00e9e, que les dames ayant, aux ternies de ce m\u00eame article, le droit, \u00ab en cas d\u2019urgence, d\u2019adresser directement leurs r\u00e9clamations aux autorit\u00e9s comp\u00e9tentes, \u00bb leurs rapports pourraient pr\u00e9venir ceux des comit\u00e9s locaux, tandis qu\u2019ils<br>doivent s\u2019appuyer mutuellement. <\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">On peut conclure des articles cit\u00e9s et d\u00e9velopp\u00e9s ici que les relations entre les comit\u00e9s et les dames sont non-seule\u00ad ment d\u00e9sirables et n\u00e9cessaires, mais encore <em>prescrites <\/em>par l\u2019ordonnance. Les articles 23 de cette ordonnance et du r\u00e8\u00adglement g\u00e9n\u00e9ral indiquent aussi que les dames inspectrices, charg\u00e9es d\u2019administrer les fonds donn\u00e9s sp\u00e9cialement pour les Asiles (argent des troncs, offrandes ou subventions), de\u00ad vront ins\u00e9rer l\u2019indication de l\u2019emploi de ces recettes dans<br>leurs rapports trimestriels. Les secours \u00e0 donner aux enfants indigents doivent donc rapprocher encore les dames et les comit\u00e9s locaux. L\u2019admission des enfants dans les Asiles peut \u00e9galement en fournir l\u2019occasion. Nous avons indiqu\u00e9 plus haut combien il serait bon et utile que les maires se rendissent au milieu des dames inspectrices et d\u00e9l\u00e9gu\u00e9es pour recevoir leurs rapports ou les demandes qu\u2019elles ont \u00e0 leur pr\u00e9senter; ce serait pour les dames plus agr\u00e9able que d\u2019assister aux<br>s\u00e9ances des comit\u00e9s locaux, et les opinions qu\u2019elles peuvent avoir \u00e0 exprimer acquerraient plus de force par leur una\u00adnimit\u00e9. Parfois on attribue \u00e0 la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 personnelle de la dame inspectrice tel rapport d\u00e9favorable sur le directeur ou la directrice d\u2019un Asile; mais il en serait autrement si ce rapport \u00e9tait appuy\u00e9 par le t\u00e9moignage des dames d\u00e9l\u00e9gu\u00e9es, qu\u2019en tous cas il serait bon qu\u2019elles fissent conna\u00eetre, en joi\u00adgnant leurs signatures \u00e0 celle de la dame inspectrice.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:15px\">[246] <strong>CHAPITRE XIII. DES R\u00c9UNIONS FORM\u00c9ES PAR LES DAMES INSPECTRICES<br>DE PLUSIEURS ASILES.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Lorsque plusieurs Salles d\u2019Asile existent dans la m\u00eame ville, plusieurs inspectrices sont nomm\u00e9es pour les surveiller, et s\u2019adjoignent, ou doivent s\u2019adjoindre, un certain nombre de dames d\u00e9l\u00e9gu\u00e9es. Rien n\u2019a \u00e9t\u00e9 statu\u00e9 par l\u2019ordonnance pour assurer, entre ces diff\u00e9rentes commissions de surveil\u00adlance, des communications bien n\u00e9cessaires cependant \u00e0 la prosp\u00e9rit\u00e9 des \u00e9tablissements ; mais rien non plus ne s\u2019oppose \u00e0 ce que ce lien et ces communications puissent se former et se d\u00e9velopper sur le terrain r\u00e9serv\u00e9 aux femmes dans l\u2019\u0153uvre des Asiles. L\u00e0, s\u2019encourageant mutuellement dans l\u2019accom\u00adplissement de leurs devoirs, les dames inspectrices peuvent former une <em>association de charit\u00e9<\/em>, dans le but de secourir de mieux en mieux les enfants indigents des Salles d\u2019Asile, et agir de concert pour provoquer et obtenir les secours et les dons de la bienfaisance publique et particuli\u00e8re. Ce qui est ici propos\u00e9 a \u00e9t\u00e9 mis \u00e0 ex\u00e9cution dans plusieurs villes de France, et les r\u00e9sultats en sont excellents.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Dans ces r\u00e9unions, la communaut\u00e9 de sentiments et de lu\u00admi\u00e8res donne plus d\u2019unit\u00e9 aux efforts charitables des dames. Les inspectrices, lorsqu\u2019elles ne peuvent prendre part aux s\u00e9ances mensuelles, s\u2019y font repr\u00e9senter par les dames d\u00e9l\u00e9\u00adgu\u00e9es, dont le z\u00e8le se trouve par l\u00e0 plus vivement excit\u00e9. Dans ces r\u00e9unions, la charit\u00e9 et les diverses applications au bien-\u00eatre et aux besoins des petits enfants des Asiles doivent d\u2019abord et avant tout fixer l\u2019attention; puis, ensuite, la pre\u00admi\u00e8re partie de l\u2019art. 21 de l\u2019ordonnance et le 20e du r\u00e8glement [247] g\u00e9n\u00e9ral peuvent fournir d\u2019abondants sujets d\u2019entretien. Parmi les dames inspectrices, toutes ne sentent pas et ne ju\u00adgent pas de la m\u00eame mani\u00e8re; toutes n\u2019ont pas, au moment o\u00f9 elles entrent en fonctions, une intelligence compl\u00e8te des dispositions de l\u2019ordonnance et du r\u00e8glement g\u00e9n\u00e9ral, qui sont, on doit le reconna\u00eetre, tr\u00e8s compliqu\u00e9es et difficiles par\u00adfois \u00e0 mettre en pratique ; il ne peut \u00eatre alors qu\u2019avantageux pour les nouvelles inspectrices d\u2019\u00eatre mises au fait parcelles qui ont pu acqu\u00e9rir d\u00e9j\u00e0 plus d\u2019exp\u00e9rience. <\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Dans les r\u00e9unions indiqu\u00e9es ici, les dames, s\u2019entretenant des int\u00e9r\u00eats des enfants et de la direction des Asiles, se con\u00adcertent pour ne pas faire, aupr\u00e8s des comit\u00e9s locaux, des r\u00e9\u00adclamations pouvant se contredire , et pour imprimer \u00e0 la di\u00adrection morale des Asiles dont la surveillance leur est con\u00adfi\u00e9e une uniformit\u00e9 de principes et d\u2019actions qu\u2019on ne peut trop souhaiter de maintenir dans cette institution. Tels peux eut \u00eatre les avantages de la r\u00e9union des dames inspectrices. On a pu les constater dans toutes les villes o\u00f9 ces r\u00e9unions ont \u00e9t\u00e9 \u00e9tablies; et cette exp\u00e9rience doit faire na\u00eetre le d\u00e9sir de les voir se propager dans tous les lieux o\u00f9 elles n\u2019existent point encore.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:15px\">[248] <strong>CHAPITRE XIV. DE L&rsquo;ADMISSION DES ENFANTS DANS LES SALLES D\u2019ASILE, ET DE LA R\u00c9TRIBUTION.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:15px\">1\u00b0 <em>De l&rsquo;Admission.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">L\u2019admission des enfants dans les Asiles est un point im\u00adportant sur lequel l\u2019ordonnance royale et le r\u00e8glement g\u00e9n\u00e9\u00adral ne se sont point suffisamment expliqu\u00e9s. L\u2019article XI (du r\u00e8glement) dit seulement \u00ab que les enfants de deux \u00e0 six ans seront admis dans les Salles d\u2019Asile, et qu\u2019au-dessus et au-dessous de cet \u00e2ge, l\u2019admission ne peut avoir lieu que sur l\u2019autorisation formelle de la dame inspectrice de l\u2019\u00e9tablisesment. \u00bb Les derniers mots de cet article, en indiquant ce qui doit se faire dans les cas exceptionnels, peuvent, il semble, donner la solution de cette difficult\u00e9; car serait-il possi\u00adble que les dames inspectrices ne pussent que dans ces cas seuls autoriser l\u2019admission des enfants ? Il est donc \u00e9vident que l\u2019ordonnance les met en possession du droit de prononcer en toutes circonstances. Ordinairement ce sont les directeurs et les directrices qui portent sur la liste d\u2019inscription les en\u00adfants que l\u2019on pr\u00e9sente pour \u00eatre admis dans les Asiles. Cepen\u00addant il est indispensable que les parents puissent aussi faire inscrire leurs enfants, soit par les dames inspectrices, soit par les comit\u00e9s locaux. Mais ensuite l\u2019inscription donne-t-elle r\u00e9ellement droit \u00e0 l\u2019admission? Cette question n\u2019est pas tou\u00adjours comprise, ni r\u00e9solue de la m\u00eame mani\u00e8re. Dans cer\u00adtains Asiles, on re\u00e7oit, en effet, les enfants par ordre d\u2019inscription; dans quelques-uns, on admet d\u2019abord ceux envoy\u00e9s par les comit\u00e9s locaux ; dans d\u2019autres, ce sont les dames inspectrices [249] qui prononcent ; ou bien enfin les ma\u00eetres ou les ma\u00eetresses agissent en pleine libert\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">La marche la plus l\u00e9gale et la plus conforme au v\u00e9ritable esprit de l\u2019ordonnance est de <em>donner la pr\u00e9f\u00e9rence aux enfants dont les besoins sont les plus pressants<\/em> ; car c\u2019est pour eux sur\u00ad tout que les Salles d\u2019Asile gratuites sont institu\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Les maires, pr\u00e9sidents des comit\u00e9s locaux, peuvent conna\u00ee\u00adtre par les bureaux de charit\u00e9 la position de beaucoup de familles et la faire conna\u00eetre aux dames inspectrices.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Les dames, de leur c\u00f4t\u00e9, peuvent constater celle des pa\u00adrents qui demandent qu\u2019on re\u00e7oive leurs enfants, si elles prennent, ainsi que les dames d\u00e9l\u00e9gu\u00e9es, la charitable habi\u00adtude de les visiter \u00e0 domicile. Les orphelins \u00e0 la charge de tuteurs et de tutrices, les enfants des veufs et des veuves, et les enfants de personnes charg\u00e9es d\u2019une nombreuse fa\u00admille, seront sans doute admis les premiers; mais on recueil\u00adlera aussi celui de la pauvre ouvri\u00e8re qui, partant le matin de chez elle, se voit forc\u00e9e d\u2019enfermer sous clef jusqu\u2019au soir et d\u2019abandonner une ou deux jeunes cr\u00e9atures \u00e0 tous les dan\u00adgers du feu et de mille accidents.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Si l\u2019on insiste ici sur la n\u00e9cessit\u00e9 de ne pas abandonner aux directeurs et aux directrices d\u2019Asile le droit d\u2019admettre les enfants, c\u2019est d\u2019abord pour que ces admissions se fassent avec justice et charit\u00e9, et qu\u2019on ne peut pas toujours attendre de la part des ma\u00eetres qu\u2019ils puissent conna\u00eetre avec exactitude la position des parents. C\u2019est, de plus, pour ne pas exposer ces ma\u00eetres ou ces ma\u00eetresses \u00e0 la tentation de pr\u00e9f\u00e9rer l\u2019en\u00adfant de parents dans l\u2019aisance \u00e0 l\u2019enfant indigent. Nous ap\u00adpuyons sur ce point, parce qu\u2019il y a malheureusement des exemples de cette pr\u00e9f\u00e9rence, provoqu\u00e9e par des pr\u00e9sents ou par des indemnit\u00e9s, et qu\u2019on ne peut trop fortement r\u00e9pri\u00admer cet abus. Que les \u00e9moluments accord\u00e9s aux directeurs et directrices soient \u00e9lev\u00e9s en proportion de leurs peines, mais qu\u2019il leur soit d\u00e9fendu de rien recevoir des familles. L\u2019auteur du <em>Manuel <\/em>l\u2019a \u00e9tabli en principe, et l\u2019on ne saurait s\u2019en \u00e9carter sans qu\u2019il en r\u00e9sult\u00e2t les plus graves inconv\u00e9nients.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:15px\">[250] 2.<em> De la R\u00e9tribution.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Si les Salles d\u2019Asile gratuites sont fond\u00e9es pour les enfants de familles dans l&rsquo;indigence ou dans la pau\\ret\u00e9, doit-on y recevoir aussi ceux de parents pouvant facilement payer une r\u00e9tribution mensuelle? Nous n\u2019h\u00e9sitons pas \u00e0 dire qu\u2019il y a abus et injustice : abus, parce que les deniers de l\u2019Etat sont alors d\u00e9tourn\u00e9s de leur v\u00e9ritable destination ; injustice, parce qu\u2019on ne peut admettre qu\u2019au pr\u00e9judice des enfants indigents les enfants n\u00e9s dans une situation plus heureuse. Si l\u2019on fai\u00adsait scrupuleusement la recherche des enfants de cette classe qui se trouvent dans la plupart des Asiles, on reconna\u00eetrait combien le nombre en est \u00e9lev\u00e9. Exiger d\u2019eux une r\u00e9tribution<br>serait \u00e9quitable et conforme \u00e0 l\u2019esprit de charit\u00e9; car alors une plus grande multitude d\u2019enfants pauvres pourraient \u00eatre admis dans de nouveaux Asiles. Mais ici se pr\u00e9sente une ques\u00adtion. Devrait-on, dans les villes o\u00f9 plusieurs Asiles existe\u00adraient, les s\u00e9parer en Asiles gratuits et Asiles non gratuits? ou bien fonder dans tous un certain nombre de places payantes et non payantes? Ce dernier syst\u00e8me serait, sans nul doute, pr\u00e9f\u00e9rable, parce que les familles demeurant dans la<br>circonscription d\u2019un Asile aimeraient mieux en profiter que d\u2019envoyer leurs enfants \u00e0 de plus grandes distances; et parce que ce rapprochement des enfants du pauvre et de ceux de l\u2019honn\u00eate ouvrier, de l\u2019artisan laborieux et ais\u00e9, aurait sur leurs jeunes c\u0153urs des effets salutaires et les disposerait \u00e0 se soutenir et \u00e0 s\u2019entr\u2019aider dans la vie. Ce sujet est digne de fixer l\u2019attention des conseils municipaux et de toutes les autorit\u00e9s concourant \u00e0 la fondation des Salles d\u2019Asile, et<br>nous leur soumettons le fait suivant \u00e0 l\u2019appui des r\u00e9flexions qui pr\u00e9c\u00e8dent. Un Asile gratuit, contenant cent cinquante en\u00adfants, allait \u00eatre ferm\u00e9 faute de fonds pour le soutenir ; qua\u00adtre-vingts \u00e0 quatre-vingt-dix parents s\u2019engag\u00e8rent \u00e0 payer une r\u00e9tribution mensuelle de 1 fr. ou 2 fr. si l\u2019Asile restait ouvert. Les circonstances ne permirent pas d\u2019exaucer leurs [251] v\u0153ux, mais l\u2019on put constater de combien les frais se seraient trouv\u00e9s diminu\u00e9s. La tenue des Salles d\u2019Asile destin\u00e9es aux enfants des indigents et \u00e0 ceux des familles ouvri\u00e8res au-dessus du besoin peut \u00eatre semblable, car tous doivent \u00eatre \u00e9lev\u00e9s selon les m\u00eames principes et dans le m\u00eame but, c\u2019est-\u00e0-dire dans la simplicit\u00e9 et pour une vie de travail et d\u2019\u00e9co\u00adnomie.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Apr\u00e8s les enfants de cette classe viennent ceux des classes plus opulentes; et pour eux on n\u2019a point encore song\u00e9 en France \u00e0 ouvrir des Salles d\u2019Asile (si ce n\u2019est \u00e0 Montpellier, o\u00f9 il en existe une organis\u00e9e par les soins d\u2019une dame pleine de z\u00e8le). (1)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>(1) Madame Mar\u00e8s.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Cependant combien ne serait-il pas n\u00e9cessaire et pressant de s\u2019occuper aussi de leur premi\u00e8re \u00e9ducation, si souvent n\u00e9glig\u00e9e, ou dirig\u00e9e d\u2019une mani\u00e8re funeste pour leur avenir ! Quel immense service ne rendrait-on pas aux m\u00e8res qui ne peuvent pas surveiller constamment elles-m\u00eames leurs en\u00adfants, en leur offrant la possibilit\u00e9 de leur faire passer un cer\u00adtain nombre d\u2019heures dans un lieu, o\u00f9 tout serait dispos\u00e9 pour le d\u00e9veloppement de leur intelligence, de leur \u00e2me et de leur corps, et o\u00f9 les premi\u00e8res \u00e9tudes,toujours si difficiles et sou\u00advent si p\u00e9nibles, ne s\u2019offriraient \u00e0 eux que sous la forme d\u2019amusements? Quand on voit, dans les Salles d\u2019Asile ou\u00ad vertes pour les enfants du peuple, combien le caract\u00e8re de ces petits y subit de frappantes modifications, combien les dispositions vicieuses, les tendances mauvaises de leur na\u00adture y sont doucement r\u00e9prim\u00e9es et fr\u00e9quemment corrig\u00e9es, on doit regretter de voir ces avantages refus\u00e9s aux enfants qui, devenus hommes, r\u00e9agiront d\u2019une mani\u00e8re si puissante par leurs vices ou par leurs vertus sur l\u2019\u00e9tat moral de la so\u00adci\u00e9t\u00e9. L\u2019enfant \u00e9lev\u00e9 dans l\u2019\u00e9go\u00efsme, la pr\u00e9occupation de soi-m\u00eame (qui se manifeste d\u00e8s le berceau), recevra sans doute des le\u00e7ons d\u2019humilit\u00e9 et d\u2019abn\u00e9gation, mais trop tard; et le levain cach\u00e9 au fond de son c\u0153ur ne saurait plus en [252] \u00eatre extirp\u00e9. C\u2019est donc d\u00e8s l\u2019\u00e2ge le plus tendre qu\u2019il faut aussi agir sur sa jeune \u00e2me, et le r\u00e9gime des Asiles serait incontestablement pour lui le plus salutaire, surtout depuis la quatri\u00e8me jusqu\u2019\u00e0 la sixi\u00e8me ann\u00e9e. Esp\u00e9rons qu\u2019un jour on le comprendra, et que l\u2019on s\u2019efforcera d\u2019imiter aussi en France ce qui s\u2019accomplit \u00e0 cet \u00e9gard en d\u2019autres pays.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Le syst\u00e8me d\u2019\u00e9ducation des Salles d\u2019Asile n\u2019a \u00e9t\u00e9 nulle part  plus perfectionn\u00e9 qu\u2019\u00e0 Dise; aussi s\u2019y pr\u00e9sente-t-il complet. Les m\u00eames avantages y sont offerts \u00e0 l\u2019enfant du riche et \u00e0 celui du pauvre. Le but de l\u2019instruction qu\u2019ils re\u00e7oivent est de rendre l\u2019un et l\u2019autre doux et humble de c\u0153ur; de ne pas se borner \u00e0 le d\u00e9velopper, mais de chercher \u00e0 l\u2019\u00e9clairer, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 l\u2019environner de la pure lumi\u00e8re qui seule peut p\u00e9n\u00e9trer au fond de l\u2019\u00e2me et y r\u00e9pandre ses divines clart\u00e9s. Dans quelque situation qu\u2019il soit plac\u00e9, l\u2019enfant aura toujours \u00e0 fuir le mal et \u00e0 pratiquer le bien. On ne peut attendre de lui d\u2019agir avec r\u00e9flexion; souvent il n\u2019en aurait ni le temps ni la force ; il faut donc que ce soit par impulsion instinctive, et que l\u2019amour du bien, la puret\u00e9, la paix int\u00e9rieure soient l\u2019\u00e9tat normal de cette jeune \u00e2me. Qu\u2019on ne croie pas qu\u2019ici soit d\u00e9pr\u00e9ci\u00e9e l\u2019\u00e9ducation maternelle de la famille; l\u00e0 o\u00f9 elle peut \u00eatre donn\u00e9e sans alliage, avec discernement, fermet\u00e9, et selon des principes vraiment chr\u00e9tiens, on obtiendra les r\u00e9\u00adsultats que nous venons d\u2019indiquer; mais les m\u00e8res les plus d\u00e9vou\u00e9es et les plus \u00e9clair\u00e9es peuvent-elles toujours accomplir leur t\u00e2che, sans que les circonstances au milieu desquelles elles sont plac\u00e9es viennent parfois entraver ou paralyser leurs efforts? et toutes les m\u00e8res sentent-elles le poids immense de la responsabilit\u00e9 qui p\u00e8se sur elles? Leur offrir aide et secours en suppl\u00e9ant \u00e0 ce qu\u2019elles-m\u00eames reconna\u00eetraient ne pouvoir faire, et en substituant l\u2019Asile bien dirig\u00e9 aux soins, trop sou\u00advent si peu judicieux, des bonnes auxquelles on abandonne les enfants, serait-il porter atteinte aux douces pr\u00e9rogatives de la maternit\u00e9?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:15px\"><strong>[253] CHAPITRE XV. DE LA N\u00c9CESSIT\u00c9 D\u2019\u00c9TABLIR DES R\u00c8GLEMENTS PARTICULIERS POUR CHAQUE SALLE D\u2019ASILE.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Toutes les dispositions concernant la direction et la tenue des Salles d\u2019Asile sont renferm\u00e9es dans l\u2019ordonnance et dans le r\u00e8glement g\u00e9n\u00e9ral. Mais il est indispensable que, dans cha\u00adque \u00e9tablissement, cesdispositionssoientplac\u00e9es en \u00e9vidence, de mani\u00e8re \u00e0 faire conna\u00eetre \u00e0 chacun son devoir. Il est bon d\u2019en extraire divers r\u00e8glements \u00e0 l\u2019usage des dames inspec\u00adtrices et d\u00e9l\u00e9gu\u00e9es, des directeurs et directrices, et des pa\u00adrents des enfants. La plupart des abus seraient r\u00e9prim\u00e9s par le seul fait de cette publicit\u00e9 donn\u00e9e au texte de l\u2019ordonnance et des r\u00e8glements minist\u00e9riels, ou du moins il serait plus facile de les combattre. En voici la preuve : l\u2019article 10 du r\u00e8glement g\u00e9n\u00e9ral \u00e9tablit que \u00ab les surveillants ou surveil\u00adlantes des Salles d\u2019Asile communales, leurs aides ou autres employ\u00e9s, ne recevront des familles aucun paiement ni r\u00e9tri\u00adbution , aucun cadeau ni offrande. \u00bb Si cette injonction \u00e9tait mise sous les yeux des parents, oserait-on l\u2019enfreindre?<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">L\u2019art. 39 porte \u00ab que les enfants ne doivent jamais \u00eatre frapp\u00e9s. \u00bb Cette d\u00e9fense formelle, en inspirant aux parents une enti\u00e8re confiance, ne leur donnerait-elle pas le droit et le courage de se plaindre si, par malheur, elle pouvait \u00eatre oubli\u00e9e, et ne r\u00e9agirait-elle pas sur leur propre conduite envers leurs enfants, en leur imposant le devoir de les traiter aussi avec douceur?<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">L\u2019art. 40 enjoint \u00ab aux surveillants et aux surveillantes d\u2019\u00eatre toujours pr\u00e9sents aux exercices et aux r\u00e9cr\u00e9ations. \u00bb Cet article, un des plus importants de tous, obligerait les dames inspectrices \u00e0 noter, sur le registre d\u2019inspection, les [254] infractions qu\u2019elles sont parfois dans le cas de constater, et que trop souvent elles tol\u00e8rent avec une bont\u00e9 qu\u2019on devrait taxer de faiblesse.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Suivant l\u2019art. 21 , \u00ab le m\u00e9decin attach\u00e9 \u00e0 chaque Asile devra le visiter au moins une lois par semaine. \u00bb Mais si plu\u00adsieurs se distinguent par un z\u00e8le et un d\u00e9vouement qu\u2019on ne peut assez reconna\u00eetre, d\u2019autres, qui ont sollicit\u00e9 les fonctions ci-dessus indiqu\u00e9es, les n\u00e9gligent compl\u00e8tement, ou ne veu\u00ad lent voir que dans leur propre cabinet les enfants que les di\u00adrecteurs ou directrices leur envoient : ce qui n\u2019est nullement dans l\u2019esprit du r\u00e8glement, qui a voulu joindre l\u2019inspection d\u2019un m\u00e9decin aux autres inspections.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Nous devons abr\u00e9ger ces citations, que nous ne donnons que comme des exemples. En m\u00e9ditant sur chaque article de l\u2019ordonnance et du r\u00e8glement g\u00e9n\u00e9ral, on pourra facilement reconna\u00eetre quels sont ceux qu\u2019il est n\u00e9cessaire, pour la bonne direction et la bonne tenue d\u2019un Asile, de rappeler et de faire respecter.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">D\u2019autres dispositions de d\u00e9tail qui ne sont pas dans l\u2019or\u00addonnance ni dans le r\u00e8glement g\u00e9n\u00e9ral peuvent \u00eatre, suivant les circonstances et les besoins, arr\u00eat\u00e9es par les dames in\u00adspectrices et sanctionn\u00e9es par les comit\u00e9s locaux et d\u2019arron\u00addissement : c\u2019est le seul moyen d\u2019\u00e9tablir l\u2019ordre, la r\u00e9gularit\u00e9 dans la tenue des \u00e9tablissements. Il serait tr\u00e8s d\u00e9sirable qu\u2019on affich\u00e2t, dans chaque Saile d\u2019Asile, au changement des sai\u00adsons, les heures d \u2019arriv\u00e9e et de d\u00e9part des enfants, de mani\u00e8re \u00e0 ce que les parents les sussent toujours avec exactitude.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Il serait n\u00e9cessaire aussi d\u2019y placer en \u00e9vidence la liste, faite par les dames inspectrices, des enfants qui peuvent, sans danger, s\u2019en aller seuls chez leur parents, afin de pr\u00e9venir toute m\u00e9prise, et de ne pas exposer ces enfants \u00e0 se trouver expuls\u00e9s de l\u2019Asile lorsque personne ne peut encore les rece\u00advoir au domicile paternel. De graves abus ont eu lieu parfois \u00e0 cet \u00e9gard, et c\u2019est une des infractions de l\u2019ordonnance, contre laquelle on ne peut trop fortement s\u2019\u00e9lever. Placer aussi, pr\u00e8s de la porte de l\u2019Asile, dans le pr\u00e9au, un tableau [255] contenant les noms et les adresses des dames inspectrices et d\u00e9l\u00e9gu\u00e9es, peut avoir les meilleurs r\u00e9sultats et donner lieu \u00e0<br>la formation de rapports beaucoup plus fr\u00e9quents entre elles et les parents des enfants.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Nous ajouterons ici une observation concernant les femmes de service et leur position dans les Salles d\u2019Asile. Ni l\u2019ordon\u00adnance ni le r\u00e8glement g\u00e9n\u00e9ral ne d\u00e9terminent exactement cette position ; il en r\u00e9sulte que, dans quelques \u00e9tablissements, les comit\u00e9s locaux ou les dames inspectrices nomment ces hum\u00adbles assistantes, si utiles et qu\u2019il est si n\u00e9cessaire de bien choi\u00adsir; mais, dans quelques autres, elles ne d\u00e9pendent que des directeurs ou des directrices, qui les prennent et les renvoient comme bon leur semble. Cela ne doit pas \u00eatre, sous aucun rapport. La femme de service appartient \u00e0 l\u2019Asile, et non aux directeurs. Elle ne peut pas s\u2019occuper des soins de leur m\u00e9\u00adnage au pr\u00e9judice de ceux qu\u2019elle doit aux enfants. Elle a droit \u00e0 la totalit\u00e9 des appointements qui lui sont accord\u00e9s. S\u2019il convient qu\u2019elle soit nourrie par les directeurs ou direc\u00adtrices, et que le prix de sa nourriture soit diminu\u00e9 sur ses appointements, aucun arrangement de ce genre ne peut avoir lieu qu\u2019avec l\u2019approbation de la dame inspectrice, qui doit \u00e9galement (de concert avec les dames d\u00e9l\u00e9gu\u00e9es) confier les fonctions du service aux personnes que peut lui proposer je<br>directeur ou la directrice, ou les leur retirer. Les dames sont aussi appel\u00e9es \u00e0 r\u00e9gler toutes les parties de ce service et \u00e0 en surveiller l&rsquo;ex\u00e9cution.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:15px\"><strong>[256] CHAPITRE XVI. DE LA DISTRUUTTION DES SECOURS DANS T.ES S&rsquo;ALLES D\u2019ASILE.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">L\u2019application des secours de la charit\u00e9 dans les Salles d\u2019Asile ne doit pas \u00eatre faite sans discernement, et seule\u00adment par une impulsion de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 ou de compassion. Il y a des \u00e9cueils \u00e0 \u00e9viter; l\u2019insouciance des parents, leur pa\u00adresse peut-\u00eatre, ne doit pas \u00eatre encourag\u00e9e par des dons qui les dispenseraient de subvenir aux besoins de leurs enfants. Des distributions g\u00e9n\u00e9rales faites avec apparat \u00e9veillent l\u2019envie de ceux qui n\u2019y participent pas, et habituent ceux qui en profitent \u00e0 se voir class\u00e9s publiquement au rang des indigents. Il faut plus de prudence et plus de m\u00e9nagements et d\u2019\u00e9gards. Encore ici se retrouve la n\u00e9cessit\u00e9 du concours des dames inspectrices et d\u00e9l\u00e9gu\u00e9es. Elles seules peuvent con\u00adstater le degr\u00e9 de mis\u00e8re des parents et les causes qui l\u2019ont amen\u00e9e; elles seules peuvent appliquer l\u2019aum\u00f4ne avec intel\u00adligence et la faire concourir au bien moral des familles. Mais, pour atteindre ce but, il est indispensable que des rapports fr\u00e9quents, r\u00e9guliers, suivis, s\u2019\u00e9tablissent entre les dames et les m\u00e8res des enfants; et l\u2019on n\u2019y parviendra qu\u2019en pla\u00e7ant sous le patronage sp\u00e9cial de chaque dame un certain nom\u00ad<br>bre de familles auxquelles appartiennent les enfants admis dans l\u2019Asile qu\u2019elle surveille. Partout o\u00f9 l\u2019on a eu recours \u00e0 ce moyen, l\u2019on a obtenu les meilleurs r\u00e9sultats; les distribu\u00adtions de v\u00eatements peuvent alors se faire au domicile des pa\u00adrents, ou bien ceux-ci peuvent, en se rendant chez les dames, y recevoir en m\u00eame temps d\u2019utiles conseils, des encourage\u00ad ments, ou des r\u00e9primandes que parfois ils n\u2019ont que trop m\u00e9rit\u00e9es. II est d\u00e9sirable que les directeurs et les directrices [257] concourent \u00e0 ces distributions, en recommandant aux dames les enfants qui leur semblent devoir \u00eatre secourus.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Dans quelques villes, on a \u00e9tabli des associations de travail en faveur des enfants pauvres des Salles d\u2019Asile.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Nous citerons ici en particulier la ville d\u2019Arras. Une so\u00adci\u00e9t\u00e9 de jeunes personnes s\u2019y est form\u00e9e en 1834, pour con\u00adfectionner des habillements destin\u00e9s aux enfants pauvres qui fr\u00e9quentent les Asiles, et cette soci\u00e9t\u00e9 vient en aide aux dames inspectrices et d\u00e9l\u00e9gu\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">C\u2019est une heureuse id\u00e9e que celle d\u2019inspirer ainsi aux jeu\u00adnes filles n\u00e9es au sein de l\u2019opulence une tendre compassion pour les petits enfants du pauvre. En travaillant pour eux, elles sont naturellement amen\u00e9es \u00e0 d\u00e9sirer de les conna\u00eetre ; cet int\u00e9r\u00eat charitable, une fois \u00e9veill\u00e9 dans leurs c\u0153urs, ne s\u2019y \u00e9teindra plus-, et lorsque ces jeunes filles seront devenues \u00e0 leur tour des m\u00e8res de famille, de doux souvenirs les attire\u00adront vers l\u2019\u0153uvre des Salles d\u2019Asile.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Dans d\u2019autres villes, on a \u00e9tabli avec grand succ\u00e8s le tra\u00advail manuel dans les Asiles; on fait parf\u00eeler aux enfants de petits morceaux d\u2019\u00e9tofi&rsquo;es de laine et de coton, puis on fait filer et tisser (par des ouvriers, ou dans des hospices et des prisons) le produit de ce travail, et il en r\u00e9sulte une \u00e9toffe commune, mais solide, avec laquelle les enfants peuvent \u00eatre v\u00eatus. Le tricot offre aussi des ressources pour occuper et assister les enfants; \u00e0 Strasbourg, une grande quantit\u00e9 de<br>bas sont tricot\u00e9s dans les Salles d\u2019Asile, et distribu\u00e9s en\u00ad suite aux plus pauvres d\u2019entre les \u00e9l\u00e8ves.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Les v\u00eatements ne constituent pas les seuls secours \u00e0 distri\u00adbuer dans les Asiles. Il faut souvent y nourrir de pauvres enfants auxquels les parents ne peuvent donner suffisamment de pain. Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, on n\u2019a pas admis g\u00e9n\u00e9ralement l\u2019u\u00adsage de donner de la soupe, et c\u2019est pourtant ce qu\u2019il y au\u00adrait de meilleur et de plus salubre.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Quand on visite assid\u00fbment un Asile, qu\u2019on examine le contenu des paniers des enfants, ou qu\u2019on assiste \u00e0 leurs re\u00adpas, on est douloureusement happ\u00e9 de la mauvaise nature [258] des aliments dont ils se nourrissent; car il est impossible que leur sant\u00e9 n\u2019en ressente pas les effets. Grand nombre de ces enfants sont d\u2019une constitution lymphatique ou scrofuleuse ; un r\u00e9gime sain et r\u00e9gulier pourrait seul combattre ces dispo\u00adsitions. C\u2019est une question bien importante que celle de re\u00adm\u00e9dier aux mis\u00e8res morales et physiques du peuple. Et si l\u2019on ne travaille pas \u00e0 atteindre ce double but, l\u2019institution des Salles d\u2019Asile ne fera qu\u2019un bien incomplet. Nous appelons donc de tous nos v\u0153ux le moment o\u00f9 les enfants seront tous nourris dans les Salles d\u2019Asile, les moins pauvres apportant chaque matin leur pain de la journ\u00e9e, et c<em>inq centimes<\/em> pour payer le bouillon qui devra transformer ce pain en une soupe ; les plus pauvres recevant gratuitement la portion qui doit les nourrir. Rien n\u2019est charmant comme l\u2019aspect de ces pauvres petits, assis en bon ordre, autour de longues tables couvertes de toi le cir\u00e9e, prenant gaiement et proprement une nourriture saine et app\u00e9tissante. Dans l\u2019Asile m\u00eame le plus nombreux, il suffirait de deux tables contenant chacune vingt-cinq en\u00ad fants ; ces tables tr\u00e8s basses se placent sur de petits tr\u00e9teaux, et les enfants s\u2019asseoient sur des bancs portatifs. Un quart d\u2019heure pouvant suffire pour leur repas, en une heure et de\u00ad mie on ferait manger trois cents enfants, les divisions de 50 se succ\u00e9dant, en commen\u00e7ant par les plus jeunes etfinissant par les plus \u00e2g\u00e9s. Le matin et \u00e0 quatre heures, il ne serait mang\u00e9 que du pain sec. Cela se pratique ainsi \u00e0 Pise, et l\u2019exp\u00e9rience de plusieurs ann\u00e9es a prou\\\u00e9 que rien n\u2019est plus avantageux que ce r\u00e9gime pour la sant\u00e9 des enfants. Sans faire le bouillon dans les Asiles, on peut se le procurer par voie d\u2019abonnement, soit avec les maisons de secours, soit avec les hospices, soit d\u2019une autre mani\u00e8re qu\u2019offriraient les localit\u00e9s. (1) <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>(1) Il n\u2019est pas n\u00e9cessaire que ces soupes soient toujours faites avec du bouillon de viande; les potagesuiaigresconviennenltr\u00e8sbien aux enfants; une l\u00e9g\u00e8re pur\u00e9e de pommes de terre et de haricots leur donne une sa\u00adveur agr\u00e9able et les rend plus nourrissants. \u2014 En faisant apporter dans les Asiles le bouillon (maigre ou gras) tout pr\u00e9par\u00e9, il suffirait que la femme de service le f\u00eet chauffer sur un fourneau pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 cet effet, en y ajou\u00adtant le pain apport\u00e9 par les enfants ou donn\u00e9 par les dames inspectrices.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">[259] Apr\u00e8s avoir parl\u00e9 des habillements et de la nourriture, il reste \u00e0 dire quelques mots des secours \u00e0 donner aux enfants malades ou d\u00e9licats. C\u2019est une question tr\u00e8s contest\u00e9e que celle de soigner la sant\u00e9 des enfants dans les Salles d\u2019Asile. On craint de donner trop de peine aux directeurs et aux di\u00adrectrices; on craint de contrarier la volont\u00e9 des parents; on craint de transformer les Asiles en infirmeries. A ces craintes, on peut r\u00e9pondre qu\u2019il ne peut s\u2019agir que de rem\u00e8des faciles \u00e0 administrer, et composant plut\u00f4t un r\u00e9gime qu\u2019un traite\u00ad ment; qu\u2019on ne les emploierait jamais sans le consentement des parents, auxquels la prescription du m\u00e9decin serait com\u00admuniqu\u00e9e ; et que les enfants malades, se trouvant naturelle\u00ad ment exclus pour un temps de l&rsquo;Asile, n\u2019y seraient pas trait\u00e9s. Voici ce que dit, \u00e0 ce sujet, le docteur Cerise, dans un ou\u00ad vrage qu\u2019il serait d\u00e9sirable de voir plac\u00e9 dans chaque Salle d\u2019Asile.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">\u00ab Quant aux affections que le m\u00e9decin peut et doit traiter dans les Salles d\u2019Asile, elles exigent qu\u2019un certain nombre de m\u00e9dicaments soient mis \u00e0 sa disposition, afin que ses pres\u00adcriptions soient efficacement et facilement ex\u00e9cut\u00e9es. Il im\u00adporte de concilier l\u2019\u00e9conomie avec l\u2019utilit\u00e9 des ordonnances ; car le m\u00e9decin ne doit jamais oublier que les Salles d\u2019Asile ne sont pas des hospices, et qu\u2019il ne doit y employer des m\u00e9di\u00adcaments que pour combattre les affections qui permettent aux enfants d\u2019y venir et d\u2019y prendre part aux exercices. (1)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>(1) Le m\u00e9decin dessales d&rsquo;Asile, chez Hachette, chap. XI, p. 132.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">On comprendra sans peine que ce n\u2019est que dans les Asiles que peuvent \u00eatre trait\u00e9es ces affections, puisque les enfants y passent la plus grande partie de la journ\u00e9e; que, d\u2019ailleurs, les parents ont si peu de loisir, et parfois si peu d\u2019intelli\u00adgence, que, soit faute de temps, soit par incurie ou n\u00e9gligence, ils ne sauraient ex\u00e9cuter les prescriptions, dont un \u00e9tat vio\u00adlent de maladie ne leur fait pas sentir la n\u00e9cessit\u00e9. L&rsquo;<em>\u00e9ducation<\/em> [260] <em>physique <\/em>des enfants, non moins que leur \u00e9ducation morale, exige donc des soins suivis. Et le devoir des daines inspec\u00adtrices est d\u2019y veiller avec la plus constante attention.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Il est inutile d\u2019insister ici sur l\u2019obligation de tenir les en\u00ad fants dans un \u00e9tat de propret\u00e9 le plus complet possible.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">On doit en imposer le devoir aux parents ; mais, lorsqu\u2019ils ne le remplissent pas, il vaut encore mieux accepter la t\u00e2che de les remplacer que de laisser de pauvres petits \u00eatres souf\u00adfrir de cette n\u00e9gligence, et les femmes de service doivent prendre, \u00e0 cet \u00e9gard, toutes les peines n\u00e9cessaires.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Rien ne serait meilleur que de pouvoir baigner les enfants pendant l\u2019\u00e9t\u00e9, on pr\u00e9viendrait souvent des indispositions qui s\u2019aggravent par l\u2019absence de soins de cette nature; la femme de peine pourrait remplir cette t\u00e2che pendant les heures de classe. Nous ne nous dissimulons pas qu\u2019il y aurait des difficult\u00e9s \u00e0 surmonter pour \u00e9tablir ce genre de service; mais il serait de la plus grande utilit\u00e9, sinon pour tous les enfants, du moins pour ceux que les m\u00e9decins d\u00e9signeraient, et aussi pour ceux qui ne trouvent au sein de leurs familles que la plus repoussante malpropret\u00e9. Si les dames inspec\u00adtrices portent leur attention sur ce point, elles sauront recon\u00adna\u00eetre ce qu\u2019il peut \u00eatre d\u00e9sirable et possible de tenter, et d\u00e9couvriront les moyens d\u2019ex\u00e9cution mieux que nous ne pourrions les leur indiquer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:15px\">[261] <strong>CHAPITRE XVII. DE LA DIRECTION MORALE DES SALLES D\u2019ASILE<\/strong> (1)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>(1) Ces r\u00e9flexions ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9es d\u00e9j\u00e0 ; niais on a cru pouvoir les re\u00adproduire avec quelques changements, parce qu\u2019elles se rattachent aux devoirs des dames inspectrices. On reconna\u00eetra facilement, dans quelques parties de cet \u00e9crit, qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9 par une personne exer\u00e7ant ces fonctions.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Les r\u00e9flexions suivantes sont offertes aux personnes qui, portant int\u00e9r\u00eat \u00e0 l\u2019institution des Salles d\u2019Asile, d\u00e9sirent prendre une part active \u00e0 son extension et concourir \u00e0 son perfectionnement. Elles s\u2019adressent aux femmes, parce que l\u2019\u0153uvre des Asiles est une \u0153uvre toute maternelle. Beaucoup d\u2019entre elles seront sans doute \u00e9mues de joie en voyant s&rsquo;ou\u00advrir une nouvelle carri\u00e8re d\u2019activit\u00e9 charitable, mais elles doivent mesurer l\u2019\u00e9tendue de cette carri\u00e8re et les difficult\u00e9s qui peuvent les y attendre.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">La charit\u00e9, entra\u00een\u00e9e par un premier \u00e9lan, ne sait pas tou\u00adjours les envisager et les appr\u00e9cier \u00e0 leur juste valeur. Plus tard les m\u00e9comptes, les obstacles se pr\u00e9sentent; le c\u0153ur est froiss\u00e9, le z\u00e8le se ralentit, la langueur morale paralyse tout effort, et bient\u00f4t on n\u00e9glige une t\u00e2che qui para\u00eet au-dessus des forces et qui n\u2019offre aucune chance de succ\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">La pers\u00e9v\u00e9rance seule peut amener en toutes choses des r\u00e9sultats satisfaisants pour le c\u0153ur. Essayons de dire ce qui peut la fortifier en nous et nous soutenir dans l\u2019exercice de la charit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">En toute entreprise, il faut d\u2019abord se demander quel but on se propose, s\u2019assurer que ce but est utile, examiner ensuite [262] les moyens de l\u2019atteindre. A la vue des difficult\u00e9s in\u00e9vitables,<br>nous sentirons d\u2019un c\u00f4t\u00e9 le besoin de pers\u00e9v\u00e9rance et de cou\u00adrage, et de l\u2019autre notre faiblesse et notre l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 naturel\u00adles, et nous serons amen\u00e9s \u00e0 chercher en Dieu la force qui nous est n\u00e9cessaire pour accomplir sa volont\u00e9. Le sentiment du devoir ne peut, s\u2019il est r\u00e9el, se manifester en une circon\u00adstance, puis s\u2019affaiblir en une autre et nous laisser retomber dans l\u2019indiff\u00e9rence et l\u2019apathie. La conscience alors ne saurait nous donner la paix du c\u0153ur et de l\u2019esprit. Voil\u00e0 donc les puissants mobiles qui.peuvent nous porter \u00e0 surmonter cou\u00adrageusement les obstacles toujours renaissants au dehors et au dedans de nous m\u00eames.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">L\u2019inconstance de notre nature a besoin d\u2019\u00eatre soutenue m\u00eame dans l\u2019accomplissement du bien et des devoirs les plus doux. De plus, il ne peut y avoir accord de vues, simultan\u00e9it\u00e9 d\u2019efforts dans le bien fait isol\u00e9ment, tandis qu&rsquo;en se r\u00e9unis\u00ad sant le z\u00e8le r\u00e9chauffe le z\u00e8le, la charit\u00e9 enflamme la charit\u00e9 ; les succ\u00e8s des uns compensent les m\u00e9comptes des autres, et l\u2019on fait pies et mieux en agissant de concert. Il y a un charme inexprimable attach\u00e9 \u00e0 ce concours de pens\u00e9es et d\u2019in\u00ad<br>tentions. Il y a de grandes douceurs dans les relations qui s\u2019\u00e9tablissent entre les c\u0153urs anim\u00e9s d\u2019un m\u00eame sentiment. Essaierons-nous de les d\u00e9crire? Ceux qui les connaissent par exp\u00e9rience trouveraient nos paroles faibles et d\u00e9colo\u00adr\u00e9es en comparaison de la r\u00e9alit\u00e9; ceux qui les ignorent ne nous comprendraient peut-\u00eatre pas. Nous devons donc nous contenter d\u2019indiquer cette source in\u00e9puisable de pures jouissances.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Le choix des dames d\u00e9l\u00e9gu\u00e9es appel\u00e9es \u00e0 partager les de\u00ad voirs des dames inspectrices exige une attention s\u00e9rieuse; il est indispensable de le faire avec impartialit\u00e9 et justesse. Que l\u2019esprit de charit\u00e9, de cette charit\u00e9 qui aime et a besoin de se devouer, soit le lien qui les unisse; qu\u2019un doux senti\u00adment de bienveillance les anime, et que toutes soient pr\u00eates \u00e0 porter le fardeau les unes des autres, \u00e0 s\u2019cntr\u2019aider, s\u2019en\u00ad courager, s\u2019\u00e9clairer mutuellement.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">[263] Ce n&rsquo;est pas l\u00e9g\u00e8rement et sans avoir m\u00fbrement r\u00e9fl\u00e9chi qu\u2019il faut s\u2019engager \u00e0 faire partie d\u2019une semblable r\u00e9union; il faut consulter sa conscience aussi bien que son c\u0153ur. Il est tel \u00e9tablissement auquel on peut \u00eatre plus utile en ne s\u2019occu\u00adpant pas de sa direction qu\u2019en s\u2019en occupant n\u00e9gligemment. On a r\u00e9p\u00e9t\u00e9 bien des fois que le sort d\u2019une Salle d\u2019Asile d\u00e9\u00adpend uniquement des dispositions et des qualit\u00e9s des ma\u00eetres qui la dirigent; mais qui surveillera journellement ces ma\u00ee\u00adtres dans l\u2019accomplissement de leurs devoirs? qui leur don\u00adnera les conseils, les encouragements dont ils peuvent avoir besoin, ou leur adressera les observations qu\u2019ils peuvent m\u00e9\u00adriter? II. est donc facile de reconna\u00eetre combien le choix des dames d\u00e9l\u00e9gu\u00e9es a d\u2019importance; nous ne saurions trop insister sur ce point.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:15px\"><em>Des r\u00e9unions des dames.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">L\u2019on ne peut douter que, m\u00eame en commen\u00e7ant par envi\u00adsager les difficult\u00e9s attach\u00e9es \u00e0 la surveillance r\u00e9guli\u00e8re et consciencieuse d\u2019une Salle d\u2019Asile, il ne se trouve des per\u00adsonnes port\u00e9es \u00e0 se consacrer \u00e0 cette \u0153uvre de compassion chr\u00e9tienne et d\u2019int\u00e9r\u00eat maternel. Lorsqu\u2019elles se seront r\u00e9u\u00adnies et auront pris la r\u00e9solution d\u2019y travailler de tout leur pouvoir, nous leur conseillons de fixer d\u2019abord des jours o\u00f9 elles puissent se retrouver, se communiquer leurs impres\u00adsions, leurs pens\u00e9es, et se partager les diverses fonctions \u00e0 remplir aupr\u00e8s de leurs enfants adoptifs.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Ce n\u2019est pas seulement un bien temporel et passager qu\u2019il s\u2019agit d\u2019accomplir, mais un bien moral et \u00e9ternel, en dirigeant les premi\u00e8res pens\u00e9es de ces jeunes \u00e2mes vers les choses pures et saintes, et en s\u2019effor\u00e7ant de les conduire \u00e0 celui qui a dit : \u00ab Laissez venir \u00e0 moi les petits enfants, et ne les en emp\u00eachez pas. \u00bb Si les dames inspectrices et d\u00e9l\u00e9gu\u00e9es envisagent ainsi les devoirs qui leur sont impos\u00e9s, elles \u00e9prouveront le besoin de s\u2019entretenir fr\u00e9quemment des dispositions et des progr\u00e8s de leur grande famille ; et bien loin que les jours de r\u00e9union [264] semblent trop rapproch\u00e9s, ils seront des jours aussi doux pour les dames qu\u2019utiles pour le bien de l\u2019Asile.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Chaque dame qui, \u00e0 son tour, visite l\u2019\u00e9tablissement, doit inscrire les observations et les r\u00e9llexions que lui sugg\u00e8re ce qu\u2019elle voit ou entend. La personne qui lui succ\u00e8de dans cette<br>inspection prend connaissance decesobservationsety ajoute les siennes. Ce livre-journal, tenu avec r\u00e9gularit\u00e9, peut offrir des \u00e9l\u00e9ments d\u2019entretiens pleins d\u2019int\u00e9r\u00eat pour les jours de r\u00e9union des dames, et motiver des d\u00e9cisions souvent impor\u00adtantes. Dans quelques Asiles, les ma\u00eetres r\u00e9digent \u00e9galement un journal, dans lequel ils rendent compte des le\u00e7ons donn\u00e9es aux enfants, de la mani\u00e8re dont elles sont re\u00e7ues, et des pro\u00adgr\u00e8s moraux et intellectuels qu\u2019ils ont pu remarquer en leurs jeunes \u00e9l\u00e8ves. Il serait d\u00e9sirable que chaque ma\u00eetre ou chaque ma\u00eetressed\u2019Asile f\u00fbt capable d\u2019entreprendre un tel travail; mais il est difficile qu\u2019il en soit toujours ainsi. On peut trou\u00adver des ma\u00eetres excellents sous tous les autres rapports, et auxquels cette facilit\u00e9 de r\u00e9daction manquerait compl\u00e8te\u00adment; on peut donc la souhaiter, mais non pas l\u2019exiger. Il n\u2019en est pas de m\u00eame du registre d\u2019observations tenu par les dames; il peut et doit \u00eatre scrupuleusement continu\u00e9 dans chaque \u00e9tablissement. Il ne s\u2019y trouvera pas de lacune si les dames d\u00e9l\u00e9gu\u00e9es s\u2019entendent pour que chaque jour l\u2019Asile soit visit\u00e9 et surveill\u00e9, et rien ne sera plus facile en r\u00e9unissantsix personnes dispos\u00e9es \u00e0 faire chacune une visite par semaine, ou douze, si elles pr\u00e9f\u00e8rent n\u2019\u00eatre en fonctions que tous les quinze jours, et en adoptant l\u2019usage des suppl\u00e9antes pour les personnes forc\u00e9es de s\u2019absenter ou de suspendre leurs visites. De cette mani\u00e8re, chaque \u00e9tablissement serait v\u00e9ritablement un centre d\u2019int\u00e9r\u00eat, d\u2019efforts et de pr\u00e9occupation charitable.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:15px\"><em>De l&rsquo;inspection exerc\u00e9epar les clames.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">Le registre d\u2019observations reste entre les mains du ma\u00eetre ou de la ma\u00eetresse, qui peut en prendre connaissance et pro\u00adfiter parfois des r\u00e9flexions qui s\u2019y trouveront consign\u00e9es. [265] Mais lorsque les dames voudront que leurs observations ne soient point soumises \u00e0 cette investigation, il leur sera facile de prendre des notes qu\u2019elles pourront se communiquer dans les s\u00e9ances o\u00f9 elles se r\u00e9unissent.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">La surveillance des dames devra porter sur la bonne tenue de l\u2019\u00e9tablissement, sur la propret\u00e9 qu\u2019il est essentiel d\u2019y maintenir, surtout sur les rapports du ma\u00eetre avec les \u00e9l\u00e8ves et sur la nature des le\u00e7ons qu\u2019il leur donne; sur l\u2019\u00e9tat sani\u00adtaire des enfants; sur leurs habitudes ext\u00e9rieures, leurs dis\u00adpositions morales et le d\u00e9veloppement de leurs facult\u00e9s intel\u00adlectuelles; sur la mani\u00e8re dont ils \u00e9coutent les le\u00e7ons et sur leurs amusements pendant les heures de r\u00e9cr\u00e9ation. Il peut \u00eatre bon, en cons\u00e9quence, de visiter l\u2019Asile \u00e0 des heures du jour diff\u00e9rentes et qui ne puissent \u00eatre pr\u00e9vues. Les dames inspectrices et d\u00e9l\u00e9gu\u00e9es ont encore \u00e0 remplir des devoirs importants, qui se rattachent en quelque sorte aux fonctions de dames de charit\u00e9; ce sont les rapports \u00e0 entretenir avec les parents des enfants. Il serait \u00e0 d\u00e9sirer que tous fussent connus et visit\u00e9s, sinon fr\u00e9quemment, du moins dans les oc\u00adcasions qui peuvent rendre ces relations utiles. Nous croyons devoir r\u00e9p\u00e9ter ici ce que nous avons dit plus haut, craignant que peut-\u00eatre cette \u00e9nonciation des devoirs impos\u00e9s aux dames puisse les faire para\u00eetre trop \u00e9tendus et p\u00e9nibles \u00e0 remplir. C\u2019est que tout ce qu\u2019on fait avec suite et pers\u00e9v\u00e9\u00adrance acquiert un degr\u00e9 toujours plus vif d\u2019int\u00e9r\u00eat, et qu\u2019en recommandant l\u2019exactitude dans l\u2019accomplissement des de\u00advoirs que nous venons d\u2019indiquer, nous savons que, perdant toute aridit\u00e9, ils offriront chaque jour plus de charme.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><em>Inspection generale de l\u2019\u00e9tablissement.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">L\u2019aspect d\u2019une Salle d\u2019Asile varie \u00e0 chaque heure du jour, et pr\u00e9sente des caract\u00e8res diff\u00e9rents \u00e0 l\u2019\u0153il de l\u2019observateur. Nous ne pouvons les d\u00e9finir qu\u2019en pr\u00e9sentant le tableau de ce qu\u2019ils doivent \u00eatre. Au moment o\u00f9 l\u2019Asile est ouvert le ma\u00adtin, les salles ont \u00e9t\u00e9 nettoy\u00e9es soigneusement par la femme de [266] service, a\u00e9r\u00e9es, lav\u00e9es durant les grandes chaleurs et suffisamment \u00e9chauff\u00e9es pendant l\u2019hiver; l\u2019eau des fontaines a \u00e9t\u00e9 renouvel\u00e9e, tout enfin doit \u00eatre dans le meilleur ordre possi\u00adble. La surveillance des dames doit s\u2019exercer sur tous ces d\u00e9\u00adtails; elles n\u2019oublieront point de donner \u00e0 tout un coup d\u2019\u0153il rapide ; elles v\u00e9rifieront si les paniers qu\u2019apportent les enfants sont bien rang\u00e9s, et la moindre n\u00e9gligence sera signal\u00e9e par elles. Le ma\u00eetre ou la ma\u00eetresse est \u00e0 son poste, libre de tout autre soin, pr\u00eat \u00e0 recevoir les enfants, \u00e0 examiner leur \u00e9tat de sant\u00e9, de propret\u00e9; \u00e0 parler aux parents qui les am\u00e8nent, et \u00e0 leur faire les observations ou les recommandations aux\u00ad quelles les circonstances peuvent donner lieu. Les enfants ar\u00adrivent; il est \u00e0 d\u00e9sirer que les plus grands s\u2019\u00e9tablissent sur ies bancs et soient occup\u00e9s \u00e0 un travail manuel. (1) Durant ce temps, ils apprennent par c\u0153ur et r\u00e9citent de courts frag\u00adments de l&rsquo;\u00c9vangile et quelques versets de cantiques, ou bien ils chantent. Il est important de ne pas laisser commencer la journ\u00e9e par des jeux bruyants, par des querelles, et par un mouvement qui produit l\u2019agitation pour tout le reste du jour. L\u2019heure de l\u2019\u00e9tude a sonn\u00e9; peut-\u00eatre tous les enfants ne sont-ils pas encore r\u00e9unis; il est indispensable de faire \u00e0 ce sujet des repr\u00e9sentations aux parents, et il faut insister sur l\u2019observation de la r\u00e8gle, \u00e0 moins que les motifs all\u00e9gu\u00e9s ne soient vraiment valables; de temps \u00e0 autre, la visite \u00e0 cette heure d\u2019une dame serait tr\u00e8s utile. Pendant le temps consacr\u00e9 aux le\u00e7ons, les enfants seront maintenus en bon ordre; ce\u00ad pendant on ne peut commander \u00e0 leur attention , et il faut seulement t\u00e2cher de r\u00e9ussir \u00e0 la captiver. Il serait inhumain, et peut-\u00eatre imprudent, d\u2019exiger d\u2019eux une immobilit\u00e9 com\u00adpl\u00e8te ; mais que toujours les querelles soient r\u00e9prim\u00e9es, que tout acte, tout mouvement violent ou ind\u00e9cent soit surveill\u00e9 et imm\u00e9diatement arr\u00eat\u00e9. On ne saurait trop s\u2019empresser alors de d\u00e9fendre l\u2019enfant contre lui-m\u00eame ; que le ma\u00eetre le prenne doucement par la main, et, lui faisant quitter sa place sans [267] rien dire, qu\u2019il le fasse asseoir tout pr\u00e8s de lui, afin qu\u2019il ne puisse se soustraire \u00e0 son regard ; puis, qu\u2019il s\u2019efforce d\u2019attirer et de fixer son attention sur la le\u00e7on donn\u00e9e \u00e0 ce moment. Si la faute est grave, la r\u00e9primande m\u00e9rit\u00e9e ne doit \u00eatre faite que lorsque l\u2019heure d\u2019\u00e9tude sera termin\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\"><em>(1) A Strasbourg, \u00e0 Pise, il en est ainsi<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">Midi sonne, le travail est fini; l\u2019instant du repas est im\u00adportant \u00e0 surveiller (1), car il faut profiter de chaque circon\u00adstance qui permet d\u2019observer les dispositions et le caract\u00e8re des enfants. Encore \u00e0 ce moment, que nulle contrainte trop p\u00e9nible ne leur soit impos\u00e9e, mais que les mauvais mouve\u00ad ments ne puissent passer inaper\u00e7us et que toujours ils soient, pour l\u2019enfant qui les \u00e9prouve, l\u2019occasion de recevoir instruc\u00adtion ou r\u00e9primande maternelle et sage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left has-small-font-size\"><em>(1) Dans la plupart des Salles d\u2019Asile, le repas se fait dans le pr\u00e9au ou le jardin. Cet usage a l\u2019avantage de maintenir plus de propret\u00e9 dans la salle, de laisser les enfants plus longtemps en plein air, et surtout d\u00e9faire consid\u00e9rer fa salle comme un endroit o\u00f9 l&rsquo;on ne joue pas et se tient plus tranquille.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">On devra observer aussi de quelle mani\u00e8re les ma\u00eetres et la femme de service s\u2019acquittent de cette partie de leur t\u00e2che.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">Le repas est achev\u00e9; les mains, les figures doivent \u00eatre la\u00ad v\u00e9es; les enfants se rendront avec ordre, en marchant et chantant, soit dans le jardin, soit dans le pr\u00e9au couvert, sui\u00advant le temps et la saison. L\u00e0 toute libert\u00e9 d\u2019action leur est rendue. Qu\u2019ils jouent, sautent, courent et s\u2019amusent ; que leur gaiet\u00e9 puisse \u00e9clater par des rires ou des cris de joie ; ne r\u00e9primez pas l\u2019expression de ce sentiment et de ce besoin de bonheur qui a \u00e9t\u00e9 implant\u00e9 dans le c\u0153ur par une main divine, et qui ne sera que trop t\u00f4t fl\u00e9tri, comprim\u00e9 par le d\u00e9velop\u00adpement des passions, les impressions de souffrance et les circonstances ext\u00e9rieures. Laissez l\u2019enfant s\u2019enivrer de cette f\u00e9licit\u00e9 si douce et si pure d\u2019\u00eatre et de sentir le prix de la vie; mais alors observez-le soigneusement, et cherchez \u00e0 d\u00e9cou\u00advrir les dispositions de son \u00e2me. Le ma\u00eetre ou la ma\u00eetresse ne doit, sous aucun pr\u00e9texte, quitter ses \u00e9l\u00e8ves durant les [268] heures de r\u00e9cr\u00e9ation et de jeu (1). Il devrait, au contraire, s\u2019en occuper plus sp\u00e9cialement encore que pendant le temps des le\u00e7ons, et sa surveillance doit \u00eatre plus active ; car les enfants, tous en mouvement, sont moins faciles \u00e0 contenir. Que par\u00ad fois il joue avec eux, ou bien qu\u2019il s\u2019occupe de ceux qui ont m\u00e9rit\u00e9 des r\u00e9primandes et encouru des punitions.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left has-small-font-size\"><em>(1) Il est n\u00e9cessaire sans doute que les ma\u00eetres et ma\u00eetresses d\u2019Asile prennent alternativement quelques moments de repos; mais il vaut mieux que ce soit pendant le temps des exercices du gradin, et tandis que les enfants sont occup\u00e9s.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">Lorsque les enfants quittent l\u2019Asile vers le soir, il faut que ce soit sans tumulte, et les parents seront instruits \u00e0 se con\u00adformer aux r\u00e8glements adopt\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Les dames inspectrices reconna\u00eetront facilement sur quels points doivent porter leur inspection et leurs observations, si elles sont toujours p\u00e9n\u00e9tr\u00e9es de l\u2019id\u00e9e que ces pauvres en\u00adfants sont leurs enfants adoptifs, et si elles les consid\u00e8rent avec une sollicitude maternelle. Leur c\u0153ur alors leur sugg\u00e9\u00adrera tout ce que nous ne saurions dire, et leur donnera des conseils mille fois sup\u00e9rieurs et pr\u00e9f\u00e9rables aux n\u00f4tres.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:15px\"><em>Des rapports avec le ma\u00eetre.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le bien que peut faire l\u2019Asile d\u00e9pend de la capacit\u00e9 et des dispositions du ma\u00eetre ou de la ma\u00eetresse appel\u00e9 \u00e0 le diriger ; mais le devoir de les surveiller, de les instruire, de les encou\u00adrager appartient aux dames. C\u2019est donc sur elles que p\u00e8se la responsabilit\u00e9 tout enti\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous n\u2019osons point dire ce que devrait \u00eatre ce ma\u00eetre ou cette ma\u00eetresse, et de combien de vertus et de qualit\u00e9s ils devraient \u00eatre pourvus; car nous craignons, en tra\u00e7ant un tel portrait, de n\u2019inspirer que d\u00e9couragement et de n\u2019obtenir pour toute r\u00e9ponse que cette question : O\u00f9 trouver un pareil ph\u00e9nix? Contentons-nous donc d\u2019indiquer au moins ce qu\u2019ils ne doivent pas \u00eatre. La personne \u00e0 laquelle est confi\u00e9e la di\u00adrection d\u2019un Asile ne doit pas embrasser cette vocation si [269] importante par pure convenance et comme elle accepterait tout autre emploi lucratif. Malheureusement, il n\u2019en est que trop fr\u00e9quemment ainsi. Des personnes accabl\u00e9es par des revers de fortune, ayant perdu toute ressource, demandent souvent la direction des Salles d\u2019Asile, ou m\u00eame on pense \u00e0 la leur offrir lorsqu\u2019elles sont connues des fondateurs. Nous sommes loin de d\u00e9sapprouver ces combinaisons de la charit\u00e9 qui jouit si vivement lorsqu\u2019elle peut faire le bien de deux c\u00f4t\u00e9s \u00e0 la fois; mais cependant nous avons eu lieu de reconna\u00eetre que de telles consid\u00e9rations pouvaient en faire dispara\u00eetre de beaucoup plus importantes, et que les personnes qui, \u00e0 ce titre, obtenaient la pr\u00e9f\u00e9rence, n\u2019\u00e9taient pas toujours dou\u00e9es comme elles auraient d\u00fb l\u2019\u00eatre. Quel est le but qu\u2019il faut at\u00adteindre? Est-ce le bien de l\u2019\u00e9tablissement? est-ce la satisfac\u00adtion et le bien-\u00eatre de la personne charg\u00e9e de le diriger? On ne saurait h\u00e9siter sur la r\u00e9ponse; il est donc indispensable que le caract\u00e8re et les qualit\u00e9s de cette personne soient envi\u00adsag\u00e9s, abstraction faite de sa position. Loin donc d\u2019\u00eatre uni\u00adquement attir\u00e9e par l\u2019app\u00e2t d\u2019une situation avantageuse, il faut qu\u2019elle se sente port\u00e9e par l\u2019impulsion et le besoin de son c\u0153ur \u00e0 s\u2019occuper des enfants, qu\u2019elle les aime, qu\u2019elle ait pour eux un int\u00e9r\u00eat v\u00e9ritable et des entrailles de compassion ; il faut qu\u2019elle soit dispos\u00e9e \u00e0 recevoir les directions, les con\u00adseils des dames inspectrices, qu\u2019elle soit docile \u00e0 leurs r\u00e9pri\u00admandes, et modeste lorsqu\u2019elle re\u00e7oit les marques de leur approbation; que ses propres int\u00e9r\u00eats ne lui fassent point n\u00e9gliger ceux de ses \u00e9l\u00e8ves.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">Si l\u2019on a pu trouver une personne qui semble offrir toutes les garanties d\u00e9sirables, sans doute on doit en \u00e9prouver de la joie; mais que ce ne soit pas un motif pour concevoir une s\u00e9curit\u00e9 trop enti\u00e8re qui, entra\u00eenant peu \u00e0 peu vers le rel\u00e2\u00adchement dans la surveillance, serait peut-\u00eatre \u00e9galement fu\u00adneste au ma\u00eetre et aux enfants.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">11 y a certainement des exceptions, et l\u2019on pourrait citer tel ma\u00eetre qui fait mieux \u00e0 lui tout seul que ne le ferait un comit\u00e9 tout entier; mais un cas semblable est fort rare, et [270] encore est-il que le fardeau que porte le ma\u00eetre est trop pesant pour lui et qu\u2019on doit l\u2019aider \u00e0 le supporter. Ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 la longue, et apr\u00e8s bien des heures et des jours d\u2019observation, que l\u2019on peut \u00eatre assur\u00e9 qu\u2019un ma\u00eetre ne d\u00e9mentira en aucune circonstance la bonne opinion que l\u2019on aura con\u00e7ue de lui ; et lors m\u00eame que l\u2019on a acquis cette conviction, n\u2019admettra-t on pas qu\u2019il peut \u00eatre sujet \u00e0 se tromper, et que la pens\u00e9e de la surveillance des dames peut lui \u00eatre secourable dans des in\u00adstants de d\u00e9couragement, d\u2019impatience ou d\u2019exaltation d\u2019a\u00admour-propre? Mais, pour que cette surveillance puisse avoir de tels r\u00e9sultats, comment doit-on l\u2019exercer? De quelle na\u00adture seront les rapports des dames avec les ma\u00eetres? Ces rap\u00adports ne produiront aucun fruit s\u2019ils ne sont enti\u00e8rement sim\u00adples, s\u00e9rieux, confiants, et tout \u00e0 fait d\u00e9nu\u00e9s d\u2019un c\u00f4t\u00e9 de pr\u00e9\u00adtentions d\u2019amour-propre et de complaisance adulatrice, de l\u2019autre de fiert\u00e9, de roideur et de s\u00e9cheresse. Lorsqu\u2019on se rencontre sur le terrain de la charit\u00e9, l\u2019\u00e2me doit s\u2019adresser \u00e0 l\u2019\u00e2me, et le c\u0153ur parler au c\u0153ur; on ne peut plus observer dans toute leur rigueur ces convenances sociales qui placent si souvent une muraille d\u2019airain autour de nous; ce qui ne veut pas dire que les dames inspectrices et d\u00e9l\u00e9gu\u00e9es, et les ma\u00eetres et ma\u00eetresses des Salles d\u2019Asile, ne restent pas chacun \u00e0 leur place, mais que la confiance, la simplicit\u00e9 et la bienveillance doivent caract\u00e9riser les rapports qui s\u2019\u00e9tablissent entre eux. C\u2019est donc avec une v\u00e9ritable peine que les inspec\u00adtrices, qui ont compris la nature de ces rapports, voient quelquefois les directeurs d\u2019une Salle d\u2019Asile leur en faire en quelque sorte les honneurs, faire devant elles parade de leurs succ\u00e8s et solliciter, pour ainsi dire, des \u00e9loges. S\u2019ils \u00e9taient convaincus que les dames sont leurs compagnes d\u2019\u0153uvre et d\u00e9sirent sinc\u00e8rement les aider dans l\u2019accomplissement de leur t\u00e2che, au lieu de prendre un masque pour l\u2019instant de la vi\u00adsite et de ne montrer de l\u2019\u00e9tablissement que les beaux c\u00f4t\u00e9s, ils indiqueraient le mal comme le bien, suivraient le cours habituel de leurs occupations, leur parleraient d\u2019abondance de c\u0153ur, leur r\u00e9v\u00e9leraient leurs peines, leurs inqui\u00e9tudes, [271] leurs esp\u00e9rances au sujet de leurs jeunes \u00e9l\u00e8ves, leur avoueraient ing\u00e9nument les mouvements de lassitude ou de d\u00e9cou\u00ad ragement qu\u2019ils peuvent \u00e9prouver, et de telles habitudes de confiance et d\u2019expansion tourneraient au profit de l\u2019\u00e9tablis\u00adsement et \u00e0 l\u2019instruction des commissions de surveillance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">Mais comment, dira-t-on peut-\u00eatre, les dames r\u00e9ussiront-elles \u00e0 \u00e9tablir de tels rapports? D&rsquo;abord en ne permettant pas que leur pr\u00e9sence d\u00e9tourne jamais l\u2019attention du ma\u00eetre de ses \u00e9l\u00e8ves, et en \u00e9tablissant qu\u2019il agira, parlera, conti\u00adnuera ses discours et ses le\u00e7ons comme s\u2019il \u00e9tait absolument seul ; ensuite en partageant parfois ces soins avec lui, ou du moins en \u00e9coutant attentivement les enseignements qu\u2019il donne. Elles recueilleront ainsi les \u00e9l\u00e9ments des observations qu\u2019elles pourront plus tard communiquer au ma\u00eetre dans un entretien amical et confiant. Qu\u2019elles lui disent toute leur im\u00adpression, m\u00eame lorsqu\u2019elle est d\u00e9favorable, mais en s\u2019iden\u00adtifiant avec sa position et les difficult\u00e9s qu\u2019il rencontre ; qu\u2019elles lui fassent bien comprendre que son \u0153uvre est la leur, que ses peines sont leurs peines, que ses joies seront leurs joies.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Les dames inspectrices doivent \u00eatre convaincues d\u2019une im\u00adportante v\u00e9rit\u00e9, c\u2019est qu\u2019il faut commencer parfaire passer dans l\u2019\u00e2me, le c\u0153ur ou l\u2019intelligence des ma\u00eetres et des ma\u00ee\u00adtresses toutes les instructions qu\u2019elles d\u00e9sirent faire arriver jusqu\u2019aux enfants; car le maitre est leur organe, leur voix ; lui seul est constamment \u00e0 port\u00e9e de mettre \u00e0 ces instructions la suite n\u00e9cessaire, de profiter des instants convenables et des circonstances accidentelles pour les faire p\u00e9n\u00e9trer dans ces jeunes \u00e2mes. Si d\u2019ailleurs il n\u2019entre pas suffisamment dans les vues des dames, si leurs id\u00e9es ne sont pas devenues les sien\u00adnes, ne peut-il pas effacer en grande partie toutes les impres\u00adsions qu\u2019elles auront pu produire?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">Il est facile de comprendre que ce n\u2019est pas en cherchant \u00e0 imposer des id\u00e9es et en donnant des ordres que l\u2019on obtien\u00addra ce r\u00e9sultat. Il faut persuader, convaincre, et cette t\u00e2che est beaucoup moins \u00e9pineuse qu\u2019on ne le pourrait supposer; [272] il ne s\u2019agit que de l\u2019entreprendre avec des sentiments de patience, de pers\u00e9v\u00e9rance et d\u2019espoir. La pers\u00e9v\u00e9rance dans le bien, lorsqu\u2019elle repose sur la confiance en Dieu et qu\u2019elle est accompagn\u00e9e d\u2019un esprit de pri\u00e8re, est infailliblement suivie du succ\u00e8s. La patience peut surmonter toute disposi\u00adtion hostile; et l\u2019espoir, qui se communique, ranime le z\u00e8le et fait triompher des obstacles memes qui avaient d\u2019abord paru les plus invincibles.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Abordons successivement les points sur lesquels les dames inspectrices peuvent \u00eatre appel\u00e9es \u00e0 faire des remarques de d\u00e9sapprobation, et parlons premi\u00e8rement du mode d\u2019ensei\u00adgnement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">Supposons que le ma\u00eetre a de la bonne volont\u00e9 et du d\u00e9\u00advouement, qu\u2019il d\u00e9sire sinc\u00e8rement instruire et amuser ses jeunes \u00e9l\u00e8ves, mais qu\u2019il n\u2019a pas suffisamment r\u00e9fl\u00e9chi \u00e0 ce qu\u2019est la port\u00e9e de leur intelligence, ni \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de ne donner que des instructions gradu\u00e9es et tout \u00e0 fait \u00e9l\u00e9men\u00adtaires, et qu\u2019en cons\u00e9quence il manque de discernement dans le choix des sujets de le\u00e7ons, dans celui des mots dont il se sert; il ne peut \u00eatre compris, les enfants r\u00e9p\u00e8tent comme de<br>dociles perroquets les sons qu\u2019ils entendent, et \u00e0 de certains jours leur m\u00e9moire leur fait jouer un r\u00f4le qui n\u2019est bon qu\u2019\u00e0 exciter leur amour-propre. Des heures pr\u00e9cieuses s\u2019\u00e9coulent sans leur apporter d\u2019enseignements utiles; l\u2019\u00eatre intellectuel ne se d\u00e9veloppe pas, et l\u2019\u00eatre moral est par cela m\u00eame plus difficile \u00e0 diriger; tout cela est f\u00e2cheux et doit exiger de notre part une attention s\u00e9rieuse. L\u2019on n\u2019y rem\u00e9diera qu\u2019en \u00e9largissant la sph\u00e8re des id\u00e9es du ma\u00eetre, en lui faisant com\u00adprendre l\u2019enfance; pour cela, il faut que les dames l\u2019\u00e9tudient avec lui, et chacune de leurs observations, de leurs exp\u00e9\u00adriences l\u2019instruira et lui servira d\u2019exemple pour s\u2019appliquer aussi \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir et \u00e0 observer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">Maintenant fixons notre attention sur des inconv\u00e9nients plus graves encore que ceux que nous venons d\u2019indiquer. Nous supposons que la personne charg\u00e9e de la direction de l\u2019Asile poss\u00e8de les qualit\u00e9s requises pour cette t\u00e2che, que la [273] douceur, la patience s\u2019unissent en elle \u00e0 une mesure conve\u00ad nable de fermet\u00e9, de tenue et de s\u00e9rieux ; que l\u2019habitude d\u2019\u00e9lever la voix avec col\u00e8re, et de manifester de l\u2019impatience ou de l\u2019irritation par ses paroles ou ses gestes, lui est \u00e9tran\u00adg\u00e8re; mais n\u00e9anmoins la direction morale des enseignements est fausse, nuisible. Le ma\u00eetre encore ici ne comprend pas l\u2019enfant, les r\u00e9primandes sont peu judicieuses, intempestives, injustes peut-\u00eatre, ou bien une indulgence r\u00e9pr\u00e9hensible prend la place d\u2019une s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 n\u00e9cessaire. Les \u00e9loges donn\u00e9s \u00e0 l\u2019enfant s\u2019adressent \u00e0 son amour-propre, alimentent en lui l\u2019orgueil et lui donnent de soi-m\u00eame une id\u00e9e de sup\u00e9riorit\u00e9 sur ses camarades qui ne saurait \u00eatre trop soigneusement combattue.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">L\u2019enfant, d\u00e8s son plus jeune \u00e2ge, offre tous les traits mo\u00adraux de l\u2019homme fait. Le ma\u00eetre charg\u00e9 de le conduire ne le comprendra que lorsqu\u2019il aura pu apprendre \u00e0 lire dans son propre c\u0153ur. Si la nature de cette \u00e9tude et de cette analyse lui est \u00e9trang\u00e8re; s\u2019il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 initi\u00e9 \u00e0 cette science, sans laquelle nous marchons en aveugles dans la vie, les dames inspectrices sont appel\u00e9es \u00e0 la lui enseigner.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">Ce n\u2019est pas certainement par des enseignements intellec\u00adtuels ni par de simples pr\u00e9ceptes moraux que nos dispositions naturelles peuvent \u00eatre modifi\u00e9es, nos passions subjugu\u00e9es, nos d\u00e9sirs rendus plus purs. La plus l\u00e9g\u00e8re am\u00e9lioration mo\u00adrale peut-elle \u00eatre obtenue avant que le c\u0153ur soit touch\u00e9 et qu\u2019on ait senti vibrer les cordes de la conscience? Pour l\u2019en\u00adfant comme pour l\u2019homme fait, il ne peut y avoir pour toute vertu, pour tout perfectionnement qu\u2019un mobile vraiment puissant, \u00e9lev\u00e9, in\u00e9branlable; ce mobile c\u2019est l\u2019amour de Dieu; nous disons l\u2019amour, car la crainte resserre le c\u0153ur, le comprime, le dompte par violence, mais ne le change pas. L\u2019amour de Dieu peut seul produire en nous l\u2019accomplisse\u00ad ment de ses commandements et nous conduire \u00e0 aimer notre prochain comme nous-m\u00eames; le petit enfant qui aime Dieu a autant de force pour faire ces choses que peut en poss\u00e9der l\u2019homme avanc\u00e9 en Age. On ne saurait nier la puissance [274] qu\u2019exerce en nous un sentiment tendre et profond; chaque jour nous pouvons constater que l\u2019influence d\u2019\u00eatres mortels et imparfaits la fait na\u00eetre et la d\u00e9veloppe dans notre c\u0153ur. Et Dieu qui a cr\u00e9\u00e9 notre \u00e2me, l\u2019auteur, le ma\u00eetre de notre vie, celui qui nous aime mille fois plus que nous ne nous aimons nous-m\u00eames, serait-il le seul \u00e0 qui nous refuserions l\u2019influence que nous accordons aux cr\u00e9atures, objets de notre amour ? Souvenons-nous que Celui qui a dit : \u00ab Vous aimerez le Sei\u00adgneur votre Dieu de tout votre c\u0153ur, de toute votre \u00e2me et de toute votre pens\u00e9e, \u00bb a aussi ajout\u00e9 : \u00ab Celui qui aime son p\u00e8re ou sa m\u00e8re plus que moi n\u2019est pas digne de moi. \u00bb Nous devons donc diriger tous nos efforts vers le  d\u00e9veloppement de l\u2019amour de Dieu dans le c\u0153ur des petits enfants. L\u2019Evan\u00adgile, si nous y puisons les directions dont nous avons besoin, nous fera trouver le moyen d\u2019ouvrir ces c\u0153urs \u00e0 la  puissance de cet amour.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">L\u2019\u00c9vangile nous enseigne par quelles voies de gr\u00e2ce et de pardon Dieu daigne attirer \u00e0 lui nos \u00e2mes et les faire entrer dans une vie nouvelle ; mais il faut que nous le sentions, que nous le fassions sentir \u00e0 nos ma\u00eetres ; car ce n\u2019est qu\u2019alors que notre amour pour les jeunes \u00e2mes confi\u00e9es \u00e0 nos soins devien\u00addra plus tendre, notre int\u00e9r\u00eat pour elles plus vif, et que nous \u00e9prouverons v\u00e9ritablement le besoin de les amener \u00e0 la con\u00adnaissance et \u00e0 l\u2019amour du Seigneur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:15px\"><em>Des rapports avec les enfants.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">Les rapports des dames avec les petits enfants durant le temps de leur visites \u00e0 l\u2019Asile doivent aussi concourir \u00e0 l\u2019in\u00adstruction du ma\u00eetre ; souvent m\u00eame il leur sera facile de lui faire saisir, par leur mani\u00e8re d\u2019agir, ce qui lui semblerait peut-\u00eatre abstrait et incompr\u00e9hensible pr\u00e9sent\u00e9 en th\u00e9orie. Mais pour pouvoir enseigner par l\u2019exemple, il faut don\u00adner toute son attention de c\u0153ur et d\u2019esprit \u00e0 l\u2019\u00e9tude des pe\u00adtits \u00eatres que l\u2019on vient visiter, et apporter \u00e0 cette \u00e9tude un d\u00e9sir sinc\u00e8re de s\u2019instruire soi-m\u00eame; alors, n\u2019e\u00fbt-on qu\u2019un [275] quart d\u2019heure \u00e0 y consacrer, la visite ne sera pas inutile. Un charme puissant et irr\u00e9sistible entoure l\u2019enfance, et lui donne tant d\u2019attrait que nous pouvons dire avec certitude \u00e0 celles de nos compagnes qui peut-\u00eatre ressentiraient de la r\u00e9pugnance ou de l\u2019\u00e9loignement \u00e0 se livrer \u00e0 cette \u00e9tude, qu\u2019elles ne sauraient la poursuivre sans s\u2019y attacher toujours plus et sans \u00e9prouver l\u2019effet des sentiments aussi doux que salutaires que chaque exp\u00e9rience fera na\u00eetre dans leurs c\u0153urs. L\u2019enfant n\u00e9 de parents pauvres, abandonn\u00e9 \u00e0 lui-m\u00eame presque d\u00e8s les premiers instants de sa naissance, est comme la jeune fleur sauvage qui germe et cro\u00eet battue par les vents. L\u2019enfant \u00e9lev\u00e9 au sein de l\u2019opulence peut \u00eatre com\u00adpar\u00e9 \u00e0 ces plantes que mille soins entourent et qui re\u00e7oivent de la main qui les cultive une direction, des formes et jus\u00adqu\u2019\u00e0 des couleurs diff\u00e9rentes de celles qu\u2019elles eussent d\u00fb \u00e0 la nature. Le premier nous offrira une na\u00efvet\u00e9 d\u2019impressions qui chez le second aura peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 alt\u00e9r\u00e9e de bien bonne heure, quoique tous les deux au fond nous pr\u00e9sentent les m\u00eames traits de physionomie morale. Dans le cours de nos observations journali\u00e8res, appliquons-nous \u00e0 reconna\u00eetre les impressions de nos petits prot\u00e9g\u00e9s; \u00e9vitons de n\u2019\u00e9veiller en eux que crainte ou simple curiosit\u00e9; t\u00e2chons de leur inspirer une affection m\u00eal\u00e9e de respect; causons avec eux comme nous causerions avec nos propres enfants ; n\u2019excitons pas leur ba\u00adbil, mais provoquons par nos r\u00e9ponses un besoin d\u2019expan\u00adsion qui plus tard produira la confiance. Si c\u2019est \u00e0 un enfant peu docile que nous nous adressons, effor\u00e7ons-nous, sans le froisser, de r\u00e9veiller dans son \u00e2me le sentiment de la con\u00adscience, de la reconnaissance et du devoir. Parlons-lui de Dieu qui le voit, qui l\u2019entend, et qu\u2019il afflige par sa d\u00e9sob\u00e9is\u00adsance. (1) Si, au contraire, nous parlons \u00e0 un enfant facile \u00e0 [276] diriger et dont les dispositions soient douces et bonnes, disons-<br>lui qu\u2019il doit \u00eatre reconnaissant envers le bon Dieu qui le prot\u00e8ge et le pr\u00e9serve du malheur de l\u2019offenser, et faisons-lui comprendre qu\u2019il doit l\u2019en remercier ; puis instruisons-le \u00e0 plaindre ceux de ses petits compagnons dont la conduite est r\u00e9pr\u00e9hensible ; engageons-le \u00e0 redoubler d\u2019efforts pour ne leur donner jamais que de bons exemples, mais abstenons-nous avec soin de toute louange qui pourraitp\u00e9n\u00e9trer comme un poison subtile dans cette jeune \u00e2me et y d\u00e9velopper l\u2019or\u00adgueil et l\u2019\u00e9go\u00efsme. Nous avons dit plus haut que parfois il se\u00ad rait utile que nous partageassions avec le ma\u00eetre les fonctions qu\u2019il exerce, et voici comment cela se peut faire. Que les en\u00adfants soient habitu\u00e9s \u00e0 nous voir, qu\u2019ils s\u2019en r\u00e9jouissent m\u00eame, ce qui aura toujours lieu d\u00e8s qu\u2019ils sentiront que nous les visitons avec int\u00e9r\u00eat et affection; alors il nous sera facile de leur adresser aussi la parole, de les amuser et de les in\u00adstruire en leur racontant quelque histoire que nous aurons pu pr\u00e9parer d\u2019avance, ou de seconder le ma\u00eetre dans la sur\u00ad veillance, soit aux heures d\u2019\u00e9tude, soit pendant les r\u00e9cr\u00e9a\u00adtions. Faisons en sorte que chacune de nos visites puisse laisser quelque trace salutaire dans le c\u0153ur ou dans l\u2019intelli\u00adgence de nos petits enfants. Nous avons vu des personnes pleines de bont\u00e9 et d\u2019affection pour eux, arriver dans un Asile avec des corbeilles remplies de g\u00e2teaux qu\u2019elles leur distri\u00adbuaient et qui \u00e9taient re\u00e7us avec une grande joie. Sans doute l\u2019impulsion qui porte \u00e0 procurer un plaisir \u00e0 de pauvres petits \u00eatres qui ne vivent pour la plupart que de privations est tou\u00adchante et louable; mais nous croyons n\u00e9anmoins qu\u2019il n\u2019est pas d\u00e9sirable qu\u2019elle choisisse cette mani\u00e8re de se manifester; car pourquoi faire conna\u00eetre \u00e0 l\u2019enfant une jouissance qui ne se renouvellera pas de longtemps pour lui? et pourquoi lui pr\u00e9senter comme jouissance l\u2019app\u00e2t de savourer quelques friandises? Nos pauvres petits \u00e9l\u00e8ves devront, en avan\u00e7ant en \u00e2ge, gagner p\u00e9niblement par le travail leur pain de chaque jour, ce pain sera arros\u00e9 de bien des sueurs et de bien des larmes de souffrance; il est donc n\u00e9cessaire que l\u2019\u00e9ducation [277] de leurs premi\u00e8res ann\u00e9es les pr\u00e9pare \u00e0 cette dure con\u00addition ; qu\u2019elle contribue par tous les moyens possibles \u00e0 tremper fortement leur \u00e2me; qu\u2019elle s\u2019attache \u00e0 d\u00e9raciner tous les penchants vicieux qui seraient une source de mal\u00ad heur. Et la gourmandise n\u2019est-elle pas un de ceux qui entra\u00ee\u00adnent apr\u00e8s soi plus de mis\u00e8re et de d\u00e9gradation morale?<br>Habituons ces pauvres enfants \u00e0 \u00eatre sobres, ne leur faisons jamais f\u00eate d\u2019\u00eatre nourris de tel aliment plut\u00f4t que de tel au\u00adtre. Que celui qui n\u2019a dans son panier qu\u2019un morceau de pain sec; qui m\u00eame, arrivant les mains vides, doit le recevoir de la charit\u00e9 des bienfaiteurs de l\u2019Asile, apprenne \u00e0 sentirautant de gratitude en se rassasiant de ce pain que l\u2019enfant qui apporte des provisions abondantes pour ses repas de la journ\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left has-small-font-size\"><em>(1) Il est n\u00e9cessaire cependant d\u2019user de prudence et de m\u00e9nagement, et de ne pas prononcer le nom de Dieu \u00e0 propos des fautes les plus l\u00e9g\u00e8\u00adres et les plus habituelles ; car il ne faut pas qu\u2019un enfant puisse s\u2019accou\u00adtumer \u00e0 la pens\u00e9e d\u2019offenser Dieu, de sorte qu\u2019elle ne lui fisse plus d\u2019im\u00adpression.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">Nous avons dit, dans le chapitre qui pr\u00e9c\u00e8de, qu\u2019un seul mo\u00adbile vraiment puissant peut nous porter au bien, et que ce mo\u00adbile, c\u2019est l\u2019amour de Dieu. Que tous les enseignements tendent donc \u00e0 d\u00e9velopper \u00e0 nos enfants cette parole si touchante : \u00abDieu est amour \u00bb (Saint-Jean, iv, 8). Il n\u2019y a pas une circon\u00adstance de leur vie qui ne puisse nous fournir les moyens de pr\u00e9senter cette v\u00e9rit\u00e9 sublime. Les bienfaits de Dieu se renou\u00advellent \u00e0chaque heure, \u00e0 chaque seconde, et nous ne saurions les faire sentir trop fr\u00e9quemment. D\u00e8s que le reflet de cet amour aura p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 dans une jeune\u00e2me, l\u2019ob\u00e9issance deviendra pour elle douce et facile. Nous devons, disons-nous, profiter de toutes les occasions qui peuvent fournir les moyens de produire une telle impression ; mais il en est un infaillible et dont nous de\u00advons faire usage d\u00e8s que les premi\u00e8res lueurs de l&rsquo;intelligence commencent \u00e0 briller. Parlons souvent de ce Sauveur qui veut que nous recevions \u00ab comme un petit enfant le royaume de Dieu \u00bb (saint Marc, x, 15). Habituons les n\u00f4tres \u00e0 sentir pr\u00e8s d\u2019eux cet ami c\u00e9leste qui les appelle et veut les b\u00e9nir. Faisons-leur comprendre que, sans le secours de cet ami di\u00advin, ils ne sauraient r\u00e9sister aux penchants qui les portent ou les porteront in\u00e9vitablement au mal. Disons-leur comment il s\u2019est fait notre fr\u00e8re pour que nous devinssions ses rachet\u00e9s et [278] de nouvelles cr\u00e9atures. Et le sentiment chr\u00e9tien, p\u00e9n\u00e9trant dans un jeune c\u0153ur comme une ros\u00e9e du ciel, y fera germer toutes les dispositions paisibles et pures.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">Il y a dans l\u2019\u00c9vangile tant de r\u00e9cits attendrissants propres \u00e0 captiver, \u00e0 \u00e9mouvoir le c\u0153ur du plus jeune enfant, que si nous savons puiser \u00e0 cette source sacr\u00e9e, nous ne la verrons jamais se tarir ; et les r\u00e9flexions dont elle-deviendra le sujet seront en b\u00e9n\u00e9diction, non-seulement pour les pauvres petits \u00eatres, objets de notre sollicitude, mais aussi pour nos propres \u00e2mes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:15px\"><em>Des rapports avec les parents.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">Nous avons indiqu\u00e9 comme un des devoirs importants que les dames inspectrices et d\u00e9l\u00e9gu\u00e9es ont \u00e0 remplir les rapports \u00e0 entretenir avec les parents des enfants, et nous avons dit que ces rapports se rattachaient en quelque sorte aux fonc\u00adtions de dames de charit\u00e9. Il nous reste donc \u00e0 d\u00e9finir quelles doivent \u00eatre ces relations.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">L\u2019enfant admis dans l\u2019Asile ne tardera pas, nous osons l\u2019es\u00adp\u00e9rer, \u00e0 ressentir l\u2019heureuse influence de l\u2019air qu\u2019il y respire. Ses dispositions, ses habitudes, sa sant\u00e9 ne peuvent que s\u2019y am\u00e9liorer progressivement. Environn\u00e9 de support, de vigi\u00adlance, d\u2019affection, son c\u0153ur se dilatera, la vie lui sera douce et l\u00e9g\u00e8re \u00e0 porter , mais, rentr\u00e9 le soir au sein de sa famille, comment y sera-t-il trait\u00e9? Quelles privations, quelle con\u00adtrainte, quelles paroles ou de duret\u00e9 ou d\u2019excessive faiblesse l\u2019y attendent? Y trouvera-t-il de bons ou de mauvais exem\u00adples? Voil\u00e0 ce qu\u2019il est utile de savoir, afin de donner \u00e0 l\u2019en\u00adfant les le\u00e7ons ou plut\u00f4t les enseignements moraux dont il peut avoir besoin. Les p\u00e8res et m\u00e8res de famille de la classe ouvri\u00e8re et pauvre sont pour la plupart peu capables de bien \u00e9lever leurs enfants; souvent ils les g\u00e2tent ou les maltraitent. Il peut donc \u00eatre indispensable, dans de certains cas, d\u2019agir aupr\u00e8s d\u2019eux en m\u00eame temps qu\u2019on s\u2019efforce d\u2019instruire l\u2019en\u00adfant de ses devoirs et de r\u00e9primer le d\u00e9veloppement des dis\u00ad positions perverses qu\u2019on a pu observer en lui ; et si l\u2019on [279] r\u00e9fl\u00e9chit au bien qui peut en r\u00e9sulter pour les parents eux-m\u00eames qui, pour la premi\u00e8re fois de leur vie peut-\u00eatre, enten\u00addront le langage de la raison et del\u00e0 pi\u00e9t\u00e9, on trouvera des motifs bien puissants de ne point reculer devant une telle \u0153uvre. Une autre consid\u00e9ration encore rend n\u00e9cessaire de conna\u00eetre la position des familles dont les enfants sont re\u00e7us dans les Asiles ; c\u2019est qu\u2019il est d\u00e9sirable que, pendant l\u2019hiver, on accorde des secours en soupes, v\u00eatements et chaussures aux plus pauvres de ces enfants. Ces distributions doivent \u00eatre faites avec justice, et des parents dont la mis\u00e8re ne se\u00ad rait pas r\u00e9elle, ou qui ne feraient point, pour subvenir aux besoins de leurs enfants, tout ce qui serait en leur pouvoir,<br>ne devraient pas \u00eatre appel\u00e9s \u00e0 la participation de ces bien\u00ad faits.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">Quelquefois les directeurs ou les directrices d\u2019Asile sont charg\u00e9s de visiter les familles des enfants; nous ne pouvons certainement pas d\u00e9sapprouver cette mesure, si c\u2019est par une impulsion v\u00e9ritable de bonne volont\u00e9 que les ma\u00eetres rem\u00adplissent \u00e0 cet \u00e9gard les d\u00e9sirs des dames; mais nous observe\u00adrons qu\u2019on ne doit pas les d\u00e9tourner de leurs devoirs d\u2019int\u00e9\u00adrieur durant la semaine, et que le dimanche est le seul jour qu\u2019ils aient de libre et qu\u2019ils puissent consacrer au repos; s\u2019ils visitent alors quelques familles, rien de mieux, mais il restera encore beaucoup \u00e0 faire apr\u00e8s eux. Si, par exemple, un enfant tombe malade, la visite d\u2019une des dames du comit\u00e9 ne sera-t-elle pas utile et consolante pour ses parents? Ses conseils ne seront-ils pas accueillis avec reconnaissance ? Les paroles d\u2019affection qu\u2019elle adressera au petit \u00eatre souffrant<br>ne p\u00e9n\u00e9treront-elles pas jusqu\u2019au fond du c\u0153ur de la pauvre m\u00e8re inqui\u00e8te et d\u00e9sol\u00e9e? Et de ce jour ne s\u2019\u00e9tablira-t-il pas entre cette dame et cette famille des rapports qui donneront plus d\u2019autorit\u00e9 \u00e0 ses avis et plus de puissance \u00e0 ses recom\u00admandations?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">Il y a plus de douceur que nous ne saurions l\u2019exprimer dans cette nature de charit\u00e9 dont les t\u00e9moignages semblent retirer le pauvre envers qui elle s\u2019exerce de l\u2019\u00e9tat d\u2019abjection [280] et d\u2019humiliation o\u00f9 il est plac\u00e9; cl c\u2019est ce qui nous fait insister pour que les dames inspectrices et d\u00e9l\u00e9gu\u00e9es s\u2019appli\u00adquent \u00e0 la mettre en pratique.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">On a pu remarquer souvent que tel \u00eatre dont le c\u0153ur est ulc\u00e9r\u00e9 par les souffrances et la mis\u00e8re, dont l\u2019\u00e2me est remplie d\u2019un fiel amer qu\u2019il exhale en paroles d\u2019envie contre le riche, et de blasph\u00e8me contre la Providence, \u00e9tait d\u2019abord surpris, puis attendri et subjugu\u00e9 par la manifestation d\u2019un genre d\u2019int\u00e9r\u00eat si nouveau pour lui. Peut-\u00eatre l\u2019aum\u00f4ne qu\u2019il avait re\u00e7ue n\u2019avait pu ni amollir son c\u0153ur, ni adoucir ses impres\u00adsions, parce qu\u2019il avait cru ne l\u2019obtenir que du d\u00e9dain et d\u2019une orgueilleuse piti\u00e9; mais ici il ne peut m\u00e9conna\u00eetre un sentiment de compassion v\u00e9ritable; on vient \u00e0 lui, on le cherche, on le plaint; il cesse d\u2019\u00eatre hostile et en m\u00e9fiance, et lorsqu\u2019ensuite on lui adresse de sages conseils, il est plus dispos\u00e9 \u00e0 les accueillir, car il voit et sent que c\u2019est une \u00e2me amie qui les lui pr\u00e9sente.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">Nous voudrions pouvoir retracer tout le bien que les dames inspectrices et d\u00e9l\u00e9gu\u00e9es peuvent \u00eatre appel\u00e9es \u00e0 faire au sein des familles de leurs enfants adoptifs; mais ce sujet est trop \u00e9tendu pour que nous puissions le traiter en entier; il nous para\u00eet suffisant de l\u2019avoir indiqu\u00e9, car les dames seront facilement instruites et dirig\u00e9es par leur propre impulsion, si la destin\u00e9e des petits enfants dont elles s\u2019occupent leur est vraiment ch\u00e8re, et si leurs pens\u00e9es et leur sollicitude les sui\u00advent dans l\u2019humble et triste r\u00e9duit o\u00f9 von t peut-\u00eatre s\u2019\u00e9teindre leurs innocentes joies et o\u00f9 se pr\u00e9sentent \u00e0 eux de si p\u00e9nibles contrastes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">S\u2019il est d\u2019un int\u00e9r\u00eat pressant et g\u00e9n\u00e9ral qu\u2019un grand nombre de Salles d\u2019Asile soit \u00e9tabli en France et dans toutes les autres contr\u00e9es, il n\u2019est pas moins \u00e0 d\u00e9sirer que l\u2019esprit de ces \u00e9ta\u00adblissements soit ce qu\u2019il doit \u00eatre, que leur direction soit con\u00adfi\u00e9e \u00e0 des mains prudentes, et qu\u2019enfin ces voies d\u2019instruction ouvertes aux petits enfants des classes pauvres les conduisent s\u00fbrement au bien et les d\u00e9tournent du mal. Si cette premi\u00e8re \u00e9ducation est essentiellement pure, morale et chr\u00e9tienne, [281] l\u2019impression re\u00e7ue d\u2019elle ne s\u2019effacera pas, et l\u2019instruction primaire des \u00e9coles, sans rien perdre de son importance, ne sera plus n\u00e9anmoins responsable du sort de tant de jeunes \u00eatres, pour lesquels elle est insuffisante ou elle arrive trop tard. Plus on r\u00e9fl\u00e9chira aux r\u00e9sultats que peut amener pour les g\u00e9n\u00e9rations naissantes l\u2019extension des Salles d\u2019Asile, et plus nous croyons que l\u2019on se trouvera entra\u00een\u00e9 \u00e0 travailler avec ardeur \u00e0 en accro\u00eetre le nombre. C\u2019est dans cette douce conviction que nous adressons de nouvelles instances aux personnes qui ressentiront cette impulsion g\u00e9n\u00e9reuse.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Nous les pressons de consacrer \u00e0 l\u2019\u0153uvre des Asiles une portion de leur temps, de leurs pens\u00e9es et de leurs efforts ; mais nous les supplions aussi de ne l\u2019entreprendre qu\u2019avec les dispositions qui sont indispensables et que nous avons t\u00e2ch\u00e9 d\u2019analyser et de faire saisir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:15px\">[282] <strong>CHAPITRE XVIII. DE LA TENUE INTERIEURE DES SALLES D\u2019ASILE.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:15px\"><em>V\u00e9rification des absents.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">L\u2019ordre et la r\u00e9gularit\u00e9 sont deux points de discipline dont on ne peut, sans de graves inconv\u00e9nients, s\u2019\u00e9carter dans les Salles d\u2019Asile. Les directeurs et les directrices de ces \u00e9ta\u00adblissements \u00ab doivent constater chaque jour les absences et les pr\u00e9sences, non en faisant subir un appel \u00e0 des enfants si jeunes, mais en lisant tous les noms inscrits sur le registre matricule, et se faisant aider dans leurs observations par la femme de service et quelques-uns des enfants plus \u00e2g\u00e9s. (R\u00e8glement general, art. 44.) En cas d\u2019absences r\u00e9it\u00e9r\u00e9es d\u2019un enfant sans motif connu d\u2019avance, le surveillant s\u2019informera des causes qui auront pu occasionner cette absence et en tiendra note pour en instruire la dame inspectrice. \u00bb (Id., art. 46.)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">L\u2019ex\u00e9cution de ces deux articles est d\u2019une indispensable n\u00e9cessit\u00e9. La sollicitude d\u2019un directeur d\u2019Asile ne peut \u00eatre vraiment excit\u00e9e que s\u2019il s\u2019occupe des enfants UN A UN, et non pas seulement en masse; on peut dire la m\u00eame chose \u00e0 l\u2019\u00e9gard des dames inspectrices et d\u00e9l\u00e9gu\u00e9es; et, de plus, il devient impossible pour elles de pouvoir secourir les enfants dans les moments les plus urgents, si leurs absences ne sont point constat\u00e9es. Mais on doit reconna\u00eetre que dans une Salle d\u2019Asile contenant cent, cent cinquante, deux cents, deux cent cinquante et m\u00eame trois cents enfants, rien n\u2019est plus difficile que de constater les pr\u00e9sences, m\u00eame en lisant le registre matricule; car cette formalit\u00e9, qui ne peut \u00eatre remplie [283] que lorsque les enfants sont r\u00e9unis sur le gradin, les en\u00adnuiera in\u00e9vitablement5 pendant ce temps, les exercices et les le\u00e7ons ne pourront se continuer; le d\u00e9sordre, qui toujours suit l\u2019immobilit\u00e9, ne tardera pas \u00e0 se mettre dans les rangs; ou bien les enfants seront sous le poids d\u2019une contrainte qu\u2019il faut \u00e0 tout prix \u00e9viter de leur imposer. De l\u00e0 il r\u00e9sulte que l\u2019on n\u2019accomplit pas exactement le devoir prescrit par le r\u00e8glement, du moins suivant le proc\u00e9d\u00e9 qu\u2019indique l\u2019art. 44.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">Un moyen beaucoup plus simple a \u00e9t\u00e9 employ\u00e9 dans quel\u00ad ques Asiles et a fait dispara\u00eetre toute difficult\u00e9. Voici quel il est.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">Le panier de chaque enfant porte un num\u00e9ro, qu\u2019on a soin d\u2019\u00e9crire sur le registre matricule \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de son num\u00e9ro d\u2019in\u00adscription; les tablettes dispos\u00e9es dans le pr\u00e9au pour recevoir les paniers portent \u00e9galement des num\u00e9ros correspondant \u00e0 ceux de ces paniers qui, chaque jour, sont d\u00e9pos\u00e9s exacte\u00adment \u00e0 la m\u00eame place.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">Ces num\u00e9ros sont encore report\u00e9s sur un tableau (1), o\u00f9 ils sont plac\u00e9s en colonne; et \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de chacun d\u2019eux se trouve fix\u00e9 un bulletin mobile, contenant le nom, l\u2019\u00e0ge de l\u2019enfant au\u00ad quel ce num\u00e9ro a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9, la profession et la demeure de ses parents. Ce tableau fait conna\u00eetre imm\u00e9diatement quels sont les enfants absents, et donne au directeur ou aux dames inspectrices toute facilit\u00e9 pour transcrire leurs noms. Comme il y a beaucoup de changements d\u2019enfants dans les Salles d\u2019Asile des grandes villes, on a trouv\u00e9 commode les bulletins mobiles pour les enregistrer en tableau [284] joindre le nom de l\u2019enfant que l\u2019on trouve sur la planchette \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de son num\u00e9ro.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\"><em>(1) Ce tableau a re\u00e7u le nom de planchette, parce qu\u2019il est en bois, pour plus de solidit\u00e9.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">On a obtenu aussi dans quelques Asiles un avantage r\u00e9el \u00e0 faire porter \u00e0 chaque enfant un petit m\u00e9daillon (suspendu \u00e0 son cou et cach\u00e9 sous ses v\u00eatements), sur lequel est grav\u00e9 le m\u00eame num\u00e9ro qui se trouve sur le panier.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">Quelques personnes ont \u00e9t\u00e9 choqu\u00e9es de cette id\u00e9e de nu\u00adm\u00e9roter les enfants; mais ont-elles r\u00e9fl\u00e9chi que la plupart sont si jeunes qu\u2019ils savent \u00e0 peine parler, et sont souvent incapables de dire leur nom ou d\u2019indiquer la demeure de leurs parents? Comment donc constater leur identit\u00e9 (surtout quand ils sont nouvellement re\u00e7us \u00e0 l\u2019Asile), soit pour leur distribuer la nourriture contenue dans les paniers, soit pour les distinguer entre eux?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">Nous avons vu des directeurs excellents \u00eatre dans cet em\u00adbarras \u00e0 l\u2019\u00e9gard de tous jeunes enfants plac\u00e9s depuis peu de temps sous leur surveillance. Les dames inspectrices et d\u00e9l\u00e9\u00adgu\u00e9es ont aussi grand besoin de pouvoir conna\u00eetre le nom des enfants sans avoir \u00e0 interpeller le ma\u00eetre ou la ma\u00eetresse, qu\u2019il faut le moins possible d\u00e9tourner de ses occupations et de ses devoirs du moment. Regarder le num\u00e9ro que porte l\u2019enfant dont il peut \u00eatre question, et aller ensuite v\u00e9rifier sur le tableau son nom et son adresse, est ce qu\u2019il y a de plus prompt et de plus facile \u00e0 ex\u00e9cuter. Parfois ce ne sera pas seulement \u00e0 l\u2019Asile, mais au dehors, que les dames devront chercher \u00e0 savoir les noms des enfants qu\u2019elles rencontreront dans les rues, errant seuls, ou ne se conduisant pas conve\u00adnablement; alors encore le plus court moyen est de voir le num\u00e9ro du m\u00e9daillon et d\u2019en prendre note.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">Quand un enfant cesse de venir \u00e0 l\u2019Asile, son num\u00e9ro est donn\u00e9 \u00e0 un des enfants qui lui succ\u00e8dent (1), par ce moyen, l\u2019on sait toujours exactement combien il y a d\u2019enfants qui fr\u00e9quentent l\u2019\u00e9tablissement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left has-small-font-size\"><em>(1) Le bulletin mobile de la planchette doit \u00eatre alors chang\u00e9.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">Il serait d\u00e9sirable que les dames inspectrices et d\u00e9l\u00e9gu\u00e9es [285] consid\u00e9rassent comme un des devoirs importants qu\u2019elles peuvent remplir celui de constater les absences lorsqu\u2019elles visitent l\u2019Asile \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 les paniers sont rang\u00e9s sur les tablettes; elles diminueraient ainsi les occupations du ma\u00eetre en les partageant avec lui.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">On doit r\u00e9p\u00e9ter ici ce qui a \u00e9t\u00e9 dit plusieurs fois d\u00e9j\u00e0, c\u2019est que les visites des dames \u00e0 domicile pour v\u00e9rifier les causes de l\u2019absence des enfants sont le seul moyen qui puisse faire na\u00eetre et entretenir en elles un int\u00e9r\u00eat v\u00e9ritable pour ces enfants, en les mettant \u00e0 m\u00eame de conna\u00eetre leurs besoins et les circonstances dans lesquelles ils se trouvent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:15px\"><em>De la division des enfants par sexe.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">La r\u00e9union dans les Salles d\u2019Asile d\u2019enfants des deux sexes est un point sur lequel les opinions sont partag\u00e9es. En Angle\u00adterre, en \u00c9cosse, en Allemagne on ne songe pas \u00e0 s\u00e9parer ces enfants; en Italie on n\u2019a pas jug\u00e9 convenable de les rece\u00advoir dans les m\u00eames \u00e9tablissements. En France, les s\u0153urs de quelques communaut\u00e9s ne consentent \u00e0 diriger des Salles d\u2019Asile que lorsqu\u2019il y a des classes et des pr\u00e9aux diff\u00e9rents pour les petits gar\u00e7ons et pour les petites filles. Diverses congr\u00e9gations cependant agissent selon la n\u00e9cessit\u00e9, et n\u2019exi\u00adgent point cette s\u00e9paration quand la disposition des localit\u00e9s, ou le peu de fonds affect\u00e9s au soutien des Asiles, rend impos\u00adsible de l\u2019effectuer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">A Paris, la Salle d\u2019Asile de la Halle-aux-Draps contenant plus de quatre cents enfants, il a fallu les diviser en deux classes, afin de rendre la surveillance plus facile, et l\u2019on a s\u00e9par\u00e9 les filles des gar\u00e7ons.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">Nous croyons devoir pr\u00e9senter ici les consid\u00e9rations sur lesquelles on s\u2019appuie pour r\u00e9unir ou s\u00e9parer les enfants; mais nous ne pr\u00e9tendons pas r\u00e9soudre cette question sur laquelle le temps seul peut donner des lumi\u00e8res suffisantes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">Les personnes qui adoptent le syst\u00e8me de la r\u00e9union pensent [286] que l\u2019\u00e2ge des enfants doit inspirer assez de s\u00e9curit\u00e9 (sans toutefois n\u00e9gliger une active surveillance) pour qu\u2019ils puis\u00ad sent partager les m\u00eames \u00e9tudes et les m\u00eames jeux. Dans un Asile bien dirig\u00e9, la s\u00e9paration existe toujours; mais elle est le r\u00e9sultat d\u2019une loi morale \u00e0 laquelle les enfants sont tenus d\u2019ob\u00e9ir. C\u2019est travailler \u00e0 leur destin\u00e9e future que de leur imprimer le respect de cette loi, en faisant na\u00eetre en eux des sentiments de r\u00e9serve et de d\u00e9licatesse envers leurs petites compagnes, qu\u2019ils doivent \u00eatre instruits \u00e0 prot\u00e9ger et \u00e0 res\u00adpecter. Quelle est et quelle sera la position de tous ces en\u00adfants dans leurs familles et dans le monde? Seront-ils isol\u00e9s les uns des autres? Ne se trouveront-ils rapproch\u00e9s que sous une direction \u00e9clair\u00e9e et vigilante? Non; dans le domicile paternel ils sont, au contraire, tellement r\u00e9unis que trop souvent le fr\u00e8re et la s\u0153ur dorment dans le m\u00eame berceau, et les enfants d\u2019une m\u00eame maison, ceux d\u2019un m\u00eame quartier, vivent p\u00eale-m\u00eale sur les escaliers ou sur le pav\u00e9 des rues; alors personne ne les surveille, personne ne peut r\u00e9primer leurs inclinations vicieuses, personne ne peut les pr\u00e9server du mal. L\u2019enseignement mutuel du vice, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019exem\u00adple, se pr\u00e9sente \u00e0 eux chaque jour, et \u00e0 cette funeste in\u00adfluence ils n\u2019ont aucune force \u00e0 opposer ; car ils n\u2019ont pu recevoir aucun enseignement qui ait \u00e9veill\u00e9 sur ce point leur conscience. Lorsque les enfants sont r\u00e9unis dans la m\u00eame Salle d\u2019Asile, mille occasions s\u2019offrent d\u2019elles-m\u00eames de leur inspirer la puret\u00e9 d\u2019esprit et de corps. C\u2019est le seul temps de leur vie peut-\u00eatre o\u00f9 de telles le\u00e7ons leur puissent \u00eatre donn\u00e9es, puisque dans les \u00e9coles il n\u2019y a plus de rapproche\u00ad ment possible. A mesure que ces enfants grandiront, les cir\u00adconstances dans lesquelles ils doivent vivre ne se modifieront que pour leur pr\u00e9senter de nouveaux dangers; il est donc n\u00e9cessaire que d\u00e8s la plus tendre enfance on s\u2019empresse de r\u00e9primer les dispositions perverses, et de d\u00e9velopper les instincts et les habitudes honn\u00eates et irr\u00e9prochables. Tels sont les motifs qui portent \u00e0 r\u00e9unir les enfants. Mais pour les s\u00e9parer on objecte que la surveillance n\u2019est jamais assez [287] compl\u00e8te pour que les filles ne se ressentent pas d\u2019une ma\u00adni\u00e8re f\u00e2cheuse de la soci\u00e9t\u00e9 des gar\u00e7ons; que pour les \u00e9lever et les instruire on doit s\u2019y prendre avec elles d\u2019une fa\u00e7on toute diff\u00e9rente; que les le\u00e7ons et les directions dont elle, ont besoin sont d\u2019une autre nature que celles que r\u00e9clament les petits gar\u00e7ons; qu\u2019en les enseignant tous et toutes \u00e0 la fois, l\u2019\u00e9ducation ne peut \u00eatre ni assez masculine, ni assez f\u00e9minine; et que la bonne tenue des Asiles, sous le rapport intellectuel et physique, peut en souffrir. On pense aussi qu\u2019en s\u00e9parant d\u00e8s le commencement les enfants on inspire aux filles plus de douceur et de modestie. On trouve enfin la surveillance moins difficile \u00e0 exercer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">L\u2019avenir \u00e9clairera ces diverses questions; elles sont assez importantes (puisqu\u2019elles touchent \u00e0 la moralit\u00e9 publique) pour fixer l\u2019attention des fondateurs des Salles d\u2019Asile, et surtout des dames inspectrices et d\u00e9l\u00e9gu\u00e9es qui, en suivant les enfants au sein de leurs familles, et en continuant \u00e0 prendre sur eux des renseignements apr\u00e8s leur entr\u00e9e dans les \u00e9coles, pourront savoir s\u2019ils grandissent dans de bons sentiments et s\u2019ils se distinguent par leur bonne conduite.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:15px\"><em>De la division des Enfants par \u00e2ge.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">La division des enfants par \u00e2ge, c\u2019est-\u00e0-dire en classes s\u00e9par\u00e9es pour les petits et les plus grands, n\u2019est point adopt\u00e9e en France; mais elle existe dans la plupart des autres con\u00adtr\u00e9es. On en a senti la n\u00e9cessit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard des enfants et \u00e0 l\u2019\u00e9gard des personnes qui les instruisent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">Il y a une plus grande diff\u00e9rence entre la compr\u00e9hension d\u2019un enfant de trois ans et celle d\u2019un enfant de cinq \u00e0 six ans qu\u2019il n\u2019y en a entre celles d\u2019un homme et d\u2019un enfant de douze ans. Quiconque a \u00e9tudi\u00e9 la premi\u00e8re enfance est convaincu de cette v\u00e9rit\u00e9. Lorsque l\u2019on parle \u00e0 cent cinquante ou deux cents enfants r\u00e9unis sur les gradins d\u2019une Salle d\u2019Asile, les trois quarts au moins de ce nombre ne s\u2019int\u00e9ressent [288] nullement \u00e0 ce qui se dit ; car le directeur ou la directrice qui leur parle (tandis que l\u2019adjointe maintient la tranquillit\u00e9), se sert pour se rendre intelligible aux plus petits, d\u2019un langage qui ennuie in\u00e9vitablement les plus grands; ou bien si c\u2019est \u00e0 ceux-ci que renseignement s\u2019adresse, c\u2019est alors le tour des petits de s\u2019ennuyer et d\u2019\u00eatre corrig\u00e9s par la surveillante charg\u00e9e de r\u00e9tablir l\u2019ordre. Dans les deux cas, l\u2019enseignement est constamment troubl\u00e9 par les reproches faits \u00e0 la partie de l\u2019auditoire qui s\u2019ennuie et qui remue, et bien souvent fait plus mal encore. Les marches, les \u00e9volutions, le chant, les repas, les r\u00e9cr\u00e9ations peuvent avoir lieu en commun, quoi\u00ad que les r\u00e9cr\u00e9ations aussi se passent beaucoup mieux lorsque les petits enfants sont s\u00e9par\u00e9s des plus grands, qui tendent souvent \u00e0 abuser de leur force. Mais la conversation qui est le meilleur mode d\u2019instruction ne peut se faire de la m\u00eame mani\u00e8re, puisqu\u2019elle ne peut \u00eatre profitable que si les enfants \u00e9coutent et comprennent ce qui leur est dit, afin de pouvoir le retenir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">Il serait donc \u00e0 d\u00e9sirer qu\u2019\u00e0 l\u2019exemple de ce qui se prati\u00adque dans la plupart des Asiles d\u2019Angleterre, d\u2019Italie, de Suisse et d\u2019autres pays, on partage\u00e2t les enfants en trois sec\u00adtions, au moins pendant une heure par jour, ou m\u00eame pen\u00addant une heure le matin et une demi-heure l\u2019apr\u00e8s-midi. On laisserait jouer dans le jardin ou dans le pr\u00e9au les plus petits enfants, sous la surveillance de la femme de service, qui doit \u00eatre choisie dans les rangs des meilleures m\u00e8res de famille dont les enfants fr\u00e9quentent l\u2019Asile. Les enfants de trois \u00e0 cinq ans, sous la direction d\u2019une des deux ma\u00eetresses, et ceux de cinq \u00e0 six ans sous la direction de l\u2019autre, formeraient deux classes plac\u00e9es, l\u2019une sur les gradins (et ce devrait \u00eatre la plus nombreuse), l\u2019autre \u00e0 l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 de la salle, en fai\u00adsant asseoir les enfants sur les bancs devant lesquels on en ajouterait de mobiles pour ce moment seulement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">Ces enfants recevraient alors un d\u00e9veloppement intellec\u00adtuel plus r\u00e9el, car il serait proportionn\u00e9 \u00e0 leurs facult\u00e9s. Le continuel renouvellement des enfants produit dans les Asiles [289] par les fluctuations ordinaires de la population des grandes villes rend ce partage en divisions s\u00e9par\u00e9es encore plus d\u00e9sirable ; car les nouveaux venus d\u00e9rangent toujours l\u2019ordre que l\u2019on ne parvient que difficilement \u00e0 \u00e9tablir parmi les plus anciens.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">Dans l\u2019\u00e9tat actuel des choses, les meilleurs directeurs et les meilleures directrices sont, avant tout, pr\u00e9occup\u00e9s de l\u2019id\u00e9e qu\u2019il faut particuli\u00e8rement, \u00e0 l\u2019estrade, <em>faire passer le temps aux enfants<\/em>. Sans doute il y a cela \u00e0 faire ; cependant, il y a bien autre chose aussi. Mais comme on ne peut pas donner l\u2019instruction intellectuelle v\u00e9ritable lorsque <em>tous <\/em>les enfants sont r\u00e9unis sur les gradins, cette impossibilit\u00e9 d\u00e9cou\u00adrage les surveillantes , et alors trop souvent elles ne parlent<br>qu\u2019avec n\u00e9gligence, monotonie, ou m\u00eame insouciance \u00e0 cette masse d\u2019enfants qui n\u2019\u00e9coute ni ne comprend; et, la plupart du temps, elles s\u2019inqui\u00e8tent peu si on les \u00e9coute, ou si on ne les \u00e9coute pas ; car lorsque la charge d\u00e9passe les forces, elle est toujours mal port\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">L\u2019instruction ne doit jamais s\u2019\u00e9lever au-dessus des limites de l\u2019intelligence et de la compr\u00e9hension des enfants ; il faut ne l\u2019augmenter que progressivement; on doit s\u2019efforcer de<br>faire comprendre \u00e0 ces petits tout ce qu\u2019on leur apprend et tout ce qu\u2019on peut leur dire. Ainsi les paroles des chants qu\u2019ils r\u00e9p\u00e8tent peuvent \u00eatre r\u00e9cit\u00e9es vers par vers, et fournir d\u2019in\u00e9puisables sujets de conversation, en m\u00eame temps que cet exercice forme la prononciation des enfants. Il en est de m\u00eame des pri\u00e8res, du petit cat\u00e9chisme et de toutes les autres le\u00e7ons.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">La division des classes peut aussi permettre de graduer l\u2019instruction de telle sorte que les enfants d\u00e9j\u00e0 un peu in\u00adstruits ne soient pas sans cesse ramen\u00e9s sur les premi\u00e8res notions qui les ennuient et les impatientent. Par exemple, le chant de l\u2019alphabet, celui de <em>B, A, B A<\/em> peut amuser la seconde division (de 3 \u00e0 5 ans); mais la troisi\u00e8me (de 5 \u00e0 6) n\u2019y peut plus prendre int\u00e9r\u00eat ni plaisir; il y a m\u00eame tel enfant de quatre ans, dont l\u2019intelligence a besoin d\u2019une instruction [290] plus vari\u00e9e. Que pour ceux-l\u00e0 donc l\u2019enseignement de la lecture se pr\u00e9sente sous une forme plus attrayante; des lettres mobiles de grande dimension, plac\u00e9es surune sorte de pupitre et expos\u00e9es aux regards des enfants, permettent \u00e0 la directrice de former d\u2019abord le syllabaire, puis ensuite des mots, que les enfants \u00e9pellent, et peuvent dicter eux-m\u00eames. Des chiffres mobiles aussi, et employ\u00e9s de la m\u00eame mani\u00e8re, varient les exercices de calcul. Les le\u00e7ons de choses se donnent avec bien plus de d\u00e9veloppement lorsqu\u2019on ne s\u2019adresse qu\u2019\u00e0 des enfants pouvant tous \u00e9galement com\u00adprendre les explications que l\u2019on peut leur faire. Les modifi\u00adcations propos\u00e9es ici dans les habitudes actuelles des Asiles, n\u2019y produiraient aucun bouleversement. Les enfants conti\u00adnueraient \u00e0 entrer en classe et \u00e0 monter au gradin tous en\u00ad semble, comme ils le font \u00e0 pr\u00e9sent; les exercices s\u2019ex\u00e9cute\u00adraient comme \u00e0 l\u2019ordinaire; seulement on abr\u00e9gerait celui de la lecture aux cercles et celui des ardoises qui n\u2019appren\u00adnent rien aux enfants et n\u2019offrent d\u2019autre avantage que de les occuper momentan\u00e9ment, en leur faisant ex\u00e9cuter quel\u00adques \u00e9volutions qui r\u00e9pondent \u00e0 leur besoin de mouvement. Aux tableaux de cette lecture aux cercles, on pourrait substi\u00adtuer des images repr\u00e9sentant des objets tr\u00e8s simples que les enfants reconna\u00eetraient et nommeraient ; ce serait alors pour eux un exercice d\u2019intelligence en m\u00eame temps qu&rsquo;un amusement r\u00e9el, tandis que maintenant cette lecture n\u2019est qu\u2019un v\u00e9ritable ennui.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">Nous avons d\u00e9j\u00e0 dit que la m\u00e9thode d\u2019enseignement des Salles d\u2019Asiie peut \u00eatre infiniment perfectionn\u00e9e : c\u2019est sur\u00ad tout sous le rapport de la clart\u00e9, de la simplicit\u00e9, de la pr\u00e9\u00adcision des le\u00e7ons \u00e0 donner aux enfants c\u2019est \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la marche progressive et sagement calcul\u00e9e des petites \u00e9tudes qui peuvent rendre l\u2019instruction vraiment profitable aux enfants. Pour y concourir, on doit \u00e9viter de remplir leur m\u00e9\u00admoire de mots ou de phrases vides de sens pour eux, ou de les ennuyer par des le\u00e7ons qui ne peuvent \u00eatre comprises que par un petit nombre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">Les daines inspectrices et d\u00e9l\u00e9gu\u00e9es sont presque toutes des m\u00e8res de famille ; qu\u2019elles se demandent comment elles instruiraient leurs propres enfants, elles sauront alors recon\u00adna\u00eetre les modifications qu\u2019il est d\u00e9sirable d\u2019accomplir, et elles pourront adresser aux comit\u00e9s charg\u00e9s de r\u00e9gler l\u2019in\u00adstruction des observations ou des propositions propres \u00e0 fournir des lumi\u00e8res nouvelles, et \u00e0 amener le perfectionne\u00ad ment qu\u2019il s\u2019agit d\u2019obtenir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:15px\"><em>De l\u2019am\u00e9lioration du chant.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">L\u2019on chante beaucoup dans les Asiles, mais comment chante-t-on? A peu pr\u00e8s partout aussi mal que possible. L\u2019in\u00adtonation est presque toujours donn\u00e9e sur un ton trop \u00e9lev\u00e9, puis les enfants crient de toute la force de leurs poumons, ce qui est aussi nuisible pour eux que d\u00e9sagr\u00e9able \u00e0 entendre. Ce n\u2019est pas ainsi qu\u2019on peut faire na\u00eetre ou d\u00e9velopper l\u2019in\u00adstinct musical, ni former l\u2019oreille et le go\u00fbt; ce n\u2019est m\u00eame pas ainsi que les enfants peuvent profiter ni s\u2019amuser des paroles qu\u2019ils chantent; car ilslesentendent\u00e0 peine au milieu du bruit assourdissant et souvent discord de leurs voix, et leur attention ne se porte pas suffisamment sur elles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">De m\u00eame qu\u2019une agitation excessive est \u00e0 redouter pour les enfants, un bruit excessif l\u2019est \u00e9galement. L\u2019\u00e9branlement de leurs nerfs en est la cons\u00e9quence, et l\u2019on affaiblit leurs organes par l\u2019usage abusif qu\u2019on en fait. Un enfant vivement excit\u00e9, de quelque mani\u00e8re que ce soit, est aussi beaucoup moins facile \u00e0 diriger, il y a des heures de r\u00e9cr\u00e9ation pendant lesquelles toutes les manifestations de gaiet\u00e9 et de joie sont permises; alors les enfants peuvent changer et crier aussi<br>haut que bon leur semble ; mais chacun ne fait que ce qu\u2019il se sent port\u00e9 \u00e0 faire; tandis que sous la direction du ma\u00eetre et accomplissant une t\u00e2che, il peut \u00eatre entra\u00een\u00e9 beaucoup plus loin qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9 il ne devrait aller.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">Les tr\u00e8sjeunes enfants sont sujets aux affections del\u00e0 gorge [292] et de la poitrine, et elles sont souvent mortelles pour eux; il y a donc parfois un vrai danger \u00e0 les faire chanter si haut et si fort. Les daines inspectrices doivent donner toute leur att\u00e9ntion \u00e0 la mani\u00e8re dont cet exercice peut se pratiquer, en commen\u00e7ant par faire comprendre aux directeurs ou aux directrices quels sont les inconv\u00e9nients qu\u2019il s\u2019agit d\u2019\u00e9viter, et en s\u2019appliquant \u00e0 les faire chanter eux-m\u00eames avec justesse et le mieux possible. Elles doivent exiger que tous les chants s\u2019ex\u00e9cutent mezzavoce, et ne d\u00e9passent jamais les notes au-des\u00adsus desquelles la voix des enfants ne pourrait s\u2019\u00e9lever qu\u2019avec effort. Il n\u2019est pas question d\u2019apprendre la musique dans les Salles d\u2019Asile, mais on peut y enseigner aux enfants \u00e0 con\u00adna\u00eetre la mesure, et \u00e0 la marquer en chantant. C\u2019est un moyen<br>de captiver leur attention, de les amuser, de les faire marcher avec plus d\u2019ensemble. Dans les Asiles o\u00f9 l\u2019on a pu introduire cet exercice, il y produit les meilleurs effets. En Italie, le chant est admirablement harmonieux dans les \u00e9coles et dans les Salles d\u2019Asile; on tenterait vainement d\u2019arriver en France \u00e0 ce degr\u00e9 de perfection; mais on doit t\u00e2cher de faire mieux qu\u2019on ne fait maintenant, et il est permis d\u2019esp\u00e9rer qu\u2019il en sera ainsi, quand on a entendu chanter les petits enfants de quelques Asiles o\u00f9 l\u2019on a cherch\u00e9 d\u00e9j\u00e0 \u00e0 rendre le chant moins d\u00e9fectueux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">Nous ne saurions quitter ce sujet sans indiquer combien il est indispensable de faire discerner aux enfants les divers chants qu\u2019on leur enseigne. Une hymne, un cantique ne doivent pas \u00eatre chant\u00e9s comme une simple chanson; c\u2019est pourtant ce qui arrive tous les jours. On passe sans pr\u00e9paration et sans transition du chant le plus saint et le plus solennel au chant le plus badin et le plus familier. C\u2019est enlever au premier non-seulement son caract\u00e8re, mais aussi l\u2019influence qu\u2019il peut exercer ; c\u2019est en quelque sorte une profanation. Si les enfants chantent un cantique en marchant, il faut qu\u2019alors la marche se ralentisse, et qu\u2019ils soient engag\u00e9s \u00e0 faire plus d\u2019attention aux paroles qu\u2019ils prononcent; par ce moyen l\u2019air seul d\u2019un chant pieux agira sur les enfants; mais qu\u2019en peut-on attendre [293] quand il est confondu avec <em>Cadet Roussel<\/em> et <em>Mon ami Pierrot<\/em>? On ne r\u00e9fl\u00e9chit pas assez s\u00e9rieusement ni \u00e0 ce qu\u2019on fait faire aux enfants dans les Salles d\u2019Asile, ni \u00e0 la mani\u00e8re dont ils le font. Tout y a un but intellectuel, moral ou religieux, et rien ne doit s\u2019y faire inutilement. Plus les dames inspectrices se p\u00e9n\u00e9treront de ces deux id\u00e9es, et plus elles deviendront ca\u00ad pables de bien a diriger les surveillants et les surveillantes dans l\u2019ex\u00e9cution du plan d\u2019\u00e9ducation trac\u00e9 par les r\u00e8glements et les programmes.\u00bb (Art. 20 du <em>R\u00e8glement general<\/em>.)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:15px\"><em>Du travail manuel.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">Le travail est la loi impos\u00e9e \u00e0 l\u2019homme aux premiers jours du monde : \u00ab vous mangerez votre pain \u00e0 la sueur de votre visage. \u00bb (Gen\u00e8se, III, 19.) L\u2019in\u00e9galit\u00e9 des conditions ne dis\u00ad pense personne de l\u2019accomplissement de cette loi, qui s\u2019ap\u00adplique au travail de l\u2019esprit comme au travail du corps. Dans les classes laborieuses de la soci\u00e9t\u00e9, celui-ci commence aussi\u00ad t\u00f4t que le d\u00e9veloppement des forces peut le permettre, et trop souvent m\u00eame plus t\u00f4t. C\u2019est une \u00e9poque douloureuse \u00e0 traverser pour les enfants pauvres des deux sexes, que celle o\u00f9 ils sont encha\u00een\u00e9s \u00e0 un travail plus ou moins difficile, plus ou moins p\u00e9nible: o\u00f9, plac\u00e9s sous une surveillance presque toujours sans piti\u00e9 et sans sympathie, la contrainte refoule leurs sentiments et leur gaiet\u00e9, et o\u00f9 l\u2019on exige d\u2019eux une application constante et des efforts d\u2019attention dont des hommes ne seraient pas eux-m\u00eames susceptibles. Pr\u00e9parer l\u2019en\u00adfance \u00e0 supporter cette dure condition est donc une chose sage, utile et n\u00e9cessaire. Lui rendre le travail attrayant, le lui faire aimer, est concourir \u00e0 son bonheur futur. Ces avan\u00adtages se rapportent \u00e0 l\u2019avenir, mais il y en a aussi dans le pr\u00e9sent; car la bonne tenue des Salles d\u2019Asile peut \u00eatre ren\u00addue plus facile et plus r\u00e9guli\u00e8re par l\u2019introduction du travail manuel dans ces \u00e9tablissements. Tout ce qui calme les enfants et les rend, \u00e0 de certains moments, tranquilles et silencieux, sans contrainte et sans ennui, ne saurait \u00eatre assez vivement [294] recommand\u00e9. 11 y a des heures o\u00f9 les directeurs et les direc\u00adtrices d\u2019Asile ne savent que faire des enfants, et o\u00f9 l\u2019oisivet\u00e9 de ces m\u00eames enfants met en souffrance des devoirs pressants et d\u2019une grande importance : ainsi, par exemple, le matin avant l\u2019heure o\u00f9 commence la classe. Il y a des enfants qui arrivent tard, mais il y en a d\u2019autres qui viennent de bonne heure; que font ceux-l\u00e0? Ou ils jouent d\u2019une mani\u00e8re bruyante, renferm\u00e9s dans le pr\u00e9au, ou ils y sont condamn\u00e9s \u00e0 une im\u00admobilit\u00e9 insupportable pour de si jeunes cr\u00e9atures, et qui le serait m\u00eame \u00e0 tout \u00e2ge. Cela ne doit pas \u00eatre ainsi. Dans les Asiles bien dirig\u00e9s sous le rapport moral, on occupe les en\u00adfants aussit\u00f4t. qu\u2019ils arrivent le matin. On ne permet pas qu\u2019ils s\u2019agitent ni se dissipent; mais on n\u2019exerce point envers eux une s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 incompatible avec la douceur et la bont\u00e9. La r\u00e8gle exige qu\u2019\u00e0 cette heure le ma\u00eetre ou la ma\u00eetresse soit libre, non-seulement de recevoir les enfants \u00e0 mesure qu\u2019ils arrivent, mais de les examiner attentivement et puis de les interroger, parler \u00e0 leurs parents, et s\u2019occuper enfin avec la plus compl\u00e8te attention de chacun de ces petits \u00e0 mesure qu\u2019ils paraissent. Pendant ce temps, la directrice adjointe (ou dans les Asiles peu nombreux la femme de service) surveille les enfants d\u00e9j\u00e0 arriv\u00e9s. Le travail manuel est alors pour eux la meilleure occupation et le meilleur amusement. Il ne doit pas \u00eatre <em>impos\u00e9 <\/em>aux enfants nouvellement admis dans l\u2019Asile (si ces enfants ont atteint l\u2019\u00e2ge de trois ou quatre ans), mais <em>accord\u00e9<\/em>, et cela se fera naturellement par le d\u00e9sir que ces en\u00adfants \u00e9prouveront plus ou moins promptement de faire ce qu\u2019ils verront que font les autres. Quant aux tout petits en\u00adfants au-dessous de quatre ans, ils ne doivent que jouer, et il est n\u00e9cessaire d\u2019avoir pour eux des jouets en quantit\u00e9 suffi\u00ad sante, et d\u2019une nature qui permette des amusements paisibles, sans bruit et sans agitation. Les poup\u00e9es pour les petites filles, les cahiers d\u2019images (d\u2019un tr\u00e8s petit format et cartonn\u00e9s fortement) pour les gar\u00e7ons, surtout les morceaux de bois taill\u00e9s en forme de briques, de diverses grandeurs, n\u2019exc\u00e9\u00addant pas celle de deux pouces, peuvent offrir des ressources [295] in\u00e9puisables de plaisir. Les enfants ne se lassent point de faire tous les jours la m\u00eame chose et de jouer tous les jours avec les m\u00eames objets; cette r\u00e9gularit\u00e9, au contraire, leur pla\u00eet et les enchante tellement que les joujoux les plus vieux sont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s \u00e0 tous les autres. Les petits enfants sont donc faciles \u00e0 amuser et \u00e0 faire tenir tranquilles; mais les plus grands ont un besoin de mouvement auquel on ne peut don\u00adner un libre cours \u00e0 cet instant de la journ\u00e9e, sans les pr\u00e9\u00addisposer d\u2019une mani\u00e8re f\u00e2cheuse pour les heures qui suivront. Un travail des doigts offre un aliment \u00e0 cette activit\u00e9; on doit le choisir de telle sorte que les enfants puissent profiter de ses r\u00e9sultats. Dans ce but, le tricot et la couture pour les filles; le parfilage, le tressage de la paille ou de fort cor\u00addonnet pour les gar\u00e7ons doivent \u00eatre adopt\u00e9s. Le tricot ne pr\u00e9sente aucun danger quand on commence \u00e0 le faire ex\u00e9\u00adcuter avec des aiguilles de bois, grosses et courtes, dont les pointes sont \u00e9mouss\u00e9es; les enfants font alors des bandes plus ou moins larges en laine ou en coton que l\u2019on r\u00e9unit ensuite par des coutures pour en faire des jupons ou de pelits couvre-pieds. On peut varier les couleurs de ces bandes et les assortir de fa\u00e7on \u00e0 produire de jolis effets. En divers pays, les enfants tricotent d\u00e8s leur plus jeune \u00e2ge, et ne tardent pas \u00e0 faire des bas pour eux-m\u00eames ou pour leurs parents.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">La couture est, pour les petites filles, un plaisir plut\u00f4t qu\u2019un travail; car ne les voit-on pas partout s\u2019emparer des aiguilles et chercher \u00e0 en faire usage? On peut, dans les Asiles, commencer par leur donner de petits morceaux de canevas, et, avec des aiguilles sans pointes auxquelles le fil est retenu par un n\u0153ud, faire faire des points de marques ou des points-arri\u00e8re. Du canevas, on passe \u00e0 la grosse toile, et de celle-ci aux \u00e9toffes plus fines, lorsqu\u2019il n\u2019y a plus de danger \u00e0 mettre des aiguilles \u00e0 pointes ac\u00e9r\u00e9es dans les mains des enfants. Alors celles-ci font d\u2019abord des ourlets et des surjets sur de petits morceaux de calicot, puis ensuite elles ourlent des mouchoirs, des fichus, des tabliers qui leur sont donn\u00e9s par les dames inspectrices, non comme prix, mais [296] comme produit de leur travail. Le parfilage offre aussi des r\u00e9sultats d\u2019une utilit\u00e9 r\u00e9elle. Si c\u2019est de la toile qu\u2019on fait \u00e9filer, la charpie qui en r\u00e9sulte peut \u00eatre donn\u00e9e ou achet\u00e9e pour les h\u00f4pitaux ; si ce sont des morceaux d\u2019\u00e9toffes de laine, de soie ou de coton, ce parfilage peut \u00eatre fil\u00e9 apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 card\u00e9, et le fil qu\u2019on obtient ainsi est tiss\u00e9 et produit une \u00e9toffe tr\u00e8s solide, avec laquelle on fait des pantalons pour les enfants, ou des couvertures d\u2019\u00e9t\u00e9 pour leurs lits. Avec les tresses de paille, on fait des chapeaux qu\u2019ils portent, ou des cabas pour leurs m\u00e8res, ou des tapis de pieds pouvant \u00eatre vendus ; et avec les tresses de cordonnet on peut con\u00adfectionner des chaussures dans le genre des chaussons de lisi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">Pour \u00e9tablir le travail manuel dans les Asiles, il faut ajou\u00adter aux objets composant le mobilier de ces \u00e9tablissements des paniers et des petites bo\u00eetes pour serrer l\u2019ouvrage des enfants. On peut joindre divers autres petits travaux \u00e0 ceux que nous avons indiqu\u00e9s; mais il faut que tous soient d\u2019une ex\u00e9cution facile, et que tous aient un but d\u2019utilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">En quittant le travail, et avant de passer en classe, il est indispensable que les enfants ex\u00e9cutent quelques \u00e9volutions consistant en marches et en mouvements des bras, qui puissent les reposer de la tranquillit\u00e9 de la matin\u00e9e Rien n\u2019est plus facile, puisque ces marches se font d\u00e9j\u00e0 pour entrer dans la salle; il s\u2019agit seulement de les prolonger un peu davantage, ou de les commencer quelques minutes plus t\u00f4t.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:15px\"><em>Des jeux et exercices gymnastiques.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">Les jeux des enfants ont besoin d\u2019\u00eatre dirig\u00e9s, sinon ils peuvent devenir dangereux ou inconvenants. Les directeurs et les directrices d\u2019Asile qui comprennent r\u00e9ellement la mis\u00adsion qui leur est confi\u00e9e redoublent d\u2019attention et de soins pendant les heures de r\u00e9cr\u00e9ation, et reconnaissent la n\u00e9ces\u00adsit\u00e9 de r\u00e9gler les \u00e9lans de gaiet\u00e9 et de turbulence des enfants, non point en leur interdisant de s\u2019y livrer, mais en y offrant [297] un aliment et un but. Tous les enfants ne sont pas dispos\u00e9s \u00e0 s\u2019amuser exactement de la m\u00eame mani\u00e8re; il serait donc peu judicieux de vouloir leur prescrire \u00e0 tous le m\u00eame di\u00advertissement, \u00e0 moins que tous ne le demandent. On doit les laisser se grouper et se r\u00e9unir selon leur inclination et leurs d\u00e9sirs; alors les uns manifestent des go\u00fbts paisibles; les autres, au contraire, montrent des dispositions plus anim\u00e9es; \u00e0 ceux-l\u00e0 on doit sugg\u00e9rer des jeux tranquilles, \u00e0 ceux-ci donner l\u2019occasion d\u2019exercer leur activit\u00e9 et les forces qui surabondent parfois d\u00e8s le jeune \u00e2ge. Lorsque les enfants sont en plein air, il faut diriger leurs jeux selon la temp\u00e9ra\u00adture et les heures de la journ\u00e9e; ne pas les laisser s\u2019asseoir \u00e0 terre si le terrain n\u2019est pas parfaitement sec ; ne point les laisser courir au soleil s\u2019il est br\u00fblant; et ne jamais leur per\u00admettre de danser ou de sauter de telle sorte qu\u2019ils entrent en transpiration, ce qui peut occasionner des refroidissements. Il y a nombre de jeux dont les enfants se divertissent, et il en est de ces jeux comme des jouets : les m\u00eames leur plaisent longtemps.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">Il n\u2019est aucune dame inspectrice qui, en recherchant dans ses souvenirs d\u2019enfance, ne puisse retrouver celui de plu\u00adsieurs de ces jeux et les indiquer aux directrices qui ne sau\u00adraient pas d\u2019elles-m\u00eames les introduire dans les Asiles qu\u2019elles dirigent; mais \u00e0 ces jeux il peut \u00eatre bon de joindre des exer\u00adcices gymnastiques pour les enfants auxquels le m\u00e9decin les prescrirait. Il ne doit pas \u00eatre question d\u2019exercices pour les\u00adquels des appareils dispendieux seraient n\u00e9cessaires; mais de ceux qui, d\u2019une ex\u00e9cution simple et sans danger, peuvent fortifier les muscles des enfants, \u00e9largir leur poitrine, affer\u00admir leur d\u00e9marche. Ranger les enfants par pelotons, les faire man\u0153uvrer les uns vis-\u00e0-vis des autres, en leur faisant ex\u00e9\u00adcuter les mouvements qu\u2019on a cru pouvoir adopter, est un excellent moyen de les amuser et de les exercer \u00e0 la fois. Sur deux montants de bois solidement fix\u00e9s dans le sol, on peut pla\u00adcer transversalement une forte barre de bois aussi; \u00e0 cette barre attacher et laisser pendre de grosses cordes, chacune [298] ayant plusieurs n\u0153uds; puis faire grimper les enfants \u00e0 ces cordes et leur apprendre \u00e0 s\u2019y suspendre, mais sans n\u00e9an\u00ad moins les laisser s\u2019\u00e9lever beaucoup, de crainte qu\u2019en re\u00adtombant ils ne puissent se blesser. Ce jeu ne doit jamais s\u2019ex\u00e9cuter qu\u2019en la pr\u00e9sence et sous la direction du ma\u00eetre ou de la ma\u00eetresse, qui d\u00e9signe les enfants pouvant y prendre part, tandis que les autres, rang\u00e9s en cercle, regardent ou dansent en rond en chantant. On peut aussi faire tirer ces cordes comme celle d\u2019une cloche, en indiquant le mouve\u00adment; et lorsqu\u2019elles ne servent point, elles doivent \u00eatre relev\u00e9es de mani\u00e8re \u00e0 ce que les enfants n\u2019y puissent attein\u00addre. Faire ranger les enfants sur deux lignes, placer sur la t\u00eate de l\u2019un d\u2019eux, en \u00e9quilibre,un petit panier l\u00e9ger, ou un ballon tr\u00e8s l\u00e9ger aussi, puis faire marcher l\u2019enfant entre ses camarades, est un amusement qui exerce les enfants \u00e0 se tenir droits et \u00e0 marcher avec aplomb et gr\u00e2ce. Sauter \u00e0 la corde est \u00e9galement bon. Tracer sur le sol, ou sur le plancher, si c\u2019est dans le pr\u00e9au, avec un b\u00e2ton ou avec de la craie, des lignes parall\u00e8les \u00e0 la distance d\u2019un m\u00e8tre ou d\u2019un demi-m\u00e8tre les unes des autres, puis faire sautera pieds joints les enfants par-dessus ces lignes, est encore un jeu tr\u00e8s amusant et tr\u00e8s salutaire. Les personnes qui ont visit\u00e9 des gymnases, ou qui ont fait de la gymnastique, peuvent indiquer encore beau\u00adcoup d\u2019autres exercices de cette nature ; mais il faut n\u2019adop\u00adter que ceux qui n\u2019offrent aucun danger, et qui n\u2019exigent pas de trop grands efforts de la part des enfants. C\u2019est aux direc\u00adteurs, aux directrices, aux dames inspectrices et d\u00e9l\u00e9gu\u00e9es \u00e0 choisir ces exercices et \u00e0 r\u00e9gler ce point vraiment impor\u00adtant, puisqu\u2019il concerne l\u2019amusement des enfants, le d\u00e9velop\u00adpement de leurs forces et l\u2019affermissement de leur sant\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:15px\"><em>Des punitions et des r\u00e9compenses.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">Le choix des punitions et des r\u00e9compenses adopt\u00e9es dans une Salle d\u2019Asile est plus important encore que celui des le\u00e7ons qui peuvent y \u00eatre donn\u00e9es ; car les unes p\u00e9n\u00e8trent [299] jusqu\u2019au c\u0153ur de l\u2019enfant qui les re\u00e7oit, tandis que les autres ne s\u2019adressent qu\u2019\u00e0 son intelligence. On doit donc consid\u00e9rer attentivement non-seulement quel est l\u2019effet pr\u00e9sent de l&rsquo;ap\u00adprobation ou du bl\u00e2me, mais quelles en seront les cons\u00e9\u00adquences plus ou moins probables, et l\u2019appr\u00e9ciation de ces<br>cons\u00e9quences \u00e9clairera sur les dangers ou les avantages que peuvent offrir les moyens que l\u2019on croira devoir employer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">Divers genres de <em>punitions <\/em>existent dans les Asiles ; mais le <em>R\u00e8glement g\u00e9n\u00e9ral<\/em> ne s\u2019explique sur ce point que de la mani\u00e8re suivante : \u00ab Les enfants ne doivent jamais \u00eatre frapp\u00e9s. La dame inspectrice veille avec le plus grand soin \u00e0 ce qu\u2019il ne soit jamais inflig\u00e9 de punitions trop longues et trop rudes (art. 39). \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">L\u2019injonction est formelle et ne peut admettre aucune mo\u00addification : \u00ab Les enfants ne doivent jamais \u00eatre frapp\u00e9s. \u00bb Comment se fait-il que dans quelques Asiles l\u2019enfant qui a battu son camarade re\u00e7oive un coup de touche ? (1) Ce ch\u00e2ti\u00adment, il est vrai, n\u2019est administr\u00e9 que comme peine du talion ; mais ne comprend-on pas quels inconv\u00e9nients il pr\u00e9sente? D\u2019abord on enfreint un des articles les plus positifs du code des Salles d\u2019Asile; on autorise les ma\u00eetres \u00e0 frapper les en\u00ad fants, et une fois cette autorisation donn\u00e9e, comment ne pas craindre l\u2019abus qui peut en \u00eatre fait? Nous pourrions citer tel Asile o\u00f9 les enfants ont \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9s avec cette m\u00eame touche sur la t\u00eate, et parfois de mani\u00e8re \u00e0 les blesser v\u00e9ritablement. De plus, par le fait d\u2019avoir frapp\u00e9 un enfant, si l\u00e9g\u00e8rement que ce soit, on perd le droit d\u2019interdire aux parents les rudes corrections qu\u2019ils sont si souvent dans l\u2019habitude d\u2019infliger \u00e0 leurs enfants, et on les encourage, en quelque sorte, \u00e0 faire usage de ce mode de r\u00e9pression. Quant aux enfants eux-m\u00eames, il seront peut-\u00eatre maintenus par la crainte du ch\u00e2ti\u00adment mais cette crainte, qui comprime les dispositions du c\u0153ur, ne les modifiera et ne les changera pas.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left has-small-font-size\"><em>(1) Baguette avec laquelle les surveillants dirigent certains exercices.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">Dans d\u2019autres Asiles on attache les mains des enfants ; c\u2019est [300] encore la force dominant la faiblesse. On fait mettre ces en\u00adfants \u00e0 genoux et on les y retient pour un temps plus ou moins long. Est-il convenable de faire envisager comme punition l\u2019attitude dans laquelle l\u2019on adore et l\u2019on prie? L\u2019enfant, ainsi que le chr\u00e9tien plus avanc\u00e9 en \u00e2ge, doit trouver du bonheur \u00e0 se prosterner ; il faut donc \u00e9viter de profaner pour lui cette manifestation du sentiment le plus sacr\u00e9 de tous.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">Enfin, dans quelques Asiles encore, on met sur la t\u00eate des enfants de grotesques bonnets de papier, ou sur leurs \u00e9paules des \u00e9criteaux, et on les expose \u00e0 la vue et aux ris\u00e9es de leurs camarades. Ce genre de ch\u00e2timent est un des plus p\u00e9nibles, car il froisse l\u2019amour-propre des enfants ; il leur cause une grande humiliation, ce qui ne veut pas dire qu\u2019il leur fasse \u00e9prouver ni regret de leur faute, ni le moindre mouvement de componction. Alors de deux maux l\u2019un : ou l\u2019enfant se roidit et m\u00e9prise le ch\u00e2timent, ou il est navr\u00e9 de ce qu\u2019il a d\u2019avilis\u00adsant, et son attention, concentr\u00e9e sur ce point, ne se porte plus qu\u2019accidentellement sur les toi ts dont il s\u2019est rendu cou\u00adpable. On ne peut donc trop fortement bl\u00e2mer aussi ce genre de correction.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">Mais pourtant il faut bien qu\u2019il en soit inflig\u00e9 d\u2019une nature quelconque; que fera-t-on dans les circonstances qui exigent qu\u2019il en soit ainsi ? L\u2019auteur du <em>Manuel <\/em>l\u2019a indiqu\u00e9 de la mani\u00e8re la plus pr\u00e9cise. L\u2019enfant qui a encouru la punition doit \u00eatre s\u00e9par\u00e9 de ses camarades, isol\u00e9 (mais sous les regards du ma\u00eetre (1) et livr\u00e9 \u00e0 ses r\u00e9flexions. Par ce moyen on respecte la dignit\u00e9 de l\u2019enfance ; on ne l\u2019irrite pas, on laisse s\u2019apaiser l\u2019agitation du jeune c\u0153ur troubl\u00e9 par la passion, on favorise les mouvements de la conscience, et c\u2019est elle qui ram\u00e8nera l\u2019enfant au sentiment de son devoir. Lorsqu\u2019il l\u2019aura retrouv\u00e9, quelle que longue que soit la lutte, la victoire sera compl\u00e8te, et celles que l\u2019enfant remporte sur lui-m\u00eame \u00e0 l\u2019Asile pr\u00e9pa\u00adrent et rendront plus faciles les combats qui l\u2019attendent au dehors et dans tout le cours de sa vie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left has-small-font-size\"><em>(1) Toute esp\u00e8ce de r\u00e9clusion solitaire est dangereuse et condamnable, ou ne peut trop appuyer sur ce point.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">[301] A l\u2019\u00e9gard <em>des r\u00e9compenses<\/em>, le <em>Manuel <\/em>et le <em>R\u00e8glement g\u00e9n\u00e9ral<\/em> ne prescrivent et ne disent rien. Il en r\u00e9sulte que les id\u00e9es et les habitudes varient. A Paris on a toujours donn\u00e9 des images<br>le samedi aux enfants lesplus sages. Mais on doit reconna\u00eetre que pour de tr\u00e8s jeunes enfants, il faut r\u00e9compenser ou punir \u00e0 l\u2019instant m\u00eame. Quand arrive le jour de la distribution, ceux qui en sont exclus peuvent avoir perdu le souvenir de la faute commise cinq ou six jours auparavant. Alors les larmes vers\u00e9es \u00e0 cette occasion, loin d\u2019\u00eatre des larmes de regret et de repentir, ne sont que des larmes de jalousie et de col\u00e8re. On voit souvent dans ces occasions m\u00eames des en\u00adfants exasp\u00e9r\u00e9s par ces sentiments, dont le premier peut produire de si d\u00e9plorables effets. Dans quelques Asiles aussi, on distribue des m\u00e9dailles que les enfants portent pendant la semaine suivante; ou bien on leur donne comme prix de sagesse des objets d\u2019habillement. Ce dernier usage offre le grave inconv\u00e9nient de d\u00e9naturer la charit\u00e9, en y joignant l\u2019ostentation, d\u2019\u00e9veiller la cupidit\u00e9 desparents, et de rendre impossible l\u2019appr\u00e9ciation exacte des droits des enfants \u00e0 par\u00ad ticiper \u00e0 ces dons; car s\u2019il en est parmi eux dont la mis\u00e8re soit \u00e9vidente, mais dont la conduite ne m\u00e9rite aucun t\u00e9moi\u00adgnage de satisfaction, que fera-t-on \u00e0 leur \u00e9gard?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">Il est donc aussi peu judicieux que peu conforme \u00e0 l\u2019esprit de la vraie charit\u00e9 d\u2019adopter l\u2019usage signal\u00e9 ici.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">Pour les m\u00e9dailles, elles pr\u00e9sentent \u00e9galement des cons\u00e9\u00adquences funestes, dont on ne sent pas assez toute la port\u00e9e. Que veut-on avant tout inculquer aux enfants dans les Salles d\u2019Asile? l\u2019amour, la crainte de Dieu et le sentiment du de\u00advoir. Ces trois id\u00e9es doivent \u00eatre ins\u00e9parables. L\u2019enfant doit s\u2019abstenir du mal par crainte d\u2019offenser ce Dieu qui le voit et l\u2019entend. Il doit faire tout ce qui est en son pouvoir par amour pour son P\u00e8re c\u00e9leste. D\u00e8s lors tout s\u2019encha\u00eene, tout se rattache \u00e0 ces deux grands principes, qu\u2019il faut \u00e9tablir dans le c\u0153ur de l\u2019enfance sur des bases si solides, que rien ne puisse les en arracher. L\u2019action la plus insignifiante en apparence peut \u00eatre la manifestation de l\u2019un d\u2019eux. Pourquoi [302] donc alors offrir aux enfants des r\u00e9compenses honorifiques qui ne flattent que leur amour-propre, au lieu d\u2019\u00e9lever leur \u00e2me vers un plus noble but, et de la faire grandir sous de plus pures inspirations? Nous touchons ici \u00e0 l\u2019un des points les plus d\u00e9licats et les moins approfondis de la science mo\u00adderne de l\u2019\u00e9ducation; nous soulevons une question dont l\u2019examen devrait s\u2019\u00e9tendre jusqu\u2019\u00e0 ses limites les plus recu\u00ad l\u00e9es; mais nous ne devons parler que de ce qui concerne la Salle d\u2019Asile, et consid\u00e9rer l\u2019effet des r\u00e9compenses excitant l\u2019orgueil, la vanit\u00e9, ou tout au moins la satisfaction de soi-m\u00eame. In\u00e9vitablement l\u2019enfant se croira sup\u00e9rieur \u00e0 ses cama\u00adrades en s\u2019entendant proclamer comme tel. Il s\u2019accoutumera \u00e0 penser que cette sup\u00e9riorit\u00e9 doit lui procurer toujours des distinctions ext\u00e9rieures ; et s\u2019il les obtient souvent, il se com\u00adplaira dans l\u2019id\u00e9e de son propre m\u00e9rite. D\u00e8s le plus jeune \u00e2ge, ces impressions peuvent na\u00eetre dans l\u2019\u00e2me et s\u2019y d\u00e9ve\u00adlopper; qu\u2019y produiront-elles plus tard? Ce ne sera ni l\u2019amour fraternel, ni l\u2019humilit\u00e9, ni le contentement d\u2019esprit dans une position obscure ou modeste, ni enfin l\u2019appr\u00e9cia\u00adtion g\u00e9n\u00e9reuse du m\u00e9rite d\u2019autrui.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">Que l\u2019on \u00e9tudie l\u2019\u00e9tat actuel de la soci\u00e9t\u00e9, et que l\u2019on se demande si les dangers qui la menacent ne sont pas del\u00e0 m\u00eame nature que ceux qui peuvent atteindre l\u2019enfant d\u00e8s ses premi\u00e8res ann\u00e9es. Ah! que le c\u0153ur de cet enfant s\u2019ouvre \u00e0 l\u2019influence du bien, de telle sorte que \u00ab tout ce qui est juste, tout ce qui est saint, tout ce qui peut rendre aimable, tout ce qui est vertueux et tout ce qui est louable \u00bb (1) lui soit doux \u00e0 accomplir, sans effort, et sans autre pens\u00e9e que celle de faire son devoir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left has-small-font-size\"><em>(1) \u00cap\u00eetre de saint Paul aux Colossiens, ch. IV, v. 8.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">Faire son devoir ! En de nombreuses circonstances l\u2019homme ne pourra remplir cette obligation qu\u2019au pr\u00e9judice de son int\u00e9r\u00eat personnel. Non-seulement il n\u2019en attendra aucune r\u00e9compense humaine ; mais au contraire il devra s\u2019exposer \u00e0 la souffrance et aux \u00e9preuves. Ne faut-il pas qu\u2019alors il [303] trouve dans son \u00e2me un mobile puissant en force, qui le sou\u00adtienne et lui donne la paix? Ce mobile sera le m\u00eame dont le petit enfant a besoin dans la Salle d\u2019Asile. Voil\u00e0 pourquoi il importe tant de le donner \u00e0 cet enfant, afin que, devenu homme un jour, il sache que le t\u00e9moignage de la conscience et son approbation valent mieux que tous les avantages que le monde peut offrir.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Que les directeurs et les directrices de Salle d\u2019Asile sa\u00ad chent donc encourager \u00e0 propos l\u2019enfant qui se conduit bien, non par des louanges ou des distinctions (1), mais en se r\u00e9jouis\u00ad sant de ce qu\u2019il fait son devoir, et en lui t\u00e9moignant qu\u2019on en  est heureux. Et puissent les dames inspectrices sentir com bien il est important de ne pas s\u2019\u00e9carter de ce principe si simple, mais si f\u00e9cond en heureux r\u00e9sultats.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left has-small-font-size\"><em>(1) Celle d\u2019\u00eatre moniteur n\u2019est point \u00e0 redouter ; car elle impose \u00e0 l\u2019en\u00ad fant la n\u00e9cessit\u00e9 de remplir de mieux en mieux ses devoirs ; et l\u2019on peut d\u2019ailleurs la lui pr\u00e9senter comme marque de confiance.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">En terminant cet imparfait travail, que les circonstances ont impos\u00e9 la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019ajouter au Manuel r\u00e9dig\u00e9 par M. Cochin, nous croyons devoir r\u00e9p\u00e9ter ici les paroles qui servent d\u2019\u00e9pigraphe \u00e0 ce livre : \u00ab C\u2019est pour suppl\u00e9er aux soins, aux impressions, aux enseignements que chaque enfant devrait recevoir de la pr\u00e9sence, de l\u2019exemple et des paroles de sa m\u00e8re, qu\u2019il a paru n\u00e9cessaire d\u2019ouvrir des salles d\u2019hospitalit\u00e9 et d\u2019\u00e9ducation en faveur du premier \u00e2ge. \u00bb Voil\u00e0 le but des Salles d\u2019Asile; tous les moyens doivent tendre \u00e0 la r\u00e9aliser ; et tous les efforts doivent avoir pour mobile le v\u00e9ritable esprit del\u00e0 \u00ab charit\u00e9 douce etbienfaisante, qui ne s\u2019enfle point d\u2019or\u00adgueil, qui supporte tout, esp\u00e8re tout, et ne finira jamais. \u00bb (1)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left has-small-font-size\"><em>(1) Premi\u00e8re \u00e9p\u00eetre de saint Paul aux Corinthiens, ch. XIII, v. 4 et 7.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:15px\">[304] <strong>CHAPITRE XIX. DES \u00c9COLES NORMALES, POUR LES DIRECTEURS ET LES DIRECTRICES DE S&rsquo;ALLES D\u2019ASILE.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">L\u2019auteur du Manuel ne pensait pas qu\u2019il f\u00fbt n\u00e9cessaire d\u2019ou\u00ad vrir des \u00c9coles normales pour l\u2019instruction des directeurs et des directrices de Salles d\u2019Asile. Cette question a \u00e9t\u00e9 jug\u00e9e diff\u00e9remment en Angleterre, apr\u00e8s de longues ann\u00e9es d\u2019exp\u00e9rience. Il peut \u00eatre utile de fai reconna\u00eetre ici les r\u00e8gle\u00ad ments \u00e9tablis par la soci\u00e9t\u00e9 (<em>Home and colonial Infant schools society<\/em>) qui a fond\u00e9 \u00e0 Londres le cours normal dans lequel sept cent cinquante ma\u00eetres et ma\u00eetresses sont venus succes\u00adsivement, dansl\u2019espace de huit ann\u00e9es, recevoir l\u2019instruction, et acqu\u00e9rir les lumi\u00e8res indispensables \u00e0 l\u2019accomplissement de leur t\u00e2che.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:15px\"><em>Extrait du compte rendu publi\u00e9 en 1842 par la soci\u00e9t\u00e9 des Salles d\u2019Asile d\u2019Angleterre et des colonies<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">\u00ab Le comit\u00e9 ayant pu constater que le temps pass\u00e9 par les ma\u00eetres dans l\u2019institution \u00e9tait loin d\u2019\u00eatre suffisant pour leur donner une connaissance assez approfondie de la m\u00e9thode, il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9 qu\u2019ils devront \u00e0 l\u2019avenir rester <em>vingt <\/em>semaines dans l\u2019\u00e9tablissement, pour obtenir leur certificat ou brevet d\u2019aptitude. Le prix sera de 8 schillings (10 fr. 60 c.) par semaine pour la nourriture et le logement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">\u00ab Les ma\u00eetres qui resteraient moins de vingt semaines dans l\u2019\u00e9tablissement auront \u00e0 payer 12 schillings par semaine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">\u00ab Afin de pr\u00e9venir de trop fr\u00e9quentes interruptions dans le cours r\u00e9gulier de l\u2019enseignement, les ma\u00eetres ne pourront [305] \u00eatre admis que le premier mardi de chaque mois, \u00e0 moins d\u2019une autorisation sp\u00e9ciale du comit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">\u00ab Le retour des ma\u00eetres dans l\u2019\u00e9tablissement pouvant con\u00adtribuer \u00e0 leur perfectionnement, le comit\u00e9 permet aux an\u00adciens \u00e9l\u00e8ves d\u2019y rentrer pour un mois, moyennant 1 livre sterling (25 fr.)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">\u00ab La r\u00e9admission des ma\u00eetres pour peu de temps offrant plus d\u2019inconv\u00e9nients que d\u2019avantages, le comit\u00e9 s\u2019est d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 n\u2019en recevoir pour moins d\u2019un mois que dans le cas o\u00f9, dirigeant des \u00e9coles, ils seraient oblig\u00e9s de s\u2019en absenter momentan\u00e9ment.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">\u00ab L\u2019influence et les soins d\u2019une femme \u00e9tant indispensables \u00e0 la bonne direction d\u2019une Salle d\u2019Asile, des hommes non mari\u00e9s ne pourront \u00eatre instruits dans l\u2019\u00e9tablissement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">\u00ab Les bonnes, les institutrices de jeunes enfants et les ma\u00ee\u00adtresses d\u2019\u00e9cole pourront passer dans l\u2019\u00e9tablissement tout le temps qu\u2019elles voudront au del\u00e0 d\u2019un mois, moyennant 5 shellings par semaine pour l\u2019instruction seulement, ou une livre sterling si elles logent et prennent leur nourriture dans la maison.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">\u00ab Le cours d\u2019\u00e9tudes suivi par les instituteurs traite princi\u00adpalement des sujets suivants : instruction religieuse, lecture et \u00e9locution, \u00e9criture, dessin \u00e9l\u00e9mentaire, grammaire, dessin lin\u00e9aire, histoire naturelle, g\u00e9ographie, surtout g\u00e9ographie sacr\u00e9e, et le\u00e7ons sur des objets et sur des images, principes d\u2019\u00e9ducation, pratique dans l\u2019\u00e9cole m\u00eame ou m\u00e9thode d\u2019en\u00ad seignement, exercices gymnastiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">\u00ab L\u2019objet qu\u2019on a en vue est exercer l\u2019esprit des ma\u00eetres sur des sujets qui leur seront utiles dans la direction des Salles d\u2019Asile, de leur apprendre \u00e0 mettre en pratique les le\u00e7ons qu\u2019ils re\u00e7oivent, d\u2019\u00e9tendre leurs facult\u00e9s, de leur proposer un but de perfection plus \u00e9lev\u00e9 dans l\u2019enseignement, et d\u2019ex\u00adciter en eux un d\u00e9sir d\u2019y atteindre, qui leur fasse poursuivre leurs efforts, apr\u00e8s m\u00eame qu\u2019ils seront sortis de l\u2019\u00e9tablisse\u00adment.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">\u00abLe comit\u00e9 regrette vivement que les ma\u00eetres soient oblig\u00e9s [306] de consacrer une grande partie de leur temps \u00e0 l\u2019\u00e9tude des sciences \u00e9l\u00e9mentaires, son d\u00e9sir \u00e9tant surtout de leur donner la connaissance des meilleures m\u00e9thodes pour l\u2019enseigne\u00adment , comme pour l\u2019\u00e9ducation morale et religieuse de la jeunesse. Mais c\u2019est un mal auquel il sera impossible de rem\u00e9\u00addier tant que le cours sera suivi si peu de temps-, et que les candidats sortiront d\u2019une classe o\u00f9 l\u2019instruction est d\u2019ordinairefort incompl\u00e8te. Les heures pass\u00e9es dans la Salle d\u2019Asile sont employ\u00e9es, par les aspirants, \u00e0 acqu\u00e9rir l\u2019habitude de l\u2019enseignement et \u00e0 instruire un certain nombre d\u2019enfants,<br>plus ou moins grands, afin d\u2019appliquer ainsi les vues g\u00e9n\u00e9rales qui leur ont \u00e9t\u00e9 donn\u00e9es. Le comit\u00e9 s\u2019attache \u00e0 faciliter aux candidats la mani\u00e8re de traiter toutes les questions et de les<br>pr\u00e9senter aux enfants; mais il tient \u00e0 ce que tout exercice et toute \u00e9tude se fasse en partant de ce qui est simple et fa\u00admilier pour arriver par degr\u00e9s \u00e0 ce qui est plus difficile et plus abstrait, et \u00e0 ce qui exige plus d\u2019efforts de l\u2019esprit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">\u00ab Le temps consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tude de la pratique doit varier n\u00e9\u00adcessairement suivant les progr\u00e8s faits par les aspirants. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">Il r\u00e9sulte du plan d\u2019\u00e9tudes joint au compte rendu que les candidats re\u00e7oivent six heures de le\u00e7ons par jour. En supposant que quatre heures leur soient accord\u00e9es pour les repas et la r\u00e9cr\u00e9ation, il reste donc, si la journ\u00e9e est de quinze heures (de six heures \u00e0 neuf ou de sept \u00e0 dix), cinq heures \u00e0 employer en \u00e9tudes particuli\u00e8res, soit en exer\u00e7ant la m\u00e9moire, soit en faisant des devoirs par \u00e9crit.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">On con\u00e7oit facilement combien les candidats, ainsi diri\u00adg\u00e9s, peuvent s\u2019instruire et faire de progr\u00e8s dans l\u2019espace de vingt semaines; et \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de cet avantage se trouve celui, non moins important, de pouvoir \u00e9tudier leur caract\u00e8re, leurs dispositions d\u2019esprit, et constater si rien en eux ne les rend impropres \u00e0 la carri\u00e8re qu\u2019ils veulent suivre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">Le prix de pension pay\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tablissement couvre une partie des frais, et offre des garanties \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la vocation r\u00e9elle des personnes qui se pr\u00e9sentent. Le compte rendu ne dit point s\u2019il y a dans l\u2019institution des places accord\u00e9es [307] gratuitem ent;ce serait une chose bonne et utile, ainsi qu\u2019on l\u2019a jug\u00e9 pour l\u2019instruction primaire. L\u2019importance de con\u00adna\u00eetre \u00e0 fond le caract\u00e8re et les sentiments des personnes auxquelles on confie la direction des Salles d\u2019Asile est si grande, que l\u2019on sera, nous n\u2019en doutons pas, amen\u00e9 en France comme en Angleterre \u00e0 cr\u00e9er des \u00e9tablissements sp\u00e9cialement destin\u00e9s \u00e0 leur instruction. Le temps seul peut r\u00e9pandre la lumi\u00e8re sur certaines questions, et c\u2019est \u00e0 lui qu\u2019appartient la solution de celle que nous posons ici. Mais<br>d\u00e8s \u00e0 pr\u00e9sent on peut chercher des moyens de mieux instruire les aspirants et les aspirantes 5 ces moyens varieront selon les ressources qu\u2019offrent les villes o\u00f9 si\u00e8gent les commissions d\u2019examen -, c\u2019est aux membres de ces commissions \u00e0 les d\u00e9\u00adcouvrir et \u00e0 les appliquer. De l\u2019instruction que re\u00e7oivent les candidats d\u00e9pendra la direction des Salles d\u2019Asile; rendre cette instruction aussi compl\u00e8te que possible est un des de\u00ad voirs les plus pressants \u00e0 remplir; mais en m\u00eame temps on doit agir avec discernement, et ne s\u2019\u00e9carter en rien de l\u2019es\u00adprit d\u2019une institution charitable et maternelle. C\u2019est encore aux dames appel\u00e9es \u00e0 exercer les fonctions d\u2019inspectrices et de membres des commissions d\u2019examen, \u00e0 recueillir et \u00e0 four\u00adnir les informations n\u00e9cessaires. Nous revenons sans cesse sur ce point, mais son importance est telle que nous ne sau\u00adrions trop fortement le recommander \u00e0 l\u2019attention des fon\u00addateurs des Salles d\u2019Asile et des autorit\u00e9s pr\u00e9pos\u00e9es \u00e0 leur surveillance et \u00e0 leur administration.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:15px\">[308]<strong> CHAPITRE XX. LETTRES DE LA COMMISSION SUPERIEURE DES SALLES D\u2019ASILE, AUX DAMES INSPECTRICES DES D\u00c9PARTEMENTS.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:15px\"><em>Premi\u00e8re lettre.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\" style=\"font-size:15px\">Paris, juillet 1841.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">\u00ab Mesdames, c\u2019est avec une joie bien vive que la commission sup\u00e9rieure des Salles d\u2019Asile a l\u2019honneur de vous \u00e9crire pour la premi\u00e8re fois. S\u2019il est une \u0153uvre qui exige l\u2019union des pens\u00e9es et des efforts, qui fasse na\u00eetre des sentiments d\u2019affec\u00adtueuse bienveillance et de douce fraternit\u00e9, c\u2019est l\u2019\u0153uvre \u00e0 laquelle il nous est donn\u00e9 de participer. Depuis longtemps nous aimons, sans avoir encore pu le leur dire, les personnes qui partagent notre sollicitude pour les petits enfants que l\u2019institution des Asiles a pour but de recueillir et de prot\u00e9ger. Depuis longtemps nous \u00e9prouvons le d\u00e9sir d\u2019entrer en rela\u00adtion avec elles ; car il ne nous suffit pas de conna\u00eetre indi\u00adrectement le r\u00e9sultat de leurs charitables travaux ; il y a, dans l\u2019\u0153uvre des Salles d\u2019Asile, des d\u00e9tails minutieux et tout ma\u00adternels que des femmes seules peuvent saisir, et savent faire comprendre \u00e0 d\u2019autres femmes. Nous n\u2019avons pas, mesdames, la pr\u00e9somption de croire que nos conseils puissent vous \u00eatre n\u00e9cessaires; mais plac\u00e9e au centre de tous les Asiles de France, recevant journellement sur chacun d\u2019eux les communications queM. le ministre de l\u2019instruction publique veut bien lui faire, la commission sup\u00e9rieure peut \u00e9tablir un lien entre tous ces Asiles ; et en appuyant par son pr\u00e9sident, membre du conseil royal, les demandes et les r\u00e9clamations, elle peut joindre ses sollicitations \u00e0 celles de MM. les recteurs et les pr\u00e9fets, et de madame la d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale. Une correspondance intime [309] et confiante peut seule nous mettre \u00e0 port\u00e9e de nous identifier \u00e0 vos esp\u00e9rances et aux difficult\u00e9s qui viennent parfois en retarder la r\u00e9alisation. M. le ministre de l\u2019instruction publi\u00adque l\u2019a compris et nous a formellement autoris\u00e9es \u00e0 entrer dans cette voie nouvelle. Aujourd\u2019hui nous nous adressons \u00e0 toutes les dames inspectrices de France, et nous avons d\u00fb recourir au moyen le plus prompt de multiplier la copie de cette lettre ; mais nos relations habituelles n\u2019auront rien d\u2019officiel; de simples lettres, \u00e9crites de l\u2019abondance du c\u0153ur par les dames composant la commission sup\u00e9rieure, r\u00e9pondront \u00e0 celles que nous sollicitons,etqui, nous osons l\u2019esp\u00e9rer, seront \u00e9crites aussi dans le m\u00eame esprit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">\u00ab N\u2019oublions jamais que l\u2019\u0153uvre des Salles d\u2019Asile est une \u0153uvre de foi, de charit\u00e9 et d\u2019amour maternel ; partout o\u00f9 elle offrira ce touchant caract\u00e8re, on la verra prosp\u00e9rer et pro\u00adduire les plus heureux fruits. Aucune \u00e9poque plus que celle-ci n\u2019a r\u00e9clam\u00e9 le d\u00e9vouement des amis de l\u2019humanit\u00e9 ; il faut pr\u00e9server les g\u00e9n\u00e9rations naissantes du souffle empoisonn\u00e9 de l\u2019irr\u00e9ligion et de l\u2019immoralit\u00e9, ainsi qu\u2019on d\u00e9fend de jeunes plantes du vent glac\u00e9 qui les fl\u00e9trit et les frappe de mort; l\u2019attention la plus soutenue, la pers\u00e9v\u00e9rance que rien ne peut rebuter, la charit\u00e9 chr\u00e9tienne avec toutes ses tendres inspi\u00adrations, tels sont les seuls moyens pour accomplir cette mis\u00adsion sainte. La direction sup\u00e9rieure des Salles d\u2019Asile appar\u00adtient maintenant \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 universitaire et administrative ; mais on ne peut assurer leur bonne tenue et leur v\u00e9ritable prosp\u00e9rit\u00e9 sans le concours des femmes. Soyons heureuses de la part qui nous est faite, et sachons en profiter sans d\u00e9passer les limites qui nous ont \u00e9t\u00e9 assign\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">\u00abNous osons vous demander, mesdames, de nous faire conna\u00eetre, le plus en d\u00e9tail possible, l\u2019organisation et la disci\u00adpline des Asiles auxquels vous donnez vos soins. L\u2019exp\u00e9rience de quinze ann\u00e9es nous a fait acqu\u00e9rir la profonde conviction que, sans une m\u00e9thode d\u2019exercices judicieusement combin\u00e9s et vari\u00e9s, il est impossible d\u2019obtenir l\u2019ordre, l\u2019harmonie, le bonheur qui doivent r\u00e9gner dans une Salle d\u2019Asile.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">[310] \u00ab Sur cet important sujet, il est n\u00e9cessaire de s\u2019\u00e9clairer mutuellement et de mettre en commun l\u2019instruction acquise par de longs efforts ; mais on ne saurait y parvenir si l\u2019on reste isol\u00e9s les uns des autres. Qu\u2019il n\u2019en soit point ainsi parmi nous; unissons-nous, non-seulement par nos pens\u00e9es, mais aussi par de fr\u00e9quentes communications; ces rapports, nous osons l\u2019affirmer, contribueront au bien des \u00e9tablisse\u00ad ments qui nous int\u00e9ressent et seront pour nous une source de vraies jouissances. Puisse l\u2019invitation que nous vous adres\u00adsons, mesdames, \u00eatre re\u00e7ue favorablement et comme un t\u00e9\u00admoignage des sentiments de la plus affectueuse consid\u00e9ration.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab <em>Les dames membres de la commission sup\u00e9rieure :<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">\u00ab Madame la comtesse deBondy, vice-pr\u00e9sidente; madame la marquise de Pastoret, vice-pr\u00e9sidente honoraire; mesdames Anisson-Duperron, Boutarel, Caussin de Perceval, Danloux-Dumesnil, Fran\u00e7ois Delessert, Ga\u00adbriel Delessert, Delondre, Doubet, Guerbois, la com\u00adtesse de Laborde, la mar\u00e9chale comtesse de Lobau, la comtesse Mol\u00e9, Moreau, Fr\u00e9d\u00e9ric Moreau, Victorine Moreau, la comtesse de Bambuteau, la baronne de Saint-Didier, de Salvandy, la baronne de Tolos\u00e9, madame Jules Mallet, vice-secr\u00e9taire. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:15px\"><em>Deuxi\u00e8me lettre<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\" style=\"font-size:15px\">Paris, mars 1842.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">\u00ab Mesdames, vous avez accueilli avec tant de bienveillance notre premi\u00e8re lettre, que nous avons l\u2019esp\u00e9rance de trouver en vous les m\u00eames dispositions toutes les fois que nous aurons [311] l\u2019honneur de vous faire quelques nouvelles communications. Aujourd\u2019hui nous d\u00e9sirons fixer votre attention sur un sujet dont la commission sup\u00e9rieure est appel\u00e9e \u00e0 s\u2019occuper sans cesse, et qui excite toute sa sollicitude. C\u2019est l\u2019importance de maintenir dans les Salles d\u2019Asile une m\u00e9thode uniforme qui en facilite et en assure la bonne direction. L\u2019ordonnance royale et les r\u00e8glements veulent que les directeurs et direc\u00adtrices d\u2019Asiles subissent des examens et soient pourvus de brevets d\u2019aptitude 5 mais, \u00e0 l\u2019\u00e9gard des SOEURS, elle ne leur prescrit que le devoir de pr\u00e9senter leur lettre d\u2019<em>ob\u00e9dience<\/em>. Maintenant le nombre des congr\u00e9gations qui consentent \u00e0 se charger de la direction des Salles d\u2019Asile augmente tous les jours, et il serait possible qu\u2019il s\u2019introduis\u00eet une grande diver\u00adsit\u00e9 d\u2019habitudes et d\u2019exercices dans les \u00e9tablissements confi\u00e9s \u00e0 leurs soins. Les m\u00e9thodes adopt\u00e9es dans les Asiles bien organis\u00e9s de Paris et des d\u00e9partements sont le fruit de l\u2019ex\u00adp\u00e9rience, et d\u2019une \u00e9tude approfondie des dispositions et des besoins de l\u2019enfance. On ne saurait les n\u00e9gliger sans qu\u2019il en r\u00e9sult\u00e2t de graves inconv\u00e9nients, non-seulement pour les en\u00ad fants, mais aussi pour les personnes charg\u00e9es de les surveiller. Ces m\u00e9thodes, compos\u00e9es d\u2019une suite de petites \u00e9volutions, de mouvements et d\u2019enseignements vari\u00e9s, contribuent au maintien de l\u2019ordre, \u00e0 la docilit\u00e9, \u00e0 l\u2019amusement, au bonheur des enfants. Pour en \u00eatre convaincu, il suff\u00eet de passer une heure dans une Salle d\u2019Asile convenablement dirig\u00e9e, et nous ne pouvons r\u00e9sister au d\u00e9sir de vous en citer un exemple frap\u00adpant : c\u2019est \u00e0 l\u2019Asile Cochin qu\u2019ont lieu, \u00e0 Paris, les examens des aspirants et aspirantes; et deux fois par an l\u2019on peut y voir trois cents \u00e0 trois cent cinquante enfants r\u00e9unis, dirig\u00e9s successivement par douze, quatorze, seize personnes qui, alternativement, subissent l\u2019examen pratique. La m\u00e9thode \u00e9tant scrupuleusement suivie, les enfants montrent constam\u00adment une ob\u00e9issance admirable, qu\u2019il serait impossible d\u2019ob\u00adtenir si l\u2019on n\u00e9gligeait les proc\u00e9d\u00e9s ing\u00e9nieux et uniformes par lesquels on parvient sans peine \u00e0 fixer leur attention.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">\u00ab Il nous semble donc tr\u00e8s d\u00e9sirable que vous puissiez, [312] mesdames, employer votre influence \u00e0 propager cette v\u00e9rit\u00e9 fon\u00add\u00e9e sur l\u2019exp\u00e9rience; que, lorsque vous \u00eates appel\u00e9es \u00e0 con\u00adcourir au choix d\u2019une directrice d\u2019Asile, vous insistiez sur ce point essentiel, et que vous t\u00e2chiez d\u2019obtenir que les s\u0153urs m\u00eames s\u2019instruisent de la m\u00e9thode et soient tenues de pr\u00e9\u00adsenter un <em>certificat <\/em>constatant qu\u2019elles l\u2019ont suffisamment \u00e9tudi\u00e9e dans un Asile bien dirig\u00e9. C\u2019est surtout aupr\u00e8s des sup\u00e9rieures de communaut\u00e9s qu\u2019il faudrait agir, afin de par\u00ad venir \u00e0 les convaincre que ce qu\u2019on d\u00e9sire \u00e0 cet effet est dans l\u2019int\u00e9r\u00eat des s\u0153urs directrices d\u2019Asile, comme dans l\u2019int\u00e9r\u00eat des enfants. Sans doute de telles observations doivent \u00eatre faites avec une extr\u00eame d\u00e9licatesse et avec tous les m\u00e9nage\u00ad ments convenables ; mais nous ne doutons pas que vous ne sachiez, mesdames, parfaitement remplir une semblable mis\u00ad sion. L\u2019ordonnance royale qui a constitu\u00e9 les Salles d\u2019Asile a confi\u00e9 aux femmes la partie la plus belle et la plus grande de cette \u0153uvre, puisqu\u2019elle leur accorde le droit de surveiller les ma\u00eetres et les ma\u00eetresses dans l\u2019accomplissement de leur t\u00e2che, en m\u00eame temps que celui de prot\u00e9ger et de secourir les enfants. Mais comme il n\u2019est pas moins n\u00e9cessaire de pr\u00e9venir que de r\u00e9primer ce qui peut porter atteinte \u00e0 la bonne tenue des Asiles, nous ne saurions trop vous engager, mesdames, \u00e0 redoubler de vigilance et de soins pour que l\u2019on y conserve la m\u00e9thode d\u2019enseignement adopt\u00e9e dans les Asiles de Paris, et g\u00e9n\u00e9ralement pratiqu\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">\u00ab Nous serons toujours pr\u00eates \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 toutes les ques\u00adtions que vous pourriez nous adresser sur ce point comme sur tout autre ; car ce sera toujours pour nous le sujet d\u2019une douce et vive joie que d\u2019entretenir avec vous des relations d\u2019affec\u00adtion et de confiance.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">\u00ab Veuillez agr\u00e9er, mesdames, l\u2019assurance de nos sentiments les plus distingu\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">\u00ab <em>Les dames membres de la commission sup\u00e9rieure :<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">\u00ab Madame la comtesse de Bondy, vice-pr\u00e9sidente; [313] madame la marquise de Pastoret, vice-pr\u00e9sidente hono\u00adraire ; mesdames Anisson-Duperron, Boutarel, Caussin de Perceval, Danloux-Dumesnil, Fran\u00e7ois Delessert, Gabriel Delessert, Delondre, Doubet, Guerbois, la comtesse de Laborde, la mar\u00e9chale comtesse de Lobau, la comtesse Mol\u00e9, Moreau, Fr\u00e9d\u00e9ric Moreau, Victorine Moreau, la comtesse de Rambuteau, la ba\u00adronne de Saint-Didier, de Salvandy, la baronne Tolos\u00e9, madame Jules Mallet, vice-secr\u00e9taire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\">\u00ab <em>Le pr\u00e9sident de la commission,<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\" style=\"font-size:15px\">\u00ab RENDU. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:15px\">FIN DE L\u2019APPENDICE.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left has-small-font-size\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:15px\"><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\"><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\"><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\"><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\"><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\"><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\"><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\"><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\"><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\"><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\"><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\"><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\"><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\"><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\"><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\"><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\"><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\"><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\"><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\"><br><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\"><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\"><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\"><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\"><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\"><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\"><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Emilie Mallet &#8211; Appendice de la troisi\u00e8me \u00e9dition du Manuel de Cochin (1845) [193] APPENDICE. 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